LA MÉMOIRE CONSCIENTE OU PSYCHIQUE
1° — AU POINT DE YUE DE LA CONSCIENCE, LES ACTI- VITÉS NERVEUSES SE PARTAGENT EN TROIS CATÉGO- RIES.
An point de vue de la conscience, les activités nerveuses se partagent en trois catégories :
1" Celles qui ne sont jamais, ou presque jamais, accompagnées de conscience : telles sont les activités du grand sympathique (nerfs vaso-moteurs) et de la plupart des réflexes;
2° Celles qui sont accompagnées de conscience ;
3° Celles qui tantôt sont accompagnées de conscience, tantôt ne le sont pas.
Il" — POUR qu'une ACTIVITÉ NERVEUSE PUISSE ÊTRE PERÇUE PAR l'AME, c'eST-A-DIRE ARRIVER A L'ÉTAT DE CONSCIENCE, IL FAUT QU'eLLE RÉALISE DEUX CON- DITIONS, l'intensité ET LA DURÉE.
A. Une activité nerveuse trop faible échappe à notre conscience. Nous ne percevons pas les sons trop faibles \ les goûts faibles, etc. Pour qu'une sensation
1. 1» Lorsqu'un son n'a pas GO vibrations par seconde, l'oreille ne l'entend pas;
2" Lorsqu'un son a plus de 40,000 vibrations par seconde, l'oreille ne l'entend plus.
C'est doue eutre la limite minimum de 60 vibrations et la limite maximum de 40,000 vibrations que l'oreille entend les sons.
soit pcrouo. il faul donc un certain dogro iVintensiléy qui du reste varie de personne à personne. On sait combien l'invention d'instruments perfectionnés diminue en faveur de nos sens le degré d'intensité nécessaire pour que les impressions soient perçues par Tàme. Exemples : Les télescopes pour la vue, le téléphone pour l'audition, etc.
B. Le minimum de dwée des activités nerveuses qui est nécessaire pour que les sensations soient perçues par l'àme et arrivent ainsi à l'état de conscience a été déterminé par les travaux des physiciens contemporains. Voici les chiffres approximatifs qu'ils ont trouvés :
i° Pour le son, un dixième et demi de seconde ;
2° Pour le tact, deux dixièmes de seconde;
3° Pour la lumière, deux dixièmes de seconde.
Toute action nerveuse de chacun des cinq sens qui n'a pas le minimum de durée n'éveille pas la conscience.
En résumé, les actions nerveuses qui n'atteignent pas le minimum d'intensité et le minimum de durée ne sont pas perçues par l'âme ; elles forment le domaine de l'inconscient.
m» — lorsqu'une action nerveuse n'atteint pas le
MINIMUM d'intensité ET LE MINIMUM DE DURÉE NÉCESSAIRES POUR QU'iL Y AIT CONSCIENCE, CETTE ACTION NERVEUSE N'EN EXISTE PAS MOINS ; LA MODIFI- CATION IMPRIMÉE AUX CENTRES NERVEUX EST ACQUISE ; LA DISPOSITION FONCTIONNELLE SUBSISTE.
Un état de conscience n'est pas un phénomène simple :
1° Une impression sensorielle modifie les cellules nerveuses ;
2° La durée et l'intensité de l'impression atteignent ou dépassent le minimum nécesRaire pour que cette impression soit perçue par l'âme et arrive ainsi à l'état de conscience.
Si le minimum d'intensité et de durée n'est pas atteint, il n'y a pas conscience, mais la modification survenue est acquise. La phase psychique ouconsciente ne vient pas à l'existence, mais la phase physiologique, qui est fondamentale, subsiste. 11 n'est donc pas étonnant si plus tard on retrouve parfois les résultats de ce travail cérébral non parvenu primordialement à la conscience ; c'est qu'en effet le travail cérébral s'accomplit, quoique rien ne l'ait constaté.
La cérébration inconsciente fait son œuvre sans bruit jusqu'à ce que le travail achevé arrive à l'état de conscience, comme un mineur souterrain amène enfin sa galerie au jour. C'est ainsi qne s'expliquent
LA MÉMOIRE ZOô
naturellement les faits suivants qui sont inexplicables dans la vieille théorie psychologique :
1° Les irruptions soudaines de souvenirs qui ne paraissent pas suscités par aucune association d'idées et qui nous surviennent à chaque instant dans la journée ;
2° Les leçons d'écoliers lues la veille et sues le lendemain, au réveil ;
3° Les problèmes longtemps ruminés dont la solution jaillit brusquement dans la conscience ;
4" Les inventions poétiques, scientifiques, mécaniques ;
5° Les sympathies et les antipathies secrètes, dont le point de départ est une multitude de petites impressions nerveuses.
(( L'encéphale est comme un laboratoire plein de mouvement où mille travaux se font à la fois. La cérébration inconsciente, n'étant pas soumise à la condition du temps et ne se faisant pour ainsi dire que dans Tespace, peut agir dans plusieurs endroits à la fois. La conscience est l'étroit guichet par où une toute petite partie de ce travail nous apparaît ^ »