INTRODUCTION
J*ai essayé ailleurs (1) de tracer rapidement la marche de la pensée depuis les religions primitives jusqu'aujourd'hui.
Après avoir dit par quels procédés psychologiques rhomme a dû vraisemblablement se faire des dieux, j'ai assisté en Grèce à la naissance des systèmes de philosophie ; j'ai cru remarquer qu'ils avaient d'abord pour caractère commun de chercher une explication absolue du monde dans quelque entité, ou même d'affirmer l'absolu avec tant de rigueur, je dirais presque avec tant de raideur, qu'ils n'en pouvaient ou n'en voulaient plus déduire ensuite les apparences souples et ondoyantes des phénomènes sensibles.
Cependant, ce m'a paru être la loi de la pensée d'aller de l'absolu rigide au divers et au relatif, et j'ai vu cette loi produire une première fois son plein
(1) Du Rôle des Concepts dans lauie intellectuelle et morale .• essai théorique d'après une vue de l'histoire, un vol. in-S», Paris, 1894, ouvrage augmente d'une nouvelle préface en 1898 ; librairie Grutier, Grenoble.
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effet dans un laps de temps bien court, dans les deux siècles qui vont de Thaïes et de Pythagore aux sophistes, des sages qui sont comme des devins de la nature aux faux sages, aux singes de sagesse que Platon nous représente affirmant et niant le pour et le contre avec une égale dextérité.
Les plus sérieux d'entre ceux-ci avaient pourtant fait une importante découverte, car rien n'est vain dans cette histoire : c'est que l'homme entre pour une part dans la connaissance des choses, qu'il est mesure de Ja réalité, et qu'ainsi la vérité de l'objet ne se prouve et ne se justifie pas ailleurs que dans l'esprit et par le sujet qui pense.
Alors s'ouvrait une seconde période delà philosophie, plus subjective que la première, la grande périodeéclatanteoùTobjet donné et le sujet, qui venait de prendre conscience de lui-même avec Socrate, se mettaient dans un équilibre harmonieuxl'un avec l'autre, et où l'esprit tâchait de rattachera de nouveaux principes absolus, pris dans l'ordre de l'idéalité, l'ordre entier de la nature. Mais cet équilibre était rompu presque aussitôt et la pensée inclinait encore vers la relativité mal expliquée; elle tombait promptement au pyrrhonisme et à l'empirisme sceptique.
En même temps des philosophies morales naissaient, car si de grands systèmes de libre spéculation se permettaient d'expliquer toutes choses et