‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 30 sur 170 · III'^ — LES TROIS RÈGLES DE LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

III'^ — LES TROIS RÈGLES DE LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE

Toute expérience doit être contrôlée par une contreépreuve : ce principe est d'une rigueur absolue. Même dans les cas qui paraissent les plus clairs et les plus rationnels, la contre-épreuve doit être exécutée comme une sorte de consigne qu'il faut suivre aveuglément. C'est à cette règle inflexiblement observée que Claude Bernard a du son admirable découverte de la glycogénie du foie ^ .

Les règles de la méthode sont au nombre de trois; elles peuvent se formuler ainsi :

1° Posi'fâ causa, poniiur e/fectus, la cause étant posée, l'efTet est posé ;

2° Sublatâ causât tolUlur effectus, la cause étant sup-primée, l'efTet est supprimé ;

S'' Variayite causé, variatur effeclus^ la cause variant, , l'effet varie.

La première règle constitue la preuve; la seconde et la troisième, les deux contre- épreuves. L'exécutionii de la première contre-épreuve, sublatâ causa, tolliturr cffectus, est seule d'une nécessité absolue. Il est clairr que si l'expérimentateur débute par le sublatâ causâ^, c'est le positâ causa qui devient la contre-épreuve ^.

i. Phénomhies de la vie, I, 230.

2. Lorsque le Positâ causa devient la contre-épreuve, il sf^ modifie en la formule suivante : Hedintegrata causa, rcdintefjrntuv effectus, la cause étant rétablie, l'eifet est rétabli.

L'une des plus belles expériences du xix" siècle, celle des Trois Poules, exécutée par M. Pasteur, nous donne un modèle parfait de l'application des trois règles. On sait que la maladie connue vulgairement sous le nom de Charbon ou de Sang de rate est due à Tintroduction dans le sang d'un végétal microscopique, en forme de bâtonnet, la Bactévidie. Or la Bactéridie charbonneuse, mortelle aux troupeaux et à l'homme, n'atteint jamais les poules; d'où peut provenir cette immunité? Kn comparant la physiologie des poules à celle des moutons et de l'homme, M. Pasteur conçut l'idée que l'immunité contre la Bactéridie pouvait provenir de la différence de température entre le sang des poules et celui des mammifères. Le sang des moutons et de l'homme oscille de 37°, 5 à 38° ; le sang des oiseaux peut s'élever jusqu'à 45°; celui des poules en particulier n'est jamais inférieur à 42°. Yoilà l'hypothèse préconçue; il fallait la soumettre au contrôle de l'expérience.

M. Pasteur prend trois poules offrant des conditions identiques de vigueur et de santé; puis il prépare une liqueur renfermant des Bactéridies très virulentes. Les inoculations seront faites en quantités identiques.

!'■'' Expérience. — A une première poule, M. Pasteur inocule une quantité définie de la solution riche en bactéridies; puis il abandonne la poule à elle-même.

2° Expérience. — 11 prend la deuxième poule, lui met les pieds dans l'eau glacée; puis, lorsque la température du sang s'est abaissée à 35°, il inocule à la poule ainsi refroidie la même quantité de la liqueur

bactérklienne. Au bout de quelque temps, la poule offre les symptômes de l'empoisonnement bactéridien ; finalement elle meurt. Son sang examiné au microscope était infecté de bactéridies; inoculées à un lapin, ces bactéridies le tuent.

3° Expérience. — M. Pasteur ^prend la troisième poule, lui met les pieds dans l'eau glacée, et l'y maintient jusqu'à ce que la température du sang s'abaisse à 35°; puis il lui fait une inoculation de la liqueur bactéridienne. Au bout d'un certain temps, les symptômes de l'empoisonnement bactéridien se manifestent; sur-le-champ, M. Pasteur enlève la poule de son bain de glace; il la réchauffe; le sang revient à 42°; les symptômes de l'empoisonnement disparaissent graduellement; la poule renaît à la vie; finalement elle va rejoindre la première poule qui picorait tranquillement les grains sans avoir ressenti la moindre incommodité de la terrible inoculation qu'on lui avait fait subir.

Résumons l'expérience au point de vue des règles de la méthode :

1° Etant donné un sang chaud de 42°, il y a immunité contre la Bactéridie ; positâ causa, ponitur effectus ; c'est le cas de la première poule;

2° Etant donné un sang à qui l'on supprime la chaleur de 42° (abaissement à 35°), l'immunité contre la Bactéridie est supprimée; sublatâ causa, tollitur effectus; c'est le cas de la deuxième poule ;

3° Etant donné un sang à 42°, qu'on abaisse à 35°, puis qu'on relève à 42°, Fimmunité contre la Bactéri-

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ilio tend à être supprimée à 35", puis reparaît à 42** ; variante causa ^ variatm' effectus; c'est le cas de la troisième poule.

Donc l'immunité des poules contre la Bactéridie est due aux i^*" de chaleur de leur sang '.

lyo ï^|7s PROCÈDES OPÉRATOIRES

A Tesprit d'expérimentation, à l'application rigoureuse de la méthode et de ses règles, il faut joindre les procédés opératoires. Claude Bernard insiste avec une grande énergie sur ce point important. « Dans l'investigation scientifique, les moindres procédés sont de la plus haute importance. Le choix heureux d'un animal, un instrument construit d'une certaine façon, l'emploi d'un réactif au lieu d'un autre, suffisent souvent pour résoudre les questions générales les plus élevées. Chaque fois qu'un moyen nouveau et sûr d'analyse expérimentale surgit, on voit toujours la science faire des progrès dans les questions auxquelles ce moyen peut être appliqué. Par contre, une mauvaise méthode et des procédés défectueux peuvent entraîner dans les erreurs les plus graves et retarder la science en la fourvoyant. En un mot, les plus grandes vérités scien-

1. Académie de médecine, séance du 13 mars 1883. M. Bouley : « Au-dessous d'une certaine température, la bactéridie ne se développe pas; l'organisme de la grenouille ne lui offre pas un milieu assez chaud ; la grenouille en l'état normal est réfractaire au charbon. Mais chauffez le corps du batracien, le microbe charbonneux y pullulera; laissez enfin refroidir l'animal, la pulhilation virulente sur-le-champ s'arrête. »

tifiques ont leurs racines dans les détails de Tinvestigation expérimentale qui constituent en quelque sorte le sol sur lequel ces vérités se développent,

« Je suis convaincu que dans les sciences expérimentales en évolution, et particulièrement dans celles qui sont aussi complexes que la biologie, la découverte d'un nouvel instrument d'observation ou d'expérimentation rend beaucoup plus de services que beaucoup de dissertations systématiques ou philosophiques. En erfet, un nouveau procédé, un nouveau moyen d'investigation, augmente notre puissance et rend possibles des découvertes et des recherches qui ne l'auraient pas été saiis son secours. C'est ainsi que les recherches sur la formation du sucre chez les animaux n'ont pu être faites que lorsque la chimie a eu donné, pour reconnaître le sucre, certains réactifs plus sensibles que ceux que l'on avait auparavant *. »

Ainsi, sans l'invention des réactifs cupro-potassiques connus sous le nom de « liqueur de Barreswill, liqueur de Trommer, liqueur de Fehling», Claude Bernard, malgré sen génie, malgré la rigueur de sa méthode, fût resté peut-être impuissant à déceler la formation du sucre dans le foie H

Les procédés opératoires employés sont les suivants :

1° La lésion (l'une paj^tie; on observe quels sont les troubles apportés dans les fonctions ;

2" L'ablation d'une partie; on observe quelle est la fonction supprimée.

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