‹ L'ame et l'évolution de la littérature des origines à nos joursChapitre 9 sur 54 · PRÉFACE XXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXVII

être surtout parce que j'en ai besoin, et, Messieurs, je vous en prie, ne voyez pas dans cet aveu Fombre de paradoxe, si là même, dans ce besoin, est la raison d'être ou la justification de tous les systèmes. Eh oui ! sans doute, qui ne le sait ? Tout système, philosophique ou scientifique, est ruineux, caduc et faux comme système... Mais qui ne sait d'autre part ce que les systèmes, en tout genre, nous ont rendu de services et de combien de vérités nous leur devons la révélation ? On cherchait une chose et on en trouve une autre... Gardons-nous donc, je le veux bien, de Tesprit de système, mais ne proscrivons pas cependant les systèmes, et, au contraire, sachons en reconnaître la véritable utilité, si tout système, à le bien prendre, et quand on Ta comme dépouillé d'un excès de confiance qu'il a trop souvent en lui-même, n'est proprement qu'une méthode. »

Malgré tout, il ne m'apparaît pas, sur le vu de ce passage, que M. Brunetière, quelque confiance aveugle qu'il promette à tous les savants, croie aussi solidement aux lois de Darwin qu'aux lois de Newton, en quoi je le trouve sage ; et il me semble que s'il veut bien croire à la doctrine de révolution sur la parole des savants compétents, c'est à condition de faire maintenant toutes ses réserves et de n'y pas croire du tout comme système, puisqu'à ce titre il est nécessaire, d'après lui, qu'elle soit

xxviii l'évolution de la littérature

fausse. Nous n'avons donc plus affaire à une vérité objective dont les lois régneraient souverainement sur les espèces littéraires comme sur les espèces animales; c'est un système subjectif qui, appliqué dans la critique des lettre», pourrait servir à trouver des aperçus nouveaux dont on ne se serait pas avisé sans cela. Si je n'interprète pas mal la pensée de mon auteur, malheur qui après tout peutm'arriver, elle aussi a évolué. Il a d'abord pensé que de l'histoire naturelle à l'histoire de la littérature et de l'art, il y avait «parallélisme », que l'analogie de système s'étendait de l'une à l'autre ; maintenant le système ne lui paraît plus propre qu'à lui fournir des « analogies » (1). Peut-être qu'il « cherchait une chose» et qu'il en a <c trouvé une autre». La doctrine de l'évolution, pour lui, n'est plus tant une formule stricte des faits qu'une méthode d'invention.

Si cette méthode a contribué quelque chose dans les fortes études qu'il a écrites depuis lors, il n'a certes pas à se repentir de l'avoir imaginée. Toutefois, en se retirant ainsi sur le terrain de la méthode, M. Brunetière a laissé indécise la question qu'il avait soulevée par sa leçon d'ouverture de VEvolution des genres. Le problème qu'il a posé ne lui appartient plus ; il vit, il chemine par le monde,

(1) Evolution de la poésie lyrique, dernière page.

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