‹ L'ame et l'évolution de la littérature des origines à nos joursChapitre 16 sur 54 · PRÉFACE XLIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLIII

heures avide et actif, lent et torpide à d'autres, il y a des moments de Thistoire où plusieurs genres fleurissent à la fois sans se nuire, tandis que d'autres fois aucun n'arrive à rien produire de bon, bien que le champ reste ouvert à tous. Je ne quitterai pas M. Brunetière sans dire que, par une importante observation, il s'était sauvé d'avance les erreurs où aurait pu le conduire sa docile acceptation delà théorie transformiste : il avait discerné ce caractère de nouveauté irréductible qui éclate en tout grand écrivain, cette originalité toujours imprévue des esprits et des génies qui paraissent quand ils veulent, et il avait appelé l'attention sur le rôle sans égal que joue dans les lettres l'individualité de Tau* leur, sur l'importance incomparable de cette valeur personnelle ; il n'a pas besoin de coudre tant bien que mal, comme il fait, cette pensée au tissu du darwinisme pour qu'elle soit vraie. C'est en s'attachant directement à la signification propre des hommes et au mérite des textes considérés en euxmêmes, que M. Brunetière a écrit la plupart des travaux qui ont fondé son autorité.

L'idée d'évolution est présente dans toutes les pages qui suivent, comme l'indique assez leur titre.

xLiv l'Évolution de la littérature

Cependant, par rapport aux deux systèmes naturalistes que je viens de critiquer, ma méthode est, peut-on dire, toute spiritual iste.

Je n'ai pas insisté sur la considération du milieu physique où avaient vécu les hommes dont je parlais. Encore une fois, ce n'est pas que je méprise ce genre de remarques ; mais je vois la limite des inductions qu'on en peut tirer légitimement, et le procédé est maintenant trop connu, trop classé pour qu'on s'y attarde; je me suis contenté à cet égard de ce qui m'a paru nécessaire.

En revanche, j'ai tenu le plus grand compte du temps; je ne dis pas le « moment », caractérisé par un concours complexe de circonstances, mais le temps qui marche, qui coule, qui apporte de « moment en moment « quelque chose de nouveau et en qui nous évoluons.

Par comparaison avec l'espace, le temps est un milieu plus spirituel, il semble qu'il soit directement celui de l'âme et qu'il nous enveloppe, nous pénètre et nous traverse intimement. Il est plus difficile de n'être pas de son temps que de sa province ou de son pays. Bien des esprits n'ont pas de signalement d'origine et presque tous ont une date, la date de leur temps. Les hommes d'un même temps partagent ordinairement une certaine façon de sentir et ont en commun certains points de vue pour juger, même quand leurs jugements sont dif-

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