ISAIE
rocAriON DV poète.
Qu'est devenu l'écho d'une voix douce et tendre Qui formait un seul chœur de mille chants divers? Las de semer en vain au sable des déserts, Le poète a laissé ses cordes se détendre.
220 VO(;\TIOSi DU POÈTE.
Ainsi guidant son vol aux lueurs de la nuit, Le cygne, fatigué de sa course incertaine, Tremblant de se souiller, du bout de l'aile à peine Touche au lac et s'enfuit.
Souvent il éveilla son luth avec l'aurore, Et d'un riant espoir saluant le retour, Son hymne s'élevait comme un parfum d'amour; Mais si son horizon glacé se décolore, S'il doit dans sa poitrine étouffer ses accents, Au moins d'un lourd fardeau que son âme s'allège En jelant l'infamie au prêtre sacrilège Qui mêle la boue h l'encens!
Quand le ciel aux enfers horriblement s'allie, Lorsque la muse, hélas! dépouillant sa pudeur, Ou Gorgone hideuse, ou bacchante en fureur, Se coiffe de serpents, ou se rougit de lie, Quand un front inspiré des éclairs du saint lieu Encense des partis la dégoûtante idole, Je frémis, et crois voir, monstre pour ime obole, Le traître qui vendit son Dieu.
VOCATIOSl DU POÈTi; lîl
Pauvres, nous te tendons une main suppliante; Riche ponr nous, poète, où sont-ils tes trésors? Si ton souffle a séché dans la coupe aux pleins hords Ce baume qui pendait à notre lèvre ardente; Si tu changes ton cœur en un affreux vautour Qui demande en pâture et la haine et l'envie, Crains, tremble, malheureux, que ce reste de vie Ne dévore une âme à son tour !
Faut-il le parfumer de musc et d'ambroisie. Ce cœur qui doit bondir tout sanglant de remords? Quand sur son luth éteint le prophète s'endort, On se dit seul en soi :... Qu'est donc la poésie? Est-ce un instrument mort en la slupide main, S'étonnant elle-même à la voix qui s'éveille, Voix qui charme les sens et qui flatte l'oreille D'un accord oublié deniain?
Non, il ne fut pas fait et de verre et d'albâtre. Ce temple où Salomon éternisa sa foi; Et l'esprit qu'agitait la harpe du saint roi iN'inspira pas les chants qui berçaient Cléopâlre;