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mitié, de l'amour, ceux même de l'égoïsme ; il ne peut s'aimer lui-même, ce n’est qu'une statue inanimée.
Pourra-t-il du moins connaître le vrai, le beau, le bien, Dieu? Cette chaîne qui unit la créature au Créateur, celle-là sans doute ne se brisera pas? Raison nables l'homme peut comprendre le vrai; mais pourquoi s’efforcerait-il de le connaître et comment en aurait-il le désir? Si la vérité n’a point de charme, qu’elle n’attende pas que l'homme la cherche ; l'homme tient de Dieu tout ce qu’il est, mais s’il est capable de le connaître ; insensible, il est incapable de l'aimer. Le beau, est-il possible de le concevoir sans le sentir ? le sentir, n'est-ce pas la meilleure ou la seule facon de le comprendre? Le devoir, la morale, il leur faut une sanction ; le bien, sinon le devoir lui-même, a de l’at-
trait pour nous; nous aimons, nous désirons le bonheur et la récompense, nous redoutons le malheur et le châtiment : cet espoir et cette crainte sont une bonne partie de la vertu commune, Mais un être indifférent, quel charme, quel attrait le bien ou le bonheur peut-il exercer sur lui ? Quelle récompense lui promettre, de quel châtiment l'effrayer? Si l'homme est insensible, Dieu lui-même s'est, pour ainsi dire, désarmé.
Ainsi tomberaient jusqu’au dernier tous les liens qui enchaiînent l'homme aux créatures et au Créateur. L'ime insensible demeurerait isolée dans une solitude métaphysique, voyant dans une sphère supé-
APOLOGIE DES SENS. 15 rieure le vrai, le beau, le bien, Dieu, qu’elle est incapable d'aimer, et dans une sphère inférieure les mouvements de la matière qui ne peuvent lui causer ni plaisir ni souffrance. Ne point jouir, ne point souffrir, ne rien sentir, l’apathie, c’est à peine exister, ce n'est pas vivre.
Hâtons-nous donc de rendre à l’âme la sensibilité
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pour qu elle vive. Insensible, elle n’était qu'une statue, maintenant c'est l’âme humaine, et nous allons la reconnaître. D'abord, elle reprend possession de son corps, ou plutôt le corps reprend possession de l'âme sensible, car désormais il a prise sur elle, elle est associée à son sort. Tout ce qui le blessera, tout ce qui portera atteinte à son intégrité retentira douloureusement dans l'âme ; et elle jouira de l'existence,
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