‹ L'ame et l'évolution de la littérature des origines à nos joursChapitre 15 sur 54 · PRÉFACE XLI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLI

Veut-on savoir, par exemple, pourquoi les genres évoluent, car il n'y a pas de doute qu'à Tintérieur de leur type ils se transforment notablement : c'est ce qui a le mieux résulté des études de M. Brunetière sur ÏEvolulion des genres, les Epoques dit théâtre et VEvolution de la poésie lyrique^ où, en fin décompte, il n'a pas prouvé ce que j'appellerai le transformisme aberrant des genres, mais où il a montré aussi fortement que personne qu'à Tintérieur d'un même genre, critique, tragédie, lyrisme, il y avait une suite de changements remarquables. Ce n'est pas que la tragédie de Racine ait engendré celle de Voltaire : Athalie n'avait pas le pouvoir de communiquer sa substance et de la faire passer dans r Orphelin delà Chine^ ni la critique de Sainte- Beuve la vertu d'enfanter celle de Taine ; c'est que d'une oeuvre à l'autre, Tidée et l'intention demeurant les mêmes de faire une tragédie ou de la cri- • tique, cette idée réalisée une première fois dans Athalie ou le Port-Royal^ a dû passer par un esprit, par un cerveau pour se manifester derechef; et comme l'art veut toujours du nouveau et que rien ne compte en art que ce qui révèle une nouvelle perception des choses, l'écrivain la cherche ou, sans la chercher, il Ta. Voilà certes une raison de l'évolution de chaque genre. Pour la même cause, la satire, quoique d'essence également morale, est différente d'Horace à Perseetà Juvénal, et chez ces

XLii l'Évolution de la littérature

anciens elle n'est que peu semblable à ce qu'elle fut dans les Châtiments^ où elle prend l'allure d'une violente attaque contre les personnes. Pourtant la nature du genre est au fond si permanente qu'en faisant du nouveau, bien souvent on ne fait que régénérer ce qui était ancien, et pour nous en tenir à la satire, il se trouve que Hugo l'a employée dans le même sens que l'inventeur du genre, Archiloque, il y a deux mille quatre cents ans. C'est par l'intermédiaire de l'esprit que, dans l'histoire d'un genre, il y a passage d'un individu à un autre; ce n'est pas par là que passent les individus naturels pour paraître successivement dans ce monde : aussi l'assimilation des uns aux autres est-elle bien arbitraire. Les œuvres d'art provenant d'un libre esprit accusent des évolutions très rapides, encore que les genres soient essentiellement stables ; au contraire les individus concrets provenant de la nature qui n'est pas libre sont indéfiniment très semblables les uns aux autres par tous les traits essentiels et par l'infini détail de leur organisme, encore qu'à la longue les espèces peut-être ne soient pas stables et finissent par se transformer en d'autres. De même il ne conviendrait sans doute d'appliquer qu'avec timidité aux genres littéraires la loi de la lutte pour la vie, car on montrerait peut-être que l'intensité de la vie littéraire dépendant de l'esprit des hommes et cet esprit paraissant à de certaines

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