IU
Ah ! si ton luth, fidèle à ses premiers accords.
Plus riche qu’une fleur épanouie à peine ,
Où l’aurore en naissant parfume sou haleine,
Avait d’un même souffle épuré ses trésors;
Quelle main n’eût saisi ta manne nourrissante?.,. Peut-être cependant la tourbe délirante C’aurait pas attaché de son bras furieux Ses lauriers bien pesants à ton front soucieux.
Mais que peut-elle enfin cette foule ameutée Qui crie et bat des mains sous ta muse irritée?
Son bruit doit expirer avec le bruit des. jours ;
C’est l’impure Babel qui croule arec ses tours;
Ou peut-être est-ce encore sur la plaine flottante.
Le flocon qui scintille à la vague fumante;
Mais jamais ces soleils nobles enfants des cieux ,
Qui dorent l’océan de disques radieux
Et ton génie à toi , c’est l’océan immense ,
Celui qui te forma s’applaudit en silence,
Laissant au temps jaloux le soin de révéler L’auréole de gloire où tu devais briller.
Eh bien! filsdu Très-Haut, où donc est ton tonnerre?,. J’entends parfois mugir un bruit sourd de ja terre;
4 VICTOR HDCO.
Quelque chose s’élève en tourbillons poudreux, Qui déchire l'oreille et fatigue les yeux.; « ■
Mais si , las d’aspirer la vapeur des campagnes , . Nous secouons nos pieds au sommet des montagnés Pour planer avec Dieu dans l’abyme d’azur , • ■■
Les voix semblent s’éteindre en un éther si pur; ' Ou si quelque lumière a percé le nuage, ; > ; <
C’est un rapide éclair toujours chargé d’orage.
Et l’on dit cependant que, simple dans tes mœurs. Ton front s'incline pur sous des pensera meilleurs ; Tu t’assieds avec joie au foyer de famille,
Tu prends sur tes genoux tes enfants;.... et ta fille, Dont la main caressante est un baume à ton feu, Sur tes lèvres apprend à bégayer : « Mon Dieu ! » Le pauvre va remplir sa besace à ta porte ;
La prière te parle Oh! sa voix n’est pas morte.
Ami; c’est vainement que notre âge insensé Enveloppe ton cœur de son réseau brisé;
Il surgira soudain pulvérisant sa chaîne ,
Se fondant tout entier au souffle qui l’entraiue ,
A VICTOR IKK.O
Comme une goutte 4’eau daii* i’océau vermeil f. Comme, oh rayon perdu <jui s’unit au soleiH
Qui sondera ce cœur à lui-même un mystère?
Peut-être est-il en proie à l’affreuse misère , Semblable au songe lourd d’une nuit sans lueurs
Qui pèse à la poitrine et glace de sueurs?
Qui sait si le lambeau que ton pied pousse au monde
D’un volcan épuré n’est pas la lave immonde ?
Si le voile jeté sur d’indignes flatteurs
Ne cache pas aussi tes sourires moqueurs?
Qui nous dit si, marchant à son œuvre divine,
Ton frère 1 , pèlerin aux champs de Palestine,
Ne puise pas pour toi dans les sillons sacrés Cette eau qui convient seule aux Cèdres altérés ,
Et qu’enfonçant tous deux vos racines chenues ,
Vos fronts en un seul dôme élancé vers les nues Ne seront pas ensemble un asile de paix Qui versera sur nous l’abondance et le frais?
1 Liuartim , aujourd’hui à Jérusalem
A VICTOR NDCO.
Ht que l'ame où s’agite un instinct redoutable.
De ses soupirs brûlants parole insaisissable ,
N’ira pas, lasse enfin de pleurs silencieux, Chercher dans vos rameaux une voix pour les cieux?
5 Décembre i85i.