INTRODUCTION LVII
elle une raison supérieure : elle releva encore l'esprit des hommes et, cette fois, de tous les hommes, vers un principe absolu et souverain, grâce auquel l'humanité oublia peu à peu l'anarchie philosophique et morale des derniers siècles antiques et reconstruisit patiemment toute une conception et toute une organisation du monde. Cette œuvre, qui commence avec le christianisme et qui se continue par les Pères de l'Église, fut complète au moyen âge et occupa les esprits jusqu'à la Renaissance.
Du vif sentiment de la relativité qui alors se fait jour, les hommes ont remonté énergiquement vers des principes absolus. Toutefois le mouvement d'expansion vers la nature, le divers, le relatif, déjà marqué par la Renaissance, s'est amplement poursuivi jusqu'ànos jours ; il atteint à quelques égards des conséquences extrêmes, en sorte que les hommes qui pensent et l'instinct des foules sont dans une môme attente d'une reconstruction satisfaisante de l'ordre des choses, anxieux seulement de savoir si cet ordre résultera de l'intervention d'un principe nouveau ou d'un rapprochement intime des éléments nouveaux avec l'ancien principe absolu que le christianisme nous a apporté.
Ce n'est point ici le lieu de traiter cette question. Mon dessein, dans les études qui suivent, est de considérer, de caractériser et d'ordonner les mani-
LViii l'Évolution de la littérature
festations littéraires essentielles ou importantes par lesquelles Tesprit humain a signalé sa marche pendant toute celte histoire. J'ai décrit, dans mon ouvrage du Râle des Concepts^ son évolution philosophique; ridée commune des présents essais est de décrire revolutionlitteraireparaIlele.il est vrai que cette étude ne saurait jamais être complète, à cause de la multitude des données littéraires, et de la faiblesse d'un seul homme qui en est de beaucoup excédée. Mais un certain nombre de points établis suffisent à donner la figure d'une courbe.