INTRODUCTION LV
tentaient de tout régenter, cela prouvait sans doute que l'ancienne religion mythologique passait à Tarrière-plan, grand fantôme d'un édifice merveilleux oîi déjà ne méditaient plus les meilleures têtes pensantes ; et, pour régler la conduite de l'individu, où la religion manquait, les philosophies morales se présentèrent qui, elles aussi, voulurent mettre le sujet en équilibre et en harmonie avec quelque principe absolu du bien et du bonheur. Voilà donc la philosophie antique et avec elle la société antique à la recherche de Tabsolu dans l'ordre pratique des choses ; et, depuis la crise des sophistes et la révolution de Socrate, il est bien entendu que la réalisation de Tordre absolu dans l'ordre pratique doit avoir pour effet et pour preuve la pleine satisfaction morale de l'individu.
Mais cette grande entreprise échoua tout à fait. Les révolutions et les convulsions sociales arrivées à leur terme dans l'empire romain laissèrent l'individu sans consolation, sans aucune image de la perfection morale des choses et des hommes qui avait été poursuivie et rôvée ; et ceux qui avaient demandé le secret de la vie aux philosophies morales et qui se tenaient fermes à leurs systèmes dans ce triste univers, étaient forcés de reconnaître qu'aucun de leurs principes n'avait une valeur touchante pour tous les individus de la famille humaine. Ils étaient obligés de ramener aux simples et aux souffrants
LVi l'Évolution de la littérature
les dieux auxquels ils avaient eux-mêmes cessé de croire et qui ne contentaient plus les pauvres d'esprit et de bonheur qui avaient encore la naïveté d'y croire.
C'est alors que le christianisme vint. Ni la religion mythologique, ni les principes objectifs des premiers sages, ni les principes idéalistes des grands fils delà pensée de Socrate, comme Platon et Aristote, n'avaient pu se soutenir absolument^ mais chaque fois l'esprit humain était promptemenl descendu et avait roulé vers les abstractions contradictoires, la sophistique, le pyrrhonisme ; et les principes des philosophies morales, pris dans la nature et impuissants à tout concilier et même àse concilier entre eux, semblaient laisser leurs adeptes dans l'attente d'une sanction que l'événement ne leur donnait pas et l'humanité tout entière dans un état de division morale presque infinie, preuve de leur infirmité essentielle*
Cette vertu qui devait venir de l'absolu et que ces doctrines n'avaient pas en elles, quoi qu'on en pût croire, ce principe que n'avaient atteint ni la religion antique, ni les sages, ni les métaphysiciens, ni les philosophes, malgré leur inspiration, leurs réflexions, leurs efi'orts, leurs vertus ou leur adresse^ il ne fut pas plus longtemps refusé au monde ; l'attente presque inconsciente des humbles de cœur fut la seule qui enfin ne fut pas déçue. Mais la religion qui conquérait les cœurs portait d'ailleurs en