Cité par Gavarret. Phénomènes physiques de la vie
plus démonstrative. A un chien familier, élevé dans son laboratoire, M. Brown-Séquard tranche la tête; puis dans les vaisseaux vidés de cette tète, il injecte du sang défibriné, saturé d'oxygène. Au moment où le sang oxygéné avait ramené les manifestations de la vie, M. Brown-Séquard appela le chien par son nom. Les yeux de cette tête séparée du tronc se tournèrent vers lui, comme si la voix du maître avait été entendue et reconnue. « Si l'expérience était tentée sur un homme décapité, dit M. Vulpian, on assisterait peut-être à un grand et terrible spectacle ^ »
11° Hyperémie cérébrale. — L'hyperémie (surabondance de sang) cérébrale est, au dire de tous les médecins, accompagnée de vertiges, d'étourdissements, d'obnubilation ; et à un degré plus avancé, de coma et de stupeur.
Il est facile de comprendre pourquoi l'anémie et l'hyperémie ou congestion ont les mêmes symptômes; c'est que le résultat de ces états tout à fait opposés est, au point de vue de l'irrigation cérébrale, tout à fait le même. Supposons que le cours d'un fleuve soit arrêté par suite d'un barrage qui empêche l'écoulement des eaux de manière que le débit soit presque nul; ce barrage, au point de vue de la circulation liquide, aura les mêmes effets que si la source est tarie. C'est ce qui se passe pour la congestion. En eff'et, par suite de l'impossibilité du retour du sang veineux, le sang
1. Voir Charles IUciii.t, Des conditions fie la vie du cerveau^ Revue scientifique 24 décembre 1881. — Gavarret. Phénomènes physiques, 237. — Luys. Traité des maladies mentales, 187.
stagne dans le cerveau ; l'échange gazeux interstitiel est altéré par cette accumulation de sang qui ne peut circuler, tout autant que si la quantité de sang arrivant au cerveau était minime. Dans l'un et dans l'autre cas, il y a une circulation défectueuse, et c'est précisément le trouble circulatoire qui est la cause des phénomènes d'excitation, puis de stupeur dont on a parlé ci-dessus K Conclusion. — La véritable raison de tous les phénomènes d'anémie et d'hyperémie est, en somme, la privation d'oxygène. Ce qui le prouve, c'est l'identité des phénomènes psychiques qui se produisent à la suite de l'anémie cérébrale, comme de l'asphyxie.
Lorsqu'un individu ne peut plus introduire de l'oxygène dans son sang (peu importe d'ailleurs le mécanisme de cette insuffisance respiratoire), bientôt les yeux se voilent, les oreilles bourdonnent, l'étourdissement et le vertige gagnent; puis, après un état d'anxiété et d'agitation plus ou moins prolongé, la mémoire disparaît complètement. A ce moment, il y a encore des mouvements réflexes accompagnés d'une agitation générale presque convulsive de tous les membres ; mais la conscience de tous les phénomènes extérieurs a disparu. Si Ton peut alors restituer de Toxygène au patient, il se réveillera au bout d'un cer-
1. Le chirurgien M. Richet a donné une preuve remarquable de ce mécanisme de Thypérémie. Une congestion au cerveau avait déterminé cliez un malade une somnolence invincible. Une saignée, en faisant disparaître cet état congestif, amena la cessation du coma.
Voir dans Flgure.ns, RechercJies expérimentales sur le système nerveux, ses concluantes expériences sur les épancheraenls cérébraux; surtout pages 286, 293.
laiii leni|)s, déclarant qu'à un certain moment il a perdu connaissance ; en tous cas, il n'a aucun souvenir des faits qui se sont passés pendant la dernière période de son asphyxie.
Dans l'asphyxie brusque, la mort du cerveau n'est pas aussi rapide que dans l'anémie brusque ; cela. tient à ce que, pendant les premiers moments de l'asphyxie, le sang circule encore, et que chaque systole du cœur amène dans le cerveau une certaine quantité d'oxygène qui devient de pkis en plus faible. Bientôt cette quantité d'oxj'gène devient tout à fait insuflisante; alors il y a mort du cerveau ^mr privation d'oxygène.
Ces symptômes s'observent aussi dans l'empoisonnetnent par l'oxyde de carbone. Ce gaz, comme on sait, se combine à l'hémoglobine du globule sanguin, de sorte que ses effets sont ceux de l'hémorragie, de l'anémie, de la syjicopc, de l'asphyxie. Dans tous ces cas, il y a défaut d'oxygène dans le cerveau et conséquemment excitation avec céphalalgie et vertiges, puis coma, stupeur, sommeil profond et perte de conscience.
Le mal des montagnes et celui qu'éprouvent les aéronautes aux altitudes élevées s'expliquent de la même manière *.
En résumé, sous le rapport du sang oxygéné, les conditions de la vie du cerveau sont les mêmes que celles de la vie des autres organes corporels.
1. Cl). HicHET, Revue scientifique 24 décembre 1881, pages 807 et suivantes.