‹ L' âme et la solitude (volume 2)Chapitre 44 sur 46 · AU CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

AU CIMETIÈRE

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Me dévorait alors!... Laissons ce souvenir.

Il m’importune encore.... Un tout autre avenir Se dévoile à mes yeux. Mon âme consolée N’ira plus, aggravant sa douleur isolée,

Demander à la tombe un peu de sou repos.

D’un œil bien différent je revois ces tombeaux :

Ils ne sont plus muets, glacés comme la pierre Où je rêve appuyé; je sens en ma paupière Rouler et s’épancher des pleurs délicieux;

Qu’ai-je donc à pleurer?... Ne suis-je pas heureux ?... Oh ! oui, j’ai pu trouver la paix et le silence ,

Ce silence du cœur, quand enfin il commence A chercher dans la vie un but à ses désirs;

Quand il sait épurer la source des plaisirs ;

Quand il a tout pesé, gloire , honneurs et richesse, Amour!... Mot qui ne peut effacer sa tristesse; Qui, comme un insensé, l’agitant en tout lieu,

Ne trouve un sens parfait qu’en vous seul, ô monDieu ! Oh ! oui, j’ai découvert quelque chose en mon âme Qui l’échauffe et l’élève ainsi que cette flamme Obscure qui soulève un flocon sur les mers ; Pourquoi me prêtez-vous tant de charmes, mes vers?. .

Dt l’ÈBR LACHA1SE.

Je suis tout seul ici ?... les tombeaux m’environnent.

Un banc noir me reçoit;... des cyprès me couronnent,

Et je suis jeune encor; je n’ai pas du festin Vidé la coupe pleine et chanté mon refrain.

De roses, de parfums, je veux parer ma tête :

J’ai des cœurs pour m’aimer ; pour braver la tempête, J’ai l’abri dans le port... Une femme m’attend,

Elle a vingt ans à peine;... et près d’elle un enfant M’ouvre ses petits bras;... il appelle son père Peut-être en ce moment. . . Et vous donc, ô ma mère ! Oh! que de sentiments abondent dans mon cœur!

Que de raisons de vivre!... Innocence, ô bonheur! On ne vousconnaît pas. . . On cherche, on cherche encore Ce pain perfide et creux que toute âme dévore Sans se rassasier;... de l’or, des grains d’encens,

Du bruit, je ne sais quoi Voyez ces monuments!

Leurs morts vont disputer d’orgueil avec la vie ;

Ils rêvaient être grands Ils porteront envie

A ceux qui n’auront pas un marbre à leurs tombeaux ; Grands enfants, c’était là la fin de leurs travaux ! Qu’ils en jouissent donc !.... O tombe solitaire,

C’est toi que je cherchais, c’est toi qui sais me plaire

AU CmtTtéRF.

Par la .simplicité.... C’est depuis bien long-teuips Qu’une mère, sans doute, y posa ses présents;

Ces roses, ce collier, cette fleur d’immortelle. Hélas! tout est flétri!... Mais peut-être avec elle Dieu t’aura réuni! Pourtant je ne vois pas Tout autour le gazon moins épais sous mes pas; Mais qu’importe ? ce lieu n’est pas ton seul asile :

J. 'homme peut le souiller et le rendre stérile ;

Il en est un qui règne à l’abri de sa main ,

Qu’il ignore aujourd’hui, mais qu’il verra demain.

Levons-nous, parcourons ce coteau de silence ; Combien il a grandi!... Comme une mer immense Qui gagne flot à flot le rivage habité , bientôt il étreindra sa géante cité,

Et lui fera râler sa dernière agonie.

Paris, ah! c’est ici que ta gloire est finie!

Ici tu n’es plus rien... Malgré tes vains efforts,

Ton nom disparaîtra dans la cendre des morts!

Et pourquoi , non content de sa paix qui m’inonde, Yais-je jeter mon nom aux périls de cette onde

IX' l'ÉRF. ItUHISF.

SSl

Qui le ballottera dans ses flots écumeux?

Peut-être, plus obscur, j’eusse été plus heureux! Mais j’entends une voix qui me crie en mon âme :

* Parle, parle toujours;... laisse échapper la flamme

• Qui te bride, et dis-leur, du fond de ton néant,

» Que l’homme t’a menti , que ton Dieu seul estgrand ! »

sui Mai 1 85.".

LE RETOUR

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