PRÉFACE IX
autres. Un climat et une situation différente amènent chez lui des besoins différents, par suite un système d'actions différentes, par suite encore un système d'habitudes difiTérentes, par suite enfin un système d'aptitudes et d'instincts différents. L'homme, forcé de se mettre en équilibre avec les circonstances, contracte un tempérament et un caractère qui leur correspond, et son caractère comme son tempérament sont des acquisitions d'autant plus stables, que l'impression extérieure s'est enfoncée en lui par des répétitions plus nombreuses et s'est transmise à sa progéniture par une plus ancienne hérédité. En sorte qu'à chaque moment on peut considérer le caractère d'un peuple comme le résumé de toutes ses actions et de toutes ses sensations précédentes, c'est-à-dire comme une quantité et comme un poids, non pas infini (renvoi à SpinozB., Ethique, i* partie, axiome), puisque toute chose dans la nature est bornée, mais disproportionné au reste et presque impossible à soulever, puisque chaque minute d'un passé presque infini a contribué à l'alourdir, et que, pour emporter la balance, il faudrait accumuler dans Tautre plateau un nombre d'actions et de sensations encore plus grand. Telle est la première et la plus riche source de ces facultés maîtresses d'où dérivent les événements historiques; et l'on voit d'abord que si elle est puissante, c'est qu'elle n'est pa$ une simple
X l'évolution de la littérature
source, mais une sorte de lac et comme un profond réservoir oîi les autres sources, pendant une multitude de siècles, sont venues entasser leurs propres eaux. »
Ainsi la race n'est pas une vraie source, une « simple source », c'est un réservoir qui ne laisse filtrer que ce qu'il a reçu et qui ne pèse que du poids dont il a été rempli. Il a été constitué par les seules vraies sources, les sources de la nature physique. C'est Faction de la nature extérieure qui est venue se répercuter dans Thomme selon les lois nécessaires de l'équilibre et qui en une certaine aire de l'espace, en un certain laps de temps, a déterminé forcément la race. Celle-ci n'est rien avant « l'empreinte primitive » qu'elle reçoit du milieu physique, par le mécanisme de la sensation. La race s'évanouit comme source, cause, force autonome et originale ; sa structure analysée, décomposée, laisse voir des amas d'impressions venues de la nature physique à qui seule appartient en dernier ressort l'action. A ce point de son exposition, Taine a accompli son dessein d'expliquer le dedans par le dehors, l'homme intérieur par la physique objective, le supérieur par l'inférieur. Puisque la race n'est rien par soi, ces milieux où nous avions vu d'abord l'œuvre des hommes, à savoir « les circonstances politiques » et « les conditions sociales », il faut les rapporter en définitive à