‹ L'âme et la solitudeChapitre 37 sur 41 · T2 VOCATION DU POÈTE · texte numérisé non relu

T2 VOCATION DU POÈTE

Quand du sommet d'Horeb, dévorant le chemin, Un bras descend armé des carreaux de la foudre, Tonne, glace d'effroi, frappe, réduit en poudre, Et dit : « C'est l'envoyé divin ! »

La gloire d'ici-bas est fumée,... il la l)rave. Qu'importe un grain d'encens à l'immortel trépied? Sur ce mobile flot qui caresse son pied Son âme erre pensive, et son regard est grave : Qui se prend à sourire au bord de l'Océan? Quand le siècle insensé croit énerver la lyre Sous l'or et les parfums,... c'est sa main en délire Qui jette des fleurs au volcan.

De ténèbres, de bruits la montagne entourée S'apaise cependant à la fraîcheur du ciel. On cherche sur ses flancs et le baume et le miel. Si d'un souffle de feu la lyre est inspirée, Il lui fut dit aussi : « L'homme est né malheureux! » Et tantôt à Daniel, tantôt à Jérémie, Elle offre aux cœurs blessés une fidèle amie Qui pleure et sourit avec eux.

VOCATIOM DU POÈTE. 323

Quand un frère, un ami, passager de ce monde, D'une course rapide a salué le port ; Quand au sein d'une mère où l'enfance s'endort Le fantôme glacé pose sa main immonde ; Au milieu du silence entrecoupé de pleurs. Où le sombre regard s'attache sur la pierre, IN 'entends-tu pas la voix qui dit dans la prière : « Nous nous retrouverons ailleurs ! »

C'est le tiède zéphir qui de son aile essuie Les larmes que la nuit répand sur les coteaux ; C'est le rayon d'aurore, en jouant aux rameaux, Qui change en perles d'or quelques gouttes de pluie ; Mais quand d'un vain éclat, superbes, nous brillons, Le vent qui des forêts courbe la tête altière. Ne doit pas, du chemin ramassant la poussière, Se salir en ses tourbillons.

Qu'un autre, s'il le veut, à sa main indocile Attache ces fardeaux qu'on recueille ici-bas : La pensée est un cri qui ne se saisit pas. Le front pur et serein penché sur l'Évangile,

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