‹ L'ame et l'évolution de la littérature des origines à nos joursChapitre 5 sur 54 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

plus ancienne hérédité ». Pourquoi donc ces deux moments caractérisés par Corneille et par Voltaire ? etpuisqu^on parle d'« empreintes », pourquoi d'un côté ce profil de médaille romaine et de Tautre cette silhouette de macaque grivois? Nos pères parlaient le celte, puis ils ont parlé klin, puis ils ont parlé roman, puis ils ont eu des rois, puis ils ont parlé français, puis ils ont eu des républiques, des empereurs, ils ont eu des coutumes, puis ils ont eu des lois codifiées.

Et le même soleil se lève tous les jours.

Mon Dieu ! que les gens qui veulent supprimer le mystère partout sont donc fâcheux et absurdes ! Dans les mêmes climats qui ne changent pas, il y a des peuples qui évoluent beaucoup et il y en a d'autres qui évoluent peu ou point. Les navigateurs qui, six cents ans avant notre ère avaient exploré les premiers les côtes occidentales de l'Afrique, avaient vu des noirs fuyant sur les hauteurs, et la nuit, pendant que des feux s'allumaient sous la voûte des forêts, ils avaient entendu d'effroyables hurlements accompagnés du son d'instruments barbares ; les navigateurs qui, plusdedeux mille ans après, vainquirent le cap des Tempêtes, écoutaient les mêmes clameurs, et Montesquieu constate que tout ce qu'on sait à son époque de ces pays et de ces peuples se rapporte encore aux descrip-

l'lvolutiox. — T. I. 0*

xvi l'évolution de la littérature

tiens primitives. Les pygmées d'Hérodote ont été vus par Stanley ; ils ne semblent pas qu'ils diffèrent de ce qu'ils étaient quand les Pharaons régnaient en Egypte et que les Gaulois étaient une race moins connue qu'eux de l'historien grec; car tout ce qu'il sait des Celtes, c'est qu'ils sont les derniers hommes vers l'occident, tandis qu'il apprend d'un hiérogrammate de Sais, sans trop y croire, que ces petits hommes sont fort adonnés à la sorcellerie. Paris alors n'existait pas, mais Sparte était puissante. . . 11 y a des races qui ont certainement évolué et qui, autant qu'on en peut juger, n'évoluent plus guère, comme les Chinois ou les Arabes. Il y en a sans doute qui ont évolué à rebours dans le môme climat où elles avaient jadis progressé.

— Et que fait tout ceci à l'histoire de la littérature? — Je réponds que ce n'est pas ma faute si Taine a voulu qu'elle fût envisagée sous cet angle ; et je réponds aussi que cela y fait beaucoup, si Taine a mis en mouvement cette gigantesque théorie pour prouver que l'homme n'était rien, que l'homme n'avait aucune initiative de lui-même, aucune force qued'emprunt, et s'iladoduitainsique le grand homme de lettres à son tour n'était rien non plus de son chef, qu'il n'était qu'un produit de son milieu, qu'il était entièrement explicable par les circonstances extérieures, qu'il n'était, comme

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