‹ L'ame et l'évolution de la littérature des origines à nos joursChapitre 12 sur 54 · PREFACE XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIII

raires, différents des espèces par un caractère tout à fait fondamental.

Si encore on avait vu une espèce se transformer, cette expérience bien suivie et méticuleusement enregistrée pourrait jeter les plus vives lumières sur les lois de transformation. Mais, soit que les transformations soient trop lentes pour que notre brève observation ait encore pu les constater, soit au contraire qu'elles soient trop brusques pour que nous ayons pu les prendre sur le fait dans les coins obscurs de la nature où elles se cachent peut-être, soit encore que Fart de la nature se soit maintenant à peu près fixé dans une sorte de canon universel, définitif ou provisoire, ce qui après tout n'est pas impossible, de ces trois ou quatre cent mille es» pèces, jamais on n'en a vu ni on n'en voit une seule passer d'une forme à une autre ; et si elles consentent, sous notre sollicitation, à varier grandement, c'est en gardant leur type, oii même elles retournent volontiers par de rapides récurrences. La solution de ce problème de science expérimentale se dérobe donc jusqu'ici à toute expérience. Nous sommes moins assurés expérimentalement du transformisme des espèces que du déplacement relatif des étoiles, bien que le firmament présente un aspect très semblable à celui qu'il offrait à Hipparque et que nous sachions d'une certitude historique qu'il y a mille ans, les hommes éprouvaient comme

xxxiv . l'évolution de la littérature

aujourd'hui l'acuité de leur vue en s'exerçant à distinguer l'intervalle tout juste perceptible à l'œil nu qui sépare Alcor de Mizar. Il y a quelque chose de déconcertant dans cette obstination de la nature à ne pas répondre sur ce point, alors qu'elle étale devant nous avec une profusion si éloquente, mais si muette, la multitude immense des êtres et les variantes ingénieuses de& formes. Le passage de l'une à l'autre, d'une variante à une variante, elle ne nous l'a pas encore montré, et si, comme il est vraisemblable en somme, son art n'est pas épuisé et continue de travailler sourdement, il se joue à notre barbe et à notre nez de vieux hommes perspicaces et savants, sans que nous ayons encore su l'apercevoir. Nous sommes réduits à conjecturer. Sans doute, dans la nécessité où est l'esprit humain de penser non seulement par discontinuité, mais par continuité, l'hypothèse que les formes nouvelles naissent par épigenèse sur les formes précédentes est la plus simple, la mieux suivie, la plus conséquente avec elle-même, la plus concordante à l'ensemble, et je suis presque tenté de dire qu'elle s'impose à tous ces titres. Mais par quel procédé la nature fait-elle de cette continuité réussir la discontinuité, l'espèce, là même notre art conjectural vacille et se trouble. La transformation se fait-elle d'ensemble et dans toute l'espèce ? L'espèce des miohippus, par exemple, est-elle devenue

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