LA LYRE
Calme, souriant aux orages ,
Tu demeures, et nous passons.
Nous passons , et nous et nos songes ,
Et nos plaisirs et nos erreurs ;
Et le tissu de nos mensonges Se brise enfin dans les douleurs.
Quel fantôme errant dans la vie Peut effrayer la vérité?
Sont-ce les clameurs de l’envie Ou l’assaut de la vanité ?
Mais quand l’aigle, roi de la plaine, S’élance et bondit dans les airs, Qu’importent mille cris divers?
Qu’importe une vapeur lointaine?
Va donc accomplir tes destins,
O lyre! Mais hélas 1 ces glorieux desseins, Partage des élus , mission du génie ,
Pour toi ne sont pas faits , ô compagne chérie !
UK
l.t I.YRK.
Obscure, dédaignée et faible comme moi,
Quels cœurs ont tressailli sous tes accords funèbres? Comme l’oiseau des nuits, chante dans les ténèbres. Il n’est rien de commun entre la gloire et toi.
Abandonne à leur sort tes cordes solitaires;
Mais si l’écho mélodieux Porte vers leurs rochers un son harmonieux ,
Elles vibrent involontaires.
Sur le parvis du temple ôù s’élève la croix,
Et n’osant pénétrer jusques au sanctuaire ,
Indigne , cependant je mêlerai ma voix Aux voix des enfants de lumière ,
« Que d’un souffle choisi Dieu voulut animer, »Etqu’ilfitpourchanter,pourcroireetpouraimer. » *
Novembre 182;).
1 Ijiiinartiiif.