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LE SANG OXYGÉNÉ ET L'ACTIVITÉ DU CERVEAU

L'oxygène, indispensable aux organes corporels et à leurs fonctions, ne l'est pas moins au. cerveau et à son activité fonctionnelle.

P Anémie cérébrale. — Quand l'anémie est totale, la perte des fonctions cérébrales est instantanée. Dès que le sang ne circule plus dans le cerveau, la conscience, la sensibilité, la motilité, disparaissent aussitôt. On a un exemple très net d'anémie cérébrale dans la syncope. Dès que le cœur s'arrête, la conscience disparaît aussitôt, et l'insensibilité est complète ^

Souvent chez les vieillards on voit survenir des troubles cérébraux plus ou moins passagers : la perte de la connaissance, l'étourdissement, le coma (assoupissement profond dans lequel tombe le malade dès

1. La connaissance de ce mécanisme résout aisément une question qui émeut beaucoup les âmes sensibles, celle de savoir si les guillotinés sentent encore, lorsque la tête a été tranchée. Même en négligeant le fait de la commotion violente, la perte du sang et la suppression iustantanée de l'afflux sanguin irritateur abolissent entièrement la conscience; l'anesthésie est absolue,

CONDITIONS VITALES DU CERVEAU iîl

qu'il cesse d'être excité). C'est à tort qu'on \eii attribue î\ la congestion cérébrale; il faut bien plutôt, avec M. Vulpian, les regarder comme dus à l'anémio. Ces coups de sang, comme on les appelle vulgairement, gont, selon toute vraisemblance, des coups d'anémie,

L'anémio est caractérisée au début par une excitation intellectuelle plus grande. Les idées se pressent en foule, mais elles sont désordonnées, et Tattention ne parvient point à les fixer ou à les conduire.

On sait que les hémorragies abondantes sont suivies aussi bien d'une excitation intellectuelle très vive que d'une dépression extrême des forces intellectuelles. Les animaux hémorragies sont bien plus sensibles à la douleur qu'avant d'avoir perdu du sang. A cet égard, les centres nerveux se comportent comme les nerfs, les muscles et la moelle. Avant de périr par la privation du sang, ils subissent une période de suractivité, d'excitabilité plus grande. En même temps, il y a du vertige, des bourdonnements d'oreilles, un nuage devant les yeux, de l'étourdissement, de la céphalalgie.

On sait que la mort ne détruit pas instantanément la vie dans les muscles; les muscles survivent quelques minutes à la mort; le foie continue à convertir le glycogène en sucre, etc. 11 en est de même du cerveau. Si après la décapitation d'un animal supérieur l'on n'attend que quelques instants (on ne doit pas attendre plus de 10 à 15 minutes), le tissu cérébral n'est pas mort, quoiqu'il ait tout à fait l'apparence de la mort. Il est en état de vie latente, et la fonction reparaît dès qu'on a rendu le sang au tissu. Aussi l'injection de

sang oxygéné suffit à rétablir la sensibilité, Tintelligence et l'excito-motricité qui avaient disparu. C'est ce qu'avait très nettement vu Legallois clans un mémoire célèbre qui date du commencement de ce siècle : (( Si l'on pouvait suppléer au cœur par une sorte d'injection, et si en même temps on avait, pour fournir à l'injection d'une manière continue, une provision de sang artériel, on parviendrait sans peine à entretenir la vie indéfiniment dans quelque tronçon que ce soit; et par conséquent, après la décapitation, on l'entretiendrait dans la tête elle-même avec toutes les fonctions qui sont propres au cerveau ^ »

M. Brown-Séquard a réalisé l'expérience indiquée par Legallois sur la tête, après décollation. Sur un chien, M. Brown-Séquard sépare la tête du tronc; il attend huit ou dix minutes jusqu'à ce que le bulbe rachidien et le reste de l'encéphale aient bien évidemment perdu toute trace appréciable d'excitabilité; puis il pratique des injections réitérées de sang défîbriné et oxygéné à la fois dans les artères carotides et dans les vertébrales. Quelques mouvements désordonnés apparaissent au bout de deux ou trois minutes, puis les muscles des yeux et de la face exécutent des mouvements coordonnés, véritables manifestations de la vie, qui tendent à faire admettre que les fonctions cérébrales se sont rétablies dans cette tête complètement séparée du tronc.

L'expérience suivante, devenue célèbre, est encore

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