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rapidement et le plus efficacement, Quand vient l'heure de l’autopsie, des puissances étrangères ont passé par là; l'œuvre qu’elles ont accomplie, les ravages qu elles ont faits, on ne les connaît pas exactement, et on court le risque de les prendre pour l'œuvre de la seule maladie,
En admettant cependant qu’on puisse constater et circonscrire toujours exactement les altérations grossières et profondes de la substance cérébrale, combien n y en at-il pas qui peuvent échapper à la vue, même armée du microscope? Point d’infaillibilité dans cette méthode; c’en est assez pour expliquer les erreurs et les contradictions ; mais, si l’on s’explique ain comment elles peuvent naître, on ne les a pas pour cela corrigées ; l'erreur et la contradiction subsistent, |
Supposons toutefois que la lésion des facultés mentales ait été rigoureusement observée et déterminée pendant la vie, que l’altération organique produite par la maladie ait été exactement décrite et distinguée de la décomposition qui suit la mort, que les observations recueillies par M. Parchappe ne rencontrent pas d'observations contradictoires, les conclusions qu'il en tire sont-elles toujours bien rigoureuses? Un subtil logicien trouverait peut-être que le tissu de ses raisonnements n'est pas assez serré. Le désir légitime de prouver sa thèse fait qu’on se sert souvent de la these elle-même comme d’un bon argument. Le point difficile est d'établir que la substance blanche
n’est que conductrice, que la substance grise a seule le pouvoir de commencer l’action physique ou de la terminer. Or, la substance blanche étant lésée, plus de sensation, plus de mouvement, pourquoi? C’est, dit M. Parchappe, que l'excitation produite à l'extrémité du nerf conducteur de la sensibilité par l’objet extérieur rencontre en un certain point de son parcours un obstacle, un hiatus, l'absence d'un conducteur indispensable pour qu'elle parvienne jusqu'à la substance grise. Personnene ditlecontraire, cela estbien possible,
probable même, si vous voulez, mais est-ce bien prouvé? Si telles sont les propriétés respectives des substances grise et blanche, ce cas pathologique de la dernière étant donné, a run les choses se passeront ainsi,
et le phénomène est très-bien expliqué , mais à l’aide dé la thèse, qui n’est par conséquent qu'une hypothèse, Rien n'a prouvé jusqu'ici que la substance blanche ne fût pas aussi capable du rôle d’organe central, concurremment avec la matière grise, dans les hémisphères cérébraux, car avec cette supposition j'explique tout aussi bien l'absence de sensation : la sensation n a pas lieu, parce que la matière blanche, organe supposé central, est, par le fait même de son altération , hors d'état de remplir sa fonction, Même absence de preuves véritables pour l’autre partie de la thèse, La substance grise des hémisphères est lésée : plus de mouvement volontaire, Ce n'est pas, dit M, Parchappe, que l'organe conducteur soit altéré ou ne remplisse pas sa fonction : la substance blan-
che n’a rien à conduire, elle conserve sa puissance sans l’exercer actuellement; c’est la substance grise qui ne peut commencer l’action matérielle et exciter le mouvement. Nous voulons bien encore qu il en soit ainsi, mais plus de rigueur dans le raisonnement ne nuirait pas. Il se pourrait, en effet, que la substance grise fût aussi conductrice, ou que les deux substances des hémisphères ne pussent rien l'une sans l'autre, et le mouvement n'aurait pas lieu davantage. Hypothèse pour hypothèse, celle de M. Parbig est peut-être plus vraisemblable, elle est peutêtre la vérité, mais elle n’est pas encore la vérité démontrée. Il faut connaître l’exacte distribution des rôles de conducteur et d’excitateur dans chaque phénomène , dans chaque organe et dans chaque substance; M. Parchappe se sert d’une répartition supposée pour expliquer les faits, tandis que ce sont les faits qui doivent servir à établir et à démontrer cette répartition. Toute l'argumentation de M. Parchappe se réduit à peu près à ceci : un malade manifeste du trouble dans ses facultés intellectuelles, volontaires et sensibles; si l’autopsie découvre une altération de la substance blanche des hémisphères, c’est, dit M. Parchappe, la substance blanche qui ne pouvait conduire convenablement le mouvement , ni la sensation; si la maladie s’est attachée à la matière grise, c’est autre chose : c’est dans la puissance d’exciter le mouvement, c’est dans l'organe chargé de terminer les phénomènes physiques de la sensation que le mal a jeté le trouble.
DU SIÉGE DE L’AME. 57 Mais si l’altération de la substance blanche et celle de la matière grise confondent ou suppriment également la manifestation dernière du phénomène, la véritable cause n’en échappe-t-elle pas à celui qui ne veut pas la supposer ?
La thèse de M. Parchappe combat la thèse de M. Flourens, les observations du médecin d’aliénés contredisent les expériences du vivisecteur; à leur tour, les faits et les idées proposés par le second contredisent les idées et les faits avancés par le premier. Mettre dos à dos ces deux savants, répondre à l'autopsie de l’aliéné par la mutilation de quelques bêtes, ruiner la thèse de M. Flourens par les conclusions de M. Parchappe, et la doctrine de celui-ci par celle de l’autre, serait une manœuvre perfide, une tactique de guerre digne tout au plus d’un sceptique de parti pris qui se complaît dans son ignorance el dans celle des
autres. In°y a pasici d’ennemi à combattre, nous n'opposons donc pas l’une à l’autre, mais nous exposons l’une après l’autre les opinions des deux physiologistes. Nous désirons aussi de toutes nos forces connaître le vrai sur cette question, mais n'est-il pas impossible d'arriver à un pareil résultat : déterminer l'organe central de l'âme et le circonscrire? Ne semble-t-il pas que ‘cette connaissance doive être interdite à l'homme? L'âme humaine n'est-elle pas semblable à ces souverains de l’Orient qui se cachaient aux yeux de tous dans le fond de leur palais, sans que personne püt savoir où résidait le mai-
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Il serait bien fâcheux cependant que les faits S'Opposassent toujours aux faits, les autorités aux autorités, que la science ne püt s'asseoir, et que nous autres, vulgaire, qui ne pouvons nous faire par nous: mêmes une opinion même incertaine, obligés, si nous voulons absolument en avoir une, d'opter à l'aveugle entre Galien et Hippocrate, entre M. Parchappe et M. Flourens , nous fussions réduits à toujours interroger et à recevoir toujours pour une seule question plusieurs réponses différentes. Il serait fÂcheux surtout que ni l’un, ni l’autre, ni quelque savant futur, ne püt faire taire un jour les contradicteurs, triompher tout à fait des difficultés de l'observation et enregis= trer définitivement dans la science, avec l’assentiment de tous, une grande découverte de plus. La doctrine de M. Parchappe est si claire, si régulière, si séduisante; 1l serait si commode de voir dans la substance blanche la matière d'où naissent les nerfs, douée exclusivement comme eux de la propriété conductrice de la sensation et du mouvement ; dans la substance grise, une matière plus précieuse chargée d’une fonction supérieure, qui commence ou achève tous les phénomènes corporels; dans les parties postérieures de l’encéphale, des organes inférieurs, ou subordon= nés, ou destinés aux seules fonctions vitales; enfin dans les hémisphères du cerveah, dans l'écorce de ces hémisphères, le véritable et unique organe de l'âme’, le siége commun de toutes ses facultés! L'opinion de
DU SIÉGE DE L’AME. 59 M. Flourens est à son tour si bien exposée et avec une telle conviction, elle est appuyée de faits si nouveaux et si curieux ! comme il serait commode aussi pour lé physiologiste de trouver en un certain point de la moelle allongéé le principe de la vie, et là de n'avoir affaire qu à lui seul; pour le philosophe de rencontrer dans les hémisphères cérébraux l'organe de l'intelligence et: de la volonté, et de se débarrasser à tout
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jamais des prétentions du sensualisme, en montrant aux disciples de Condillac un animal qui vit et qui sent, et qui n'a plus ni intelligence, ni volonté, ni instinct! Mais la prudence ordonne aux ignorants d'écouter pour s’instruire, sans se mêler de décider; ce n’est pas à eux de prononcer le guod erat demonstrandum.
Qui sait? M. Parchappe ou M. Flourens a peut-être fait une vraie découverte ; qu'ils le croient fermement l'un et l’autre, c’est leur droit et leur rôle : le génie découvre, c’est la foi qui persuade et fait les prosélytes. Mais, si la foi de M. Parchappe ou celle de M. Flourens est la foi de Galilée, la nôtre ne pourrait être aujourd'hui que celle du charbonnier. Attendons
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encore ; le public aurait tort de se hâter de croire en de semblables sujets; la précipitation pourrait être dangereuse. Il y a dix ans, par exemple, le foie ne faisait que de la bile; on nous annonce un jour qu'il fait du sucre, la bile &’était qu’accessoire, c'était le résidu de la raffinerie, Nous, de croire et d'admirer. Le lendemain, un second savant vient enlever au foie
sa nouvelle importance et le réduire à ses anciennes et humbles fonctions d’auxiliaire de la digestion ou d’émonctoire naturel. Nous le voulons bien encore ; si nous pouvions être flattés de faire du sucre, d'un autre côté il ne nous déplaît pas de n'avoir pas nécessairement le diabète. Mais, pour ne pas nous tromper nous-mêmes dans ce conflit d'opinions contradictoires et accréditer l'erreur au lieu de la vérité, qui, de toute façon, saura se faire jour, ne tranchons pas la question entre le sucre et la bile, entre le cerveau et le cervelet, la substance blanche et la matière grise. Continuons de faire ce que veut le bon Dieu, de la bile ou du sucre, comme M. Jourdain, sans nous en douter. De même, pensons, sentons, mouvons notre corps par les seuls hémisphères ou par tout l'encéphale, par la substance grise ou par la matière blanche; nos pensées n’en conservant pas la couleur, nous autres n’en savons rien, mais pensons le mieux possible, et pour cela abstenons-nous jusqu'à nouvel ordre d'approuver ou de contredire comme une vérité 'certaine ou une erreur manifeste l'opinion de M. Parchappe ou celle de M. Flourens, ou quelque autre de même valeur; contentons-nous de dire avec Pascal, sans nous compromettre, et nous serons encore de l’avis de bien des savants, particulièrement de M. Lélut : « Je puis bien concevoir un homme sans mains, sans pieds ; je le concérais même sans tête, si l'expérience ne m'apprenait que c'est par là quil pense. »