‹ L'âme et la solitudeChapitre 31 sur 41 · A VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A VICTOR HUGO

Tel un obscur ruisseau qu'un grand fleuve alimente. Soulevant tout-à-coup une vague écumante , S'étonne de trouver un murmure à ses bords; Telle l'âme se trouble à ces bouillants transports,

\ VICTOn HUGO.

Hiii changent en serpents les cordes de la lyre, Arment de dards sanglants la langue qu'elle inspire, Et vouant à l'oubli ces jours délicieux Où , dignes séraphins, ils montaient vers les cieux, .\e sont plus (ju'un torrent dont le cours indomptable Roule les perles , l'or , dans l'écume et le sable , Et ne laisse en son lit et ses flancs déchirés, One dos échos d'un jour dans la lange expirés.

Écoute Quand vn ange , à ta riante aurore,

Accorda sous tes doigts cotte harpe sonore , Tu la sentis frémir au souffle inspirateur.... Qu'as-tu fait de ce bien, raie don du Seigneur? L'aigle pord quelquefois en des saisons nouvelles Los plumes que le vent arrache de ses ailes, Et son cri cependant retentit dans les airs ; PI us grand quel 'aigle eîicoro,... où s'élancent tes vers? Tl n\e semble un pontife au sein du sanctuaire Sur un morne cercueil déroulant le suaire , Quand le peuple, incliné de respect et d'effroi , Retrouve au fond du cœur i'ospérance et la foi,

A VICTOU HUGO. 19s

Lui jeter tout-à-coup un effroyable rire. Changer le verbe saint en un affreux délire, Et, d'un crime inoui profanant le saint lieu , Proclamer le néant à la place de Dieu.

Qu'attends-tu desvains bruits dontton cœur s'environne?

Un fleuron chaque joui tombe de ta couronne.

Une sombre lueur perce en ton avenir;

On dirait que, craignant l'heure silencieuse ,

Tu chantes Que nous fait la corde harmonieuse

Qui ne laisse vibrer qu'un amer souvenir?

Qu'importe que le Pin , où les voix des tempêtes Exhalent en passant des concerts sur nos tôles, Montre les creux d'un tronc que la foudre a frap|ié . Si ses puissants rameaux , dépouillés par l'orage , N'ont plus à prodiguer de fraîcheur ni d'ombrage, Et laissent sans abri le voyageur trompé.^

Ah! s'il était versé dans ma coupe fragile Quelques gouttes aussi de ce nectar fertile Qui coule sur ta lèvre en flots mélodieux ,

l»tt A VICTOR UltO

Que d'élans inspirés, sources de poésie,

Déborderaient soudain entraînant avec eux

Ces cœurs que Dieu pétrit d'une argile choisie ,

Ces regards , ces désirs , ces pensers vertueux ,

Qui, volant aussi purs que la sainte colombe ,

Se reposent comme elle à l'autel, à la tombe,

An (oit hospitalier, loin des cris , des complots,

A l'olivier de paix que balancent les flots;

Partout où règne encore un abri d'innocence ,

Partout où vient briller un reflet d'espérance.

rS 'est-ce pas un bonheur de tenir en sa main

Au disert d'Israël la baguette d'airain?

De faire jaillir l'onde au rocher qtii s'entr'ouvre ;

De rendre à la nuée un éclat qui se couvre;

Et, tandis que dans l'ombre, aux herbes «hi chemin

Le reptile hideux distille son venin ,

De sentir s'échapper quelque chose de l'âme

Qui projette au lointain une brillante flamme ,

Phare consolateur au rivage inconnu,

Étoile tutélaire au pilote éperdu ,

Et qu'après le naufrage une vague éternelle

Porte au foyer divin dont elle est l'étincelle?

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