Introduction, .-JS
leur propre sang. Rien n'était plus facile que de vériQer par l'expérience cette idée préconçue ou cette hj'pothè>e. Je donnai à manger de l'herbe aux lapins, et linéiques heures après, leurs urines étaient devenues troubles et alcalines. On soumit ensuite les mêmes lapin? à l'abstinence, et après vingt-quatre heures ou trente-six heures au plus, leurs urines étaient redevenucs claires et fortement acides; puis elles devenaient de nouveau alcalines en leur donnant de l'herbe, etc. Je répétai cette expérience si simple un grand nombre de fois sur les lapins, et toujours avec le même résultat. Je la répétai ensuite chez le cheval, animal herbivore qui à également l'urine trouble et alcaline. Je trouvai que l'abstinence produit comme chez le lapin une prompte acidité de l'urine avec un accroissement relativement très considérable de l'urée, au point qu'elle cristallise parfois spontanément dans l'urine refroidie. J'arrivai ensuite, à la suite de mes expériences, à cette proposition générale qui alors n'était pas connue, à savoir qu'à jeun tous les animaux se nourrissent de viande, de sorte que les herbivores ont alors des urines semblables à celles des carnivores. Mais pour prouver que mes lapins à jeun étaient bien des carnivores, il y avait une contre-épreuve à faire. Il fallait réahser expérimentalement un lapin Carnivore en le nourrissant avec de la viande, afin de voir si ses urines seraient alors claires, acides et relativement chargées d'urée comme pendant l'abstinence. C'est pourquoi je fis nourrir des lapins avec du bœuf bouilli froid, nourriture qu'ils mangent très bien
quand on ne leur donne pas autre chose. Ma prévision fut encore vérifiée, et pendant toute la durée de cette alimentation animale, les lapins gardèrent les urines claires et acides *. n
B. Exemple d'une recherche expérimentale ayant POUR point de départ une hypothèse. — En faisant l'autopsie des lapins nourris de viande, Claude Bernard remarqua que les vaisseaux chylifères blancs et laiteux commençaient à être visibles sur l'intestin grêle à la partie inférieure du duodénum, environ à 30 centimètres au-dessous du pylore. « Ce fait attira mon attention parce que chez les chiens les chylifères commencent à être visibles beaucoup plus haut dans le duodénum et immédiatement après le pylore. En examinant la chose de plus près, je constatai que cette particularité chez le lapin coïncidait avec l'insertion du canal pancréatique situé dans un point très bas et précisément dans le voisinage du lieu où les chylifères commençaient à contenir du chyle rendu blanc et laiteux par l'émulsion des matières grasses alimentaires. L'observation fortuite de ce fait éveilla en moi une idée et fit naître en mon esprit la pensée que le suc pancréatique pouvait bien être la cause de l'émulsion des matières grasses et par suite celle de leur absorption par les vaisseaux chylifères. Je fis encore instinctivement le syllogisme suivant : Le chyle blanc est dû à l'émulsion de la graisse; or, chez le lapin,, le chyle blanc se forme au niveau du