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vouloir me donner ce que tu leur donnais. Car elles voulaient me le donner par Taffection sage dont elles abondaient de toi. Garc^était un bienpour elles, le bien qui me venait d'elles; et ce n'était pas d'elles, mais par elles : carc'est de toi tous biens, Dieu ; et de mon Dieu me vient le salut tout entier. C'est ce que j'ai remarqué depuis, quand tu me Tas crié par ces choses mômes que tu accordes en dedans et au dehors. Car alors je savais téter et acquiescer à ce qui délectait, pleurer au contraire à ce qui offensait ma chair ; rien de plus. Et puis j'ai commencé à rire, endormant d'abord, ensuite éveillé.... Et voici que peu à peu je concevais où j'étais, et je voulais montrer mes volontés à ceux par qui elles seraient remplies, et je ne pouvais ; parce qu'elles étaient en dedans, eux au contraire au dehors, et par aucun sens ils ne pouvaient entrer dans mon âme. C*est pourquoi je jetais membres et cris, signes semblables à mes volontés, le peu que je pouvais, tel que je pouvais. Et quand on ne m'obéissait pas, soit qu'on ne m'eût pas compris, soit parce qu'on m'aurait fait mal, je m'indignais contre de grandes personnes, non mes sujettes, et libres, non mes esclaves, et en pleurant je me vengeais d'elles » (1). Oii est l'art ? il n'y en a plus. Ne disons pas que c'est la nature qui parle, c'est l'âme. Et ce langage tout aussi spontanément s'amplifie, se prolonge, s'élève, adore, frémit ; par exemple : « J'allais plus loin de toi, et lu me laissais faire; et je m'agitais et je me répandais et je m'écoulais et je bouillonnais par mes fornications, et tu te taisais. 0 ma tardive joie ! Tu te taisais alors et moi j'allais toujours loin de toi vers plus et plus de stériles
52 l'évolution de la littérature
easemencemenls de douleurs, dans un superbe abaissement et une inquiète lassitude » (1). Cela est écrit « avec la chair et avec le sang ». Oui, pour la première fois, c'est tout l'homme qui parle, qui est allé jusqu'au fond de lui-même par une vraie observation intérieure, non frelatée pour la montre et qui dit ce qui est, toute rhétorique dépassée. C'est bien un tel maître qui, expert dans la science de dire, peut mépriser ce qu'il appelle les sciences sans cœur (2). Car en vérité il est souvent fait mention ici du cœur. Kt qui a plus de droits d'en parler ?
Rien n'a jamais égalé la grâce dont il nous a entretenus de son enfance. Il nous la raconte du premier jour: «mais je ne sais, dit-il, d'où je suis venu ici. Dis-moi, je t'en supplie. Dieu, et avec miséricorde à un misérable ; dis-moi si mon enfance aurait succédé à quelque autre âge qui déjà aurait été mien et qui serait mort; est-ce celui que j'ai passé dans les entrailles de ma mère? Car de cet âge aussi on m'a raconté quelque chose et j'ai vu moi-même des femmes grosses. Quoi avant cet âge même, ma douceur, mon Dieu ? Ai-je été quelque part ? ou quelqu'un ? Car pour me dire cela, je n'ai personne : ni mon père ni ma mère ne l'ont pu, ni l'expérience, ni ma mémoire. » Et pour les premiers temps de sa vie, il ajoute : « On me Va raconté de moi-même et je l'ai cru, parce que nous voyons la même chose chez les autres enfants; car cela qui était mien, je ne m'en souviens pas » (3). Telle 'est cette naïveté qui dans les aveux les plus simples laisse pressentir les recherches profondes et dans l'homme