‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 107 sur 170 · Dagonkt, :i · texte numérisé non relu

Dagonkt, :i

B. Les sensations de brûlure, les crampes, la contracture douloureuse des membres, les douleurs fulgurantes ;

G. L'hyperesthésie superficielle de la peau : une sensation de poux, de vermine, répandus à la surface du corps, qui porte les malades à retirer sans cesse leurs vêtements pour les secouer.

2° Anesthésie. — L'Anesthésie n'envahit pas d'abord l'épaisseur des muscles; elle est superficielle : diminution de la sensibilité tactile, d'abord au bout des orteils, puis à la plante des pieds.

L'anesthésie peut présenter tous les degrés, depuis l'engourdissement, l'obtusion, jusqu'à l'insensibilité complète.

L'abolition de la sensibilité sous l'influence de l'alcool était un fait connu avant l'emploi de l'éther et du chloroforme; la torpeur ébrieuse a été utilisée dans quelques cas pour pratiquer certaines opérations chirurgicales.

A rhyperesthésie se rattachent les hallucinations auxquelles sont en proie les alcooliques :

P Hallucinations de la vue. — Dans les accès d'alcoolisme aigu, le malade voit tout à coup apparaître devant lui des chats, des chiens qui cherchent à le mordre, des sangliers qu'il entend grogner, des loups qu'il entend hurler, des serpents qui sifflent ; ou bien des rats et des souris qui grimpent à ses jambes et qui i lui causent une douleur excessive, etc.

Au lieu d'animaux, le malade voit quelquefois sef^ dresser devant lui des spectres de parents morts qui

LA PATHOLOGIE C l^l RÉRR A L l-: ET L'aME 227

posent sur son épaule leur main IVoide cl décharnée. D'autres fois, ce sont des assassins qui le [)OursuiYent; ou bien des précipices qui s'entr'ouvcnt devant lui.

Toutes ces visions peuvent revêtir les formes les plus diverses; mais ce qui les caractérise toutes, c'est le sentiment de frayeur qui les accompagne. Aussi les a-t-on désignées sous lo nom de hallucinations terrifiantes.

Un autre caractère important est celui-ci : Hommes, choses, animaux, tout ce qui fait l'objet des hallucinations se meut et se déplace. De là aussi la mobilité des idées et des actes de l'alcoolique.

IP Hallucinations de l'ouïe. — Les malades se plaip^nent de bruits insupportables, de tintements et de bourdonnements d'oreilles, de craquements, de coups de fusil, de siffletnents, etc.

Ils entendent les cris sauvages des loups, des lions, des hyènes qui s'apprêtent à les dévorer ;

Ou bien ils entendent des menaces de mort; ils seront tués, guillotinés, mutilés ; on les fera brûler à petit feu ; on fera des boutons de leurs os, etc.

HP IIALLUCINATIONS du GOUT ET DE l'oDORAT. — LcS

malades ressentent des odeurs ou des saveurs insupportables. De ces aberrations sensorielles, ils concluent qu'on veut les empoisonner, ils se plaignent des substances nuisibles qu'on mêle à leur boisson, à leurs aliments, dans le but de lesfaire mourir, deles rendre fous*.

1. Dagonf.t, 538. Un des malades de M. Dagonet est allé luimême se pLiindre à la préfecture de police de l'huile mise dans la salade qu'on lui avait servie. v

L'idée fixe du poison est, en effet, l'une des interprétations délirantes que l'on rencontre fréquemment dans Talcoolisme ; elle sert aux malades à expliquer les sensations douloureuses qu'ils ressentent dans diverses parties du corps.

Cette idée fixe du poison se traduit également par un vif sentiment de terreur.

Ce délire caractéristique de frayeur engendre la manie du suicide. De là cette quantité de suicides d'ivrognes dont la progression suit celle même de l'ivrognerie. En 1848, le nombre des suicides par ivrognerie, en France, était de 142 ; il a atteint en 1868 le chifi're de 471. On compte un suicide de femme contre 7 suicides d'hommes.

IV° Épilepsie alcoolique. — Une des formes les plus graves de l'alcoolisme chronique est assurément Tépilepsie alcoolique. Elle se distingue de l'épilepsie ordinaire en ce qu'elle est compliquée des signes habituels de l'intoxication alcoolique, troubles de la motilité, troubles de la sensibilité.

L'épilepsie alcoolique n'est pas absolument incurable ; elle peut disparaître si les excès alcooliques sont supprimés. Toutefois, lorsqu'elle existe depuis un grand nombre d'années, il est bien difficile d'en espé-, rer la guérison.

§ IP Troubles de la motilité. — Le tremblement est le premier trouble qui se manifeste au début de l'intoxication alcoolique ; il est également un de ceux qui persistent le plus longtemps. 11 devient définitif

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chez les individus atteints d'alcoolisme chronique.

Le tremblement alcoolique difîère du tremblement paralytique en ceci : 11 dépend d'une irritation spéciale déterminée par l'alcool sur les centres nerveux, tandis que le tremblement paralytique est dû à un affaiblissement de l'activité nerveuse et à l'insuffisance de la contraction musculaire.

Le tremblement alcoolique a ])our siège ordinaire les mains, les doigts surtout, la langue, les lèvres, les muscles de la face, les paupières ; c'est à lui qu'est (lue cette vacillation des globes oculaires qu'on appelle )}i/stagmus,

§ IIP Troubles intellectuels et moraux. — La frayeur et l'angoisse, le délire de la persécution et les idées de suicide, sont les troubles intellectuels ordi- , naires. Sous le coup d'une panique, l'individu alcoolique s'élance à travers l'espace, sans réflexion comme sans hésitation, brisant les obstacles qui cherchent à arrêter sa course insensée ; il se précipite par les fenêtres, des hauteurs les plus élevées, sans souci du péril qu'il ne voit pas, se donnant même quelquefois Il mort pour échapper à un péril chimérique. Aussi la Fuite est-elle un fait significatif de l'alcoolisme.

Du côté de la mémoire, il y a des amnésies partielles et souvent l'amnésie totale ; l'accès d'ivresse \ passé, l'ivrogne ne se souvient de rien.

Mais c'est au point de vue moral surtout que l'alcoolisme frappe l'homme d'une dégradation caractéristique. L'individu devient méchant, irritable, violent;

il frappe ceux qui l'entourent, sa femme, ses enfants. Le besoin de boire est impérieux; pour le satisfaire, l'alcoolique est capable des actes les plus odieux. Peu à peu l'intelligence s'affaiblit, les sentiments moraux disparaissent, la distinction du bien et du mal s'efface ; l'ivrogne tombe au dernier degré de l'abrutissement.

Les excès alcooliques conduisent à l'aliénation mentale ôt à toutes les formes de l'aliénation: manie, folie impulsive, lypémanie, paralysie générale, démence.

Le délire impulsif est Tune des manifestations prédominantes de l'accès d'alcoolisme aigu; on voit alors le malade dominé par des idées de meurtre ou des idées de suicide qui peuvent le rendre extrêmement dangereux. Ces impulsions violentes se rattachent dans ce cas directement à Fintoxication même; elles cessent au bout de quelques jours, souvent de quelques heures, en même temps que disparait l'accès d'alcoolisme. C'est un délire absolument transitoire dont la cause spéciale est l'irritation déterminée par la présence de l'alcool sur la substance cérébrale.

Voici un exemple typique de folie impulsive : Une femme éprouvait, dès quelle avait bu, un désir irrésistible de mettre le feu à quelque maison. Une fois l'ivresse passée, elle avait horreur d'elle-même. Nonobstant, elle n'avait pas commis ainsi moins de quatorze incendies.

La paralysie générale alcoolique semble avoir une marche plus rapidement progressive que la paralysie générale ordinaire et déterminer un trouble plus profond des facultés.

LA PATHOLOr. IK CÉRÉBRALE ET L'AME 2;'.l

La dômenco alcooliquo est identiquo à la démence ordinaire. Seulement à travers Taflaiblissement de toutes les facultés qui est le caractère de la démence, on peut voir j)orsister quelques accidents qui rattachent la démence à l'intoxication alcoolique.

Xraitemeiii:. — L'ivresse se termine habituellement par un sommeil profond pendant lequel se manifeste une transpiration abondante. Ce sommeil peut se prolonger 16, 24 et même 48 heures dans les cas graves. Au réveil, le malade est guéri.

L'accès d'alcoolisme aigu est généralement de courte durée, ordinairement deux ou trois jours ; il ?e prolonge parfois quatre à six jours, rarement audelà. Le traitement consiste en bains tièdes prolongé?, en lotions froides sur la tête, en légers purgatifs. La guérison s'établit dans la grande pluralité des cas.

Quant aux formes de l'aliénation mentale due à l'alcoolisme, le traitement est celui des formes de l'aliénation mentale ordinaire K

Discussion. — Les faits que fournit l'Alcoolisme peuvent être comptés parmi les plus nets et les plus décisifs relativement au problème de l'âme, fonction du cerveau. Yoici un homme possédant dans leur plénitude toutes ses facultés intellectuelles et morales. 11 introduit dans son estomac quelques centaines de grammes d'alcool ; l'alcool congestionne d'abord le cerveau, puis imprègne la substance cérébrale ellemême. Au fur et à mesure que les perturbations enva-

1, Dagonet, :;2G-587.

hissent l'organe, les fonctions psychiques se troublent ; la mémoire diminue et s'éteint, la raison s'éclipse, les sens perçoivent des choses qui n'existent pas ; le caractère moral change; sensibilité, intelligence, volonté, moralité, en un seul mot, Y Ame est troublée.

Au fur et à mesure que l'alcool s'élimine et laisse le cerveau revenir à son état normal, les hallucinations disparaissent, la mémoire et la conscience reviennent, les qualités morales et la raison sont recouvrées, en un seul mot, Vâme a repi\is son état normal.

L'exemple de la femme poussée fatalement à l'incendie tant que l'alcool imbibe son cerveau ; puis, qui reprend sa conscience, sa raison et sa moralité aussitôt que l'alcool a évacué la substance cérébrale, donne à la démonstration une forme particulièrement saisissante.

' m» — L'IDIOTIE ET LE GRÉTINISME

I P L'Idiotie. — Il est deux observations qu'il importe de faire préalablement : l'une concernant le poids du cerveau, l'autre concernant l'état où se trouve le crâne des enfants nouveau-nés.

1° Rapport entre le poids du cerveau et l'intelligence. — Le rapport entre le poids du cerveau et la fonction psychique sera, vu son importance, exposé et discuté dans un des chapitres suivants. La science contemporaine n'a pas encore pu établir en chiffres fixes les relations entre la quantité de substance cérébrale et la quantité d'intelligence; car un des éléments fonda-

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mentaux du problème à résoudre lui a jusqu'à présent échappé, à savoir, la qualité de la substance cérébrale. Quoi qu'il en soit ;

A. On sait avec une certitude absolue c\y\ an-dessous de 900 grammes (d'après Gratiolet), le cerveau a une fonction intellectuelle à peu près nulle : l'homme est idiot.

D'après Broca, la limite minimum serait de 1049 grammes pour les hommes, et de 907 pour les femmes '.

B. On sait avec une quasi-certitude que le développement des circonvolutions et la profondeur de leuranfractuosités se lient étroitement au développement de l'intelligence.

2° Ossification du crâne chez les nouveau-nés. — Le crâne se compose de huit os; à la naissance de l'enfant, ces os ne sont qu'à l'état de cartilages avec des points d'ossification.

Outre les huit os principaux on compte quelques os surnuméraires appelés os ivormiensj du nom de l'anatomiste danois Wormius. Les os wormiens représentent en quelque sorte des chevilles plus ou moins considérables qui, paraissant vers le sixième mois après la naissance, se développent du centre à la circonférence ; ils viennent à la rencontre des os environnants comme pour suppléer à ia lenteur de leur ossification.

1. Oa-trouvera dans la seconde section du chapitre vu ï.r Profjrr.s du cfrrviau, le résumé des reclierclic-5 ?cieiiti tiques sur le rapport entre le poids du cerveau et riutelli^'once.

Dans les cartilages de la base du crâne, la matière osseuse se développe dans leur épaisseur, s'y substitue; le cartilage disparaît, Tos le remplace : c'est la génération osseuse par substitution.

Dans les cartilages de la voûte du crâne, le foyer osseux qui préexiste s'étend peu à peu du centre à la circonférence et finit par envahir tout le cartilage : c'est la génération osseuse par envahissement.

Tant que les sutures* du crâne ne sont pas ossifiées; c'est-à-dire tant que les os définitifs n'ont pas entièrement perdu l'état cartilagineux, le crâne est souple ; il s'agrandit et se prête à l'accroissement de la substance cérébrale. Dès que les sutures sont ossifiées, le crâne est devenu os exclusivement; il est rigide, tout agrandissement est désormais impossible.

Avant que l'ossification des os soit achevée et leur réunion consommée, les espaces intermédiaires sont p! otégés par de doubles membranes appelées Fontanelles. On leur a donné ce nom parce que leur peu d'épaisseur et leur souplesse permettent de sentir manifestement le mouvement d'élévation et d'abaissement du cerveau, ainsi que s'élèvent et s'abaissent les eaux qui jaillissent d'une fontaine.

Les fontanelles sont au nombre de six ; la période d'ossification des fontanelles est comprise entre l'âge de 15 mois, où cette ossification est très rare, et l'âge de 3 ans et demi, où elle est achevée.

1° Mécanisme principal de l'idiotie. — Le méca-

1. Les sutures sont les lignes <{ui unissent les différeules pièces du crâne.

LA PATUÛLÛGIK CÉRÉURALl-: HT L'AMK 2 Si)

iiisme principal de l'idiotie est, comme l'a démonti»' l'illustre phvsiolojïislc Yirchiuv. rossilicatioii prématurée des sutures.

A. En général, chez l'homme doué d'inLelligence, la réunion des sutures est tardive, et le cerveau est susceptible d'un accroissement lent et continu.

Chez l'idiot, les sutures se réunissent trop vite et d'une manière tellement intime que le plus souvent la trace de leur existence n'est décelée que par une ligne flexueuse.

B. Chez l'homme intelligent, l'ossification des fontanelles, surtout celle de la fontanelle antérieure (celle qui intéresse le plus les lobes antérieurs du cerveau), suit une évolution lente et graduelle.

Chez les idiots, les fontanelles se ferment très vite (excepté chez les hydrocéphales) ou même elles n'existent pas.

M. Baillarger a eu occasion d'observer des idiots provenant de la même mère ; cette femme avait eu cinq enfants^ les deux premiers bien conformés, les trois autres au contraire atteints de microcéphalie. Or elle affirmait que les trois microcéphales étaient nés avec le crâne dur, et qu'ils n'offraient pas, comme les deux premiers, l'espace mou (fontanelle) qu'on observe sur la tête de tous les enfants nouveau-nés *.

Lorsque l'ossification a envahi de bonne heure un grand nombre de sutures ou toutes les sutures à la fois, il en résulte deux conséquences très graves :

1. Voir dans Dagonkt, 400, les iigmbreiix exemples du Tiit capital de l'ossification prématurée du crâne.

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1° Un arrêt de développement de Vencéphale entier ou de certaines parties du cerveau, le plus ordinairement des hémisphères cérébraux ;

2° Une circulation difficile; d'où anémie cérébrale, encéphalite (inflammation de l'encéphale) avec leurs suites, à savoir : épanchements internes, méningite, etc.

En effet, par suite de l'ossification prématurée, le crâne s'est trouvé fortement entravé dans son développement ou a cessé de s'accroître dans ses parties. Consécutivement les centres nerveux renfermés dans la cavité crânienne se trouvent aussi entravés ou arrêtés dans leur développement ; la circulation s'y fait difficilement ; la stupidité et l'idiotie se prononcent de plus en plus irrémédiablement *.

IP Mécanismes divers de l'Idiotie. — L'Idiotie est encore produite par diverses causes physiques ou physiologiques.

1° Causes physiques. — A. Pratiques barbares exercées sur le crâne des nouveau-nés (compression au moyen de bandelettes, de planches, etc., chez certaines tribus de sauvages, chez les saltimbanques).

B. Coups ou chutes sur la tête, etc. ; d'où l'inflammation et ses suites funestes.

2° Causes physiologiques {Hérédité). — Procréation des enfants par des parents :

A. Soit alcooliques ou en simple état d'ivresse ;

B. Soit scrofuleux, épileptiques, etc. ^.

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