‹ L'âme et le corpsChapitre 16 sur 44 · OE · texte numérisé non relu

OE

degré et doué de la liberté la plus,complète : que connaîtra-t-il, que fera-t-il, que sera-t-il dans le monde, quels seront ses rapports avec les créatures et le créateur? Dieu crée une âme dans un corps, c’est la condition commune de notre existence actuelle; or, la présence de l’âme à son corps consiste en deux choses, dans la puissance qu'a l’âme d'agir sur le corps, de le mouvoir, et dans la puissance qu'a le corps à son tour d'agir sur l'âme, de l'émouvoir. Mais, l'âme supposée insensible, le corps, n’a plus de prise sur elle; qu’il vive, qu'il meure, qu'il soit sain ou malade, qu’il ait besoin ou non de nourriture ou de réparation, qu'un corps étranger l'offense et le menace d’une ruine prochaine, son sort ne la touche pas ; elle est insensible. Le corps n’a plus l'aiguillon de la douleur pour exciter l'âme et la forcer à lui venir en aide ou à sympathiser avec lui; il n’a plus la séduction du plaisir pour l’engager à lui complaire et à satisfaire à ses besoins. L'âme est soustraite à la première condition de la vie terrestre, elle n'est plus attachée à son corps; elle peut encore le mouvoir, mais il est douteux qu’elle use jamais de cette puissance, n’ayant point d'intérêt dans cette portion de matière ; de toutes facons, l'union réelle et complète, formée de liens réciproques, telle, enfin, que chacun de nous la reconnaît en lui-même, n'existe pas.

L'âme, celle que nous sommes en réalité, et non plus celle que nous venons de supposer un instant, est aussi mêlée aux choses du monde extérieur; elle

APOLOGIE DES SENS. ; 73 voit les corps étrangers, et sa vue s'étend jusqu'aux dernières étoiles qui éclairent la nuit; elle connaît les propriétés de ces corps, elle en perçoit les phénomènes, elle en découvre les lois, elle peut intervenir par l’art : et l'industrie dans leur application et la diriger au profit de l’homme; elle est en rapport continuel avec le monde corporel tout entier. Mais l’âme que l’on suppose insensible est indifférente à toutes ces choses ; elle pense et veut peut-être dans sa solitude métaphysique, mais elle ne connaît pas le monde des corps et n'y intervient pas. Comment en serait-il autrement ? Les corps étrangers n'existent pour notre esprit, ne se révèlent à lui, ne lui manifestent leurs états et leurs propriétés qu'indirectement ; ils agissent sur notre corps et celui-ci sur l'âme; quoi qu'ils fassent, ils ne tireront donc pas de sa léthargie cette âme indifférente, car elle est soustraite, par son insensibilité, à l'influence même de son propre corps.

Au moins n'est-elle pas étrangère aux choses du monde moral et aux créatures qui lui ressemblent? Là peut-être elle va agir, se mouvoir, prendre sa place, faire cause commune avec ses semblables, entrer dans le sein de la famille, de la société, de l'humanité? Mais ces choses-là ne sauraient exister davantage pour une ame indifférente, Les liens de la famille ne sont pas tant les liens du sañg que ceux de l'affection; la famille et la société tout entière sont fondées sur nos intérêts et nos sentiments. Pour l’homime insensible, tous les liens naturels tombent, ceux de la sympathie, de l’a-

U ñ on Lt: 14

à Ar

ee rÉE

Page 1