‹ L' âme et la solitude (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · IU · texte numérisé non relu

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Ah ! si ton luth, fidèle à ses premiers accords.

Plus riche qu’une fleur épanouie à peine ,

Où l’aurore en naissant parfume sou haleine,

Avait d’un même souffle épuré ses trésors;

Quelle main n’eût saisi ta manne nourrissante?.,. Peut-être cependant la tourbe délirante C’aurait pas attaché de son bras furieux Ses lauriers bien pesants à ton front soucieux.

Mais que peut-elle enfin cette foule ameutée Qui crie et bat des mains sous ta muse irritée?

Son bruit doit expirer avec le bruit des. jours ;

C’est l’impure Babel qui croule arec ses tours;

Ou peut-être est-ce encore sur la plaine flottante.

Le flocon qui scintille à la vague fumante;

Mais jamais ces soleils nobles enfants des cieux ,

Qui dorent l’océan de disques radieux

Et ton génie à toi , c’est l’océan immense ,

Celui qui te forma s’applaudit en silence,

Laissant au temps jaloux le soin de révéler L’auréole de gloire où tu devais briller.

Eh bien! filsdu Très-Haut, où donc est ton tonnerre?,. J’entends parfois mugir un bruit sourd de ja terre;

4 VICTOR HDCO.

Quelque chose s’élève en tourbillons poudreux, Qui déchire l'oreille et fatigue les yeux.; « ■

Mais si , las d’aspirer la vapeur des campagnes , . Nous secouons nos pieds au sommet des montagnés Pour planer avec Dieu dans l’abyme d’azur , • ■■

Les voix semblent s’éteindre en un éther si pur; ' Ou si quelque lumière a percé le nuage, ; > ; <

C’est un rapide éclair toujours chargé d’orage.

Et l’on dit cependant que, simple dans tes mœurs. Ton front s'incline pur sous des pensera meilleurs ; Tu t’assieds avec joie au foyer de famille,

Tu prends sur tes genoux tes enfants;.... et ta fille, Dont la main caressante est un baume à ton feu, Sur tes lèvres apprend à bégayer : « Mon Dieu ! » Le pauvre va remplir sa besace à ta porte ;

La prière te parle Oh! sa voix n’est pas morte.

Ami; c’est vainement que notre âge insensé Enveloppe ton cœur de son réseau brisé;

Il surgira soudain pulvérisant sa chaîne ,

Se fondant tout entier au souffle qui l’entraiue ,

A VICTOR IKK.O

Comme une goutte 4’eau daii* i’océau vermeil f. Comme, oh rayon perdu <jui s’unit au soleiH

Qui sondera ce cœur à lui-même un mystère?

Peut-être est-il en proie à l’affreuse misère , Semblable au songe lourd d’une nuit sans lueurs

Qui pèse à la poitrine et glace de sueurs?

Qui sait si le lambeau que ton pied pousse au monde

D’un volcan épuré n’est pas la lave immonde ?

Si le voile jeté sur d’indignes flatteurs

Ne cache pas aussi tes sourires moqueurs?

Qui nous dit si, marchant à son œuvre divine,

Ton frère 1 , pèlerin aux champs de Palestine,

Ne puise pas pour toi dans les sillons sacrés Cette eau qui convient seule aux Cèdres altérés ,

Et qu’enfonçant tous deux vos racines chenues ,

Vos fronts en un seul dôme élancé vers les nues Ne seront pas ensemble un asile de paix Qui versera sur nous l’abondance et le frais?

1 Liuartim , aujourd’hui à Jérusalem

A VICTOR NDCO.

Ht que l'ame où s’agite un instinct redoutable.

De ses soupirs brûlants parole insaisissable ,

N’ira pas, lasse enfin de pleurs silencieux, Chercher dans vos rameaux une voix pour les cieux?

5 Décembre i85i.

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