AU MOYEN AGE
l'évolution de la littérature, comparék dans
l'antiquité et le moyen AGE
Les Hellènes, dont la littérature épique était née de la lyrique religieuse et qui; à cause de cela, attribuaient à leur poésie primitive une origine divine ou un caractère sacré, prirent la peine, qui ne leur coûta guère, d'imaginer de beaux noms pour représenter une période dont ils ne savaient plus rien deprécis, et ils ont orné les lointains de Thistoire de quelques chantres fabuleux, Orphée, Linos, Chrysothémis, Philamon, Thamiris, Démodocos.
Dans le crépuscule litte'raire de notre premier moyen âge, point de ces figures légendaires, point de ces syllabes sans substance que le temps charge peu à peu d*une puissance d'émouvoir. La mémoire des hommes s'attache avec justice aux noms qui par la religion organisent le monde ; le peuple ne songe pas à se glorifier lui-même du plaisir qu'il peut prendre à célébrer
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Glovis ou Dagobert, et les femmes qui battent des mains en faisant des rondes ou qui s'assoient à la veillée, les moines qui se récréent ensemble, les chœurs de jeunes gens, les assemblées d'hommes, de nobles, de soldats, leurs mille bouches sont anonymes qui résonnent des louanges de Charlemagne ou de Guillaume d'Aquitaine ; les séquences des saints et des saintes croissent doucement sur les parvis des moutiers et des églises comme de grêles fleurs nées de graines ignorées entre les pierres. Nul n'est proprement auteur, tout le monde est plutôt acteur dans cette poésie orale, même ceux qui, avec plus de génie, élongent le jet de la cantilène.
Quand la triomphante épopée a grandi et marché enfin par Teffort du trouvère, peu de gloire le paye d'une œuvre qu'accompagne de si près toute cette confuse lyrique du peuple. Vingt villes se disputent l'honneur d'avoir donné naissance à Homère, qui sans doute ne fut jamais ; la Grèce, pour l'adorer, oublie qu'elle l'a inventé. Mais la France pendant huit siècles ignore Touroude, qui sûrement a vécu, et elle laisse aux hasards du temps et de la mer le soin de lui rendre un jour ce nom comme une épave énigmatique.
C'est qu'alors elle avait son attention fixée plus haut.
Tout de même, à ne considérer les choses que d'une vue rapide, on aperçoit certaines analogies assez frappantes entre le développement de la littérature antique et celui de la littérature française.
De part et d'autre, l'histoire littéraire, après la période de préparation, commence par la poésie épique. Si l'Hellade ne nous présente que deux poèmes de ce genre, tandis que la France nous en offre presque tout de suite plusieurs ou beaucoup, la Chanson de Rolandy
DE LA LITTÉRATUHE AU MOYEiX AGE 127
la Chanson (TAntioche, la Chanson du roi Louis, puis toutes les Chansons du cycle antique et du cycle breton et encore les Chansons féodales, et si par là s'accuse la fécondité excessive du génie français, il ne faut pas oublier que l'Hellade eut aussi ses poètes cycliques et que de ces groupes de poèmes il ne nous est venu que les noms^ tels que VOrestie ou la Thébaïde.
De part et d'autre, il semble que la poésie épique, après avoir circonscrit nettement son objet à une grande action militaire, ait incliné vers Taventure, le récit merveilleux d'épisodes successifs, se soit ainsi rapprochée du conte et de Thistoire, et ce que nous savons, par exemple, de Leschès et de Pisandre nous permet de les rapprocher sans violence dans notre esprit de Robert Wace ou de Geffrey Gaimar.
A tous les noms qui s'offrent ensuite dans la littérature grecque et qui représentent l'élégie aux multiples formes — Tyrtée, Solon, Théognis, Archiloque, c'està-dire la poésie patriotique, sociale, morale, satirique — Alcée, Sappho, Anacréon, c'est-à-dire la poésie amoureuse — en un mot, à toute cette lyrique qui s'incarne dans des poètes et en chacun selon son cœur, nous ne serions pas embarrassés d'opposer les chansons de toile ou d'outrée, les chansons pieuses ou amoureuses, satiriques ou politiques, qui foisonnent à partir de la fin du xii* siècle et au xiii*^ et qui ont illustré plus d'un nom, Blondel de Nesle, Conon de Bétliune, Brûlé, Muset, Thibaut et d'autres.
L'histoire apparaîtrait à son tour, là-bas avec Hérodote, ici avec Villehardouin et Joinville ; puis ici comme en Grèce, ces grands mouvements aboutiraient à une ère remplie surtout par la splendeur du théâtre. Ce procès s'achèverait par une période moralisante et
critique qui se réclamerait de penseurs et de psychologues comme Xénophon et Philippe de Commines et où, tout à la fin, Rabelais répondrait à Lucien.
Quelque commodité qu'il puisse y avoir pour l'esprit à superposer de tels cadres et même quelque part de justesse et de vérité qu'enferment ces analogies, s'il en résulte d'indéniables lumières sur les phases que traverse la littérature d'un peuple dont le génie se donne spontanément carrière, nous ne saurions méconnaître sans aveuglement que ce rapport des deux séries ne se fait que par des affleurements qui ne sont pas trop exacts, et ce rapprochement ne doit nous servir que d'une préparation à mieux distinguer des différences essentielles.
J'en ai marqué une, quand j'ai montré le caractère lyrique du Roland^ caractère effacé des poèmes d'Homère, et quand j'ai dit pourquoi il en est ainsi. II y a bien d'autres différences et qui sautent aux yeux. Où est notre Odyssée ? Où est notre Hésiode ? Qui nous jouera le rôle de Pindare ? Quelle ressemblance de la philosophie grecque, avec Socrate comme centre, à la philosophie du moyen âge et à la scolastique ? Le moyen âge a-t-il jamais écrit l'histoire, ou plutôt ne nous présente-t-il que des mémoires ? Et malgré beaucoup de traits communs, la physionomie du vieux théâtre français ne nous change-t-elle pas étrangement de celle du théâtre grec ?
Et si je voulais prendre mon premier terme de comparaison dans le moyen âge, où relrouverais-je rien dans l'antiquité qui rappelât d'une manière apparente, non seulement des sentiments tout nouveaux, liés à une civilisation particulière, mais des formes de poèmes et des œuvres comme les chansons de toile, les lais de
Marie de France, les Romans de Renarty le Roman de la Rose, les Testaments de Jehan de Meung et de Villon ?
L'évolution de la littérature ancienne dure neuf ou dix siècles bien comptés, même à ne la mener que jusqu'à Virgile ou à Tacite. Celle de la littérature du moyen âge s'achève en cinq siècles tout au plus et il faut, pour lui faire la part aussi large, en poursuivre les derniers afflux jusqu'au xvi® siècle.
Dans cette marche beaucoup plus rapide de l'une des deux littératures, on serait peut-être tenté de voir une explication en quelque sorte matérielle de cette vérité, que les événements ne se succèdent pas bien chez toutes deux dans le même ordre, chacune présentant d'ailleurs d'importantes formes qui manquent à l'autre. La vitesse du courant chez nous n'aurait-elle pas un peu brouillé les choses, donné à l'ensemble cet aspect assez confus, englouti des formes possibles^ poussé quelques autres à la surface, amené des genres différents sur le même plan du temps?
Mais il resterait à savoir pourquoi des choses qui s'étaient dérouléesdansun certain ordre pendant Tantiquité ont pris chez nous des mouvements moins distincts et une allure beaucoup plus précipitée.
Peut-être Irouvera-t-on quelque éclaircissement à ces problèmes si l'on veut bien se reporter à notre hypothèse que, pendant toute l'antiquité, l'âme travaille à se former et à se dégager des choses, tandis qu'aux débuts delà littérature du moyen âge, elle est déjà toute formée à part, ingénue comme une nouveaunée, mais vigoureuse et forte de la jeune immortalité qu'elle a reçue, en sorte que son œuvre est de rejoindre et de pénétrer la nature qui lui est offerte. Et ici expliquons-nous du mot « nature », que nous l'évolution. — t. 1. 9
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ne devons plus opposer à Fàme comme une antithèse, à moins de marquer par quoi la nature est distincte de Tâme et comment elle en souffre le contact et la pénétration.
DISTINCTION DE LA NATURB DES CHOSES ET DE l'aMK
La nature, n'est-ce pas d'abord ce qui est extérieurement concret?
Le sol où nous marchons, le vent qui nous fouette le visage, le fleuve où nous puisons de Teau, les arbres qui vivent près de nous, les collines qui bornent notre horizon, les astres, les météores qui parcourent notre ciel, voilà le premier plan de la nature, animé par les bêtes, redoutables ou familières. Et les paysages s'ajoutent aux paysages, les étrangetés aux spectacles accoutumés.
C'est un fait que les littératures et les diverses époques des littératures ont un souci très variable de ces phénomènes où la vie de l'homme est enveloppée et qu'elles y prêtent une attention plus ou moins éveillée, plus ou moins émue.
S'il arrive que la description de ces phénomènes soit au début d'une certaine période presque nulle et que peu à peu elle s'étende et prenne plus d'importance, n'y aura-t-il pas là une raison de dire qu'au cours de cette période, l'esprit des hommes s'est progressivement intéressé et attaché à la nature ?
La preuve qu'une telle évolution se remarque dans la littérature du moyen âge, celte preuve ne se fait pas. Elle résulte de la lecture des œuvres. Mais il n'est pas
malaisé d'en donner quelque illustration de détail, à litr^ d'exemple.
Certes il n*est pas dans la nature, telle que nous venons de la définir, un thème, un objet qui s'offre et s'impose davantage à Tattention de l'artiste et qui à cause de cela soit plus banal que les fleurs.
Or, dans le Roland^ le sentiment dans lequel les fleurs sont considérées est délicat et tendre, mais il est extrêmement simple. Reposer en paradis, c'est « gésir en saintes fleurs » ; un visage blanc est blanc « comme fleurs en été », les écus sont des écus « à fleurs », rberbe y est « Therbe verte », à moins qu'elle ne soit rouge de sang, et c'est tout. A la même époque, des artistes primitifs ont à embellir les mille églises de pierre qui montent du sol de la France, et c'est à peine s'ils font épanouir sur les robustes chapiteaux quelques feuillages peu définis et peu profonds ; la plupart de leurs dessins d'ornementation sont géométriques, copiés peut-être des étoffes de Byzance.
Mais il ne faut pas avancer beaucoup pour trouver plus de précision et de détail. Dans les lais de Marie de France, il arrive que la nature des plantes est nettement individualisée et caractérisée, qu'elles sont décrites dans leurs mœurs : oc II en était de leurs deux cœurs comme du chèvrefeuille qui se prend au coudrier. Quand il s'y est enlacé et qu'il en a bien entouré le bois, tous deux peuvent longtemps vivre ensemble ; mais si on vient à les séparer, le coudrier meurt bientôt et le chèvrefeuille aussi (1). » Dès le xii« siècle, la lyrique
(1) Lai de Marie de France : Le Chèvrefeuille. Glédat, dans Petit DE Julleviixe : Histoire de la langue et de la littérature française, I, 285. Celte histoire est notre meilleur guide général.
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populaire offre des chansons de mai et des descriptions du printemps. M. Jeanroy, en prenant des débuts de ces chansons, a pu nous composer comme échantillon cette galerie de tableautins d'une couleur assez vive et plaisante:
Quant la rosée on mois de mai Naist et monte sur le vert pré.
Et cil oisillon cointe (gracieux) et gai Chantent cler par le bois ramé...
Flor s'espant, l'herbe i point drue, La flor pert (parait) en l'esglantier.
J'aimerai, si mes cuers ose I Mente croist, florit la rose :
Âmes tuit, meillor n'i sai...
Quant li rossignol s'escrie Que mais se va défînant.
Et l'aloette jolie Va contremont l'air montant...
Quant j'oi chanter l'aloctle Et ces menus oisillons Et îe sent la violette Odorer tous ces buissons... {1)
Puis nous touchons au siècle où saint François appelle les fleurs c ses sœurs » ; le recueil des poésies franciscaines va prendre le nom de Fioretti, Le plus grand poème de ce temps est le Roman de la Rose. En même temps les ouvriers qui décorent les églises ogivales recueillent des échantillons de toute la flore des pays où ils travaillent, ils la sculptent sur les pierres et ils font des cathédrales le musée de la région où elles s'élèvent.
La tristesse des circonstances qui suivent détournera
(1) Jeanroy, Les Origines delà poésie lyrique en France au moyen âge, etc., Paris, 1889, I, 376.
les cœurs des sujets gracieux. Ce sera le moment des essais de poèmes graves et moralisateurs, le moment aussi des danses macabres. Cependant Charles d'Orléans chantera:
Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye Et s'est vestu de broderye...
Le gothique se fait « fleuri », il contourne la pierre et la contraint d'entrer dans les formes du monde végétal, jusqu'au moment où Ronsard, pour composer ses bouquets, pillera non seulement les églogues de Virgile, mais tous les gazons du « Jardin de la France». Il est vrai qu'alors les ornemanistes couvriront les murs des châteaux, empliront les compartiments des boiseries de milliers de motifs où frissonne un peuple de fleurs. Si quelque cent ans après, dans toute l'œuvre d'un poète qui se propose d'ailleurs d'autres modèles à peindre, on ne trouve sur ce thème que ce seul vers :
La campagne à présent n'est pas beaucoup fleurie,
cela pourra bien être une marque que les artistes se seront de nouveau détachés de la considération des phénomènes extérieurs.
Et ce que j'ai dit des fleurs, pour me restreindre à un thème exemplaire, il faudrait le dire de tout ce qu'on peut appeler t les choses ». C'est un fait qu'à partir du xie siècle la littérature du moyen âge a fait une place de plus en plus grande â la description des choses. Elles sont peintes d'un trait net et d'un ton juste dans les plus vieilles Chansons, mais le magasin des décors, si je puis ainsi parler, est encore si sommaire dans l'esprit du poète qu'à bien des égards il habillera de la
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même manière Français et ennemis, chrétiens et païens. Gomment cette pauvreté subsisterait-elle dans ces poèmes d'aventure qui s'allongent en interminables récits, qui promènent le lecteur parmi cent merveilles, villes, forêts, châteaux, fleuves et mers, créneaux à assaillir, richesses à conquérir, présents à recevoir et à donner ? Et pense-t-on que Villehardouin et Joinville auront vu l'Orient, que Froissart. aura curieusement couru par l'Europe, admirant guerres et tournois, entrant dans les villes, suivant les cours, cheminant dans les campagnes, pour ne rien nous dire de tant d'objets frappants ?
Voilk donc encore toute une province de la nature concrète que la littérature du moyen âge s'est peu à peu annexée : car je n'excepte pas de la nature ce qui, étant œuvre de Tart humain, se présente comme un objet à considérer, vêtements, maisons, édifices, tours, murailles, vaisseaux, meubles, armes, étoffes, tout ce que le génie de Thomme invente, agence, édifie, pré- ^pare, arrange, fabrique pour satisfaire aux goûts et aux besoins de sa propre nature.
Et l'homme lui-même : ce corps pour lequel il se met en telle dépense d'ingéniosité et de labeur, ne faitil pas partie de la nature ? Sans doute, et les phénomènes dont il est le siège sont régis par des vicissitudes qui ne paraissent guère moins rigoureuses que celles qui s'imposent aux saisons, à la circulation des éléments, à la vie des plantes et des bêtes.
Et voici que nous sommes au cœur de la nature humaine qui n'est jamais plus elle-même que là où elle cesse d'être extérieurement concrète pour s'offrir comme un objet moral, intérieur, comme l'ensemble des instincts, des désirs, des passions. Car si la nature
physique de Thomme ne change pas et si nous n'avons pas un organe de plus ou de moins que les Égyptiens qui nous ont légué leurs momies, ou les Grecs qui nous ont laissé leurs statues, ou cette multitude dVïeux inconnus de qui nous tenons notre sang, notre vie psychologique se compose exactement des mêmes forces et des mêmes tendances que la leur, et elle traduit un invisible organisme auquel il n'a été rien ajouté ni rien ôté. *
Que reste-t-il donc dans Thomme qui ne soit pas de la nature et qui ait pu changer ?
C'est Chateaubriand qui le remarque, je ne sais où, par une de ces pensées qu'on croit reconnaître quand on les rencontre et qu'on s'étonne de n'avoir pas déjà formulées : les passions ne changent pas, il n'y a que les idées qui changent.
C'est assez. Encore ne s'agit-il pas de ces mille idées que l'expérience, que l'occasion fait naître, mais du petit nombre d'idées qui, au contraire, interprètent et dépassent l'enseignepent de la nature physique et donnent à la vie humaine un sens dernier et une suprêmeraison. La nature des choses, pour parler comme les ancieps, a-t-elle en elle-même sa raison d'être, ou faut-il que l'esprit humain aille chercher ailleurs cette raison ? L'homme à son tour est-il un accident de cette nature ou bien n'implique-t-il pas en lui des pensées dentelle ne saurait rendre compte, des fins auxquelles elle ne satisfait pas ? Quel est dès lors le rapport de l'homme avec la cause absolue de la création, quelle est sa destinée et par suite quel est son rôle, sa fonction, son devoir et son but pendant qu'il vit sur cette terre et qu'à tant d'égards il fait partie de la nature et de l'ensemble des phénomènes ?
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C'est parce qu^ l'homme est capable de ces doutes, c'est parce qu'il peut s'arrêter à ces idées, en un mot c'est parce qu'il est raisonnable, qu'il n'est pas un animal entre autres, dont on puisse déterminer une fois pour toutes la manière de vivre et que, malgré la fixité de sa nature physique, intellectuelle et morale, il n'a pas des mœurs immuables comme les abeilles ou les fourmis ; car c'est ce pouvoir d'ultime réflexion qui se propage de proche en proche dans ses observations et dans ses actes et l'anime d'une mobilité qui échappe à toute rigoureuse prévision. C'est parce qu'il est doué de ce pouvoir-là qu'indépendamment de l'influence des circonstances, qu'il ne s'agit pas de nier, il se modifie lui-même, transforme tour à tour ses principes de conduite qui ainsi cessent d'être naturels pour devenir siens, pour être humains, surveille, compose, complique, ordonne les mouvements de ses tendances et de ses passions natives et règle de son fonds Texercice et l'usage de ses énergies physiques. Or sachant et pouvant se changer, grand miracle I à plus forte raison peut-il en' quelque mesure changer les choses, contraindre la nature, façonnée par son art, à entrer dans des formes et à présenter des objets et des spectacles qu'elle ne produit pas d'elle-même. Dirai-je que la fabrication réfléchie du premier outil était déjà le fait d'un être qui, non content d'organiser la vie d'après ses propres plans, devait un jour se poser les questions dernières?...
Et c'est à. travers ces questions, à travers ces problèmes que l'âme s'était cherchée et formée dans l'antiquité. C'est par la claire conscience de leur position que l'âme naît complètement à elle-même, c'est par leur solution assurée qu'elle était comme fondée et en
possession de soi dès le début de la littérature du moyen âge. Et c'est Tesprit humain, en tant qu'il est le lieu en quelque sorte métaphysique de ce petit trésor de grandes idées et d'essentielles vérités qu'on peut appeler l'âme, par opposition à la nature, â l'ordre et aux flux des phénomènes, puisqu'ausslbienFâme ainsi définie est à part des phénomènes et distincte de la nature objective des choses. Le poème de cette âme toute pure a été écrit pendant le moyen âge, ce qui prouve assez qu'elle s'y est bien connue, et il s'appelle Vlinitation de Jésus-Christ.