‹ L'âme et le corpsChapitre 35 sur 44 · A EE ER · texte numérisé non relu

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qu’elle ne fait que transmettre chez les autres, de telle sorte qu'héréditaire ou inné, le principe morbide agit toujours de la même façon, se cache dans la même organisation et se déve joie suivant les mêmes lois. Quelle que soït sa généalogie, bien qu'elle ne compte parmi ses parents immédiats ou ses ancêtres, ni fou, n1 idiot, n1 aucun ascendant dônt elle ait pu recevoir par héritage le principe morbide, vous pouvez Juger qu'une telle personne est prédisposée aux troubles de l'intelligence, dès que vous remarquez chez elle certains phénomènes tout à fait insignifiants pour des yeux ignorants, des clignements de paupières, des frémissements de lèvres, le bégaiement ou certaines habitudes auxquelles elle se laisse aller sans y songer, par exemple, lorsqu'elle agite. sans cesse un objet dans sa main, soit en causant, soit en travaillant, ou bien encore quand vous la voyez douteuse, craintive, inquiète, soupçonneuse, malade imaginaire, se nt sans cesse de sa santé, ou enfin quand vous la voyez, au contraire, hardie, inventive, pleine de confiance, téméraire, ambitieuse. Cet. état, en effet, c’est la raison, et cependant c'est un état pathologique dont la folie peut sortir. Grossissez un peu les thit s : cet homme qui fait une légère grimace en parlant, c’est un maniaque; cet autre, chagrin et plaintif, c’est un hypocondriaque; cet autre encore, fier et content de lui-même, c'est un fou paralytique. Ces légers symptômes attestent une irritabilité ner- ] }

veuse qui n’est pas la santé parfaite. Celui qui les

présente est prédisposé aux troubles intellectuels par sa constitution innée, aussi bien que d’autres le sont par leur constitution héréditaire ; il renfert ne également dans son cerveau le germe du mal; bien mieux, il est déjà sous l'influence morbide.

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maladie et la santé se mêlent et se confondent; comme

elles, la raison et la folie se juxtaposent et se marient. De là une étonnante variété d'états intellectuels et moraux qui ne sont n1 la maladie dans toute son intensité, ni la santé dans son intégrité, n1 la complète démence, ni la pleine raison. De là une multitude innombrable d'intelligences qui ne sont n1 parlaitement sensées, ni décidément folles, une famille embarrassante d'individus difficiles à classer dans les catégories trop nettement arrêtées des moralistes, des psychologues, des légistes et des physiologistes, qui déroutent nos habitudes de rigueur ou de précision, dont les pensées réduisent aux aboiïs la critique classique et routinière, dont les actes font le tourment des juges et des jurés. La science pathologique et spécialement la psychologie morbide peuvent seules rendre raison de ces intelligences métisses, de ces natures morales hybrides, en montrant associées et combinées dans la constitution organique de ces êtres déclassés la maladie et la santé, l’ivraie morbide et la saine semence. Et c’est la loi d'hérédité qui donne l'explication du mystère; car, lorsque l'hérédité ne peut être invoquée, c’est la loi d'innéité qui procède comme la première et fait sortir les mêmes effets d’une constitution originale que d’une organisation héréditaire.

Vous observez, dans les asiles des aliénés de toutes sortes, des délires qui portent sur toute espèce de sujets, qui troublent certaines facultés déterminées de l'intelligence en respectant les autres, des folies

LE GÉNIE, LA FOLIE ET L'IDIOTISME. 217 qui pervertissent les sentiments sans altérer le Jugement, qui exaltent certaines passions, poussent les malades à des actes particuliers et criminels, le meurtre, le vol, irrésistiblement et sans motif. Quand vous trouvez dans la parenté d’un homme des fous de ce genre, dans l’histoire de leur folie des faits semblables, et quand vous voyez, en examinant la propre conduite de cet homme, l’image, même pâle et effacée, de ce délire universel dans une exaltation générale des idées, de ces folles hallucinations dans une rêverie habituelle, de cette incurable monomanie dans la poursuite opiniâtre d’une idée fausse ou l’accomplissement d’un objet irréalisable, de ces fureurs hystériques dans une débauche effrénée, de ces penchants irrésistibles au meurtre ou au vol dans la perversion de tous les bons sentiments, dans un homicide accompli sans raison suffisante, dans l'absurde larcin d’un objet aussi vil qu’inutile fait par un homme riche, vous ne dites. pas catégoriquement que cet homme est fou, qu'il est décidément malade, vous ne croyez pas cependant qu'il jouisse d’une santé parfaite et de l'intégrité de sa raison; yous vous rendez compte de cet état intermédiaire par un vice caché de la constitution organique qu’il a reçu en héritage, vous expliquez ce qui lui reste de bon sens par l’heureuse influence d’un de ses parents qui a pu balancer et affaiblir l'influence funeste de l’autre. Soyez donc juste aus$i quand vous observerez dans un autre homme ce même état mixte, ce même mélange de

folie et de raison; vous ne connaissez point sa famille, ou vous ne trouvez parmi les membres qui la composent ni aliénés, ni paralytiques, ni malades de cette catégorie; eh bien, soyez sûr cependant que quelqu’un de ses ascendants inconnus lui a légué le principe affaibli ou exagéré de son mal, ou expliquez les bizarreries de son esprit et de sa conduite par la constitution vicieuse que la nature lui a faite en vertu de la loi d’innéité.

Ce principe admis, élargissez les rangs, ouvrez des catégories intermédiaires entre la maladie intense et la santé parfaite, entre la folie déclarée et la raison intègre; placez-y toutes les intelligences boiteuses, toutes les natures équivoques, plus loin ou plus pres des deux pôles : les rêveurs, les utopistes, les faiseurs de projets, les gens à système, les raisonneurs entichés d’une idée fausse, les visionnaires, les mystiques, les théosophes, eussent-ils de brillants éclairs de raison et des échappées de génie; placez là pêle-mêle ou hiérarchiquement les Platon, les Swedenborg, les Fourier, les Saint-Martin, les Newton commentant l'Apocalypse et voyant l'Antechrist dans le pape, les Paracelse, les Lavater, ajoutez des cadres supplémentaires pour les enfants mal nés, réfractaires aux bons sentiments, pour les meurtriers de quinze ans, pour tous les petits monstres d’immoralité qui font le scandale des bourgeois ignorants mais honnêtes, pour les Ames hermaphrodites, les fanatiques, les prostituées, les Caligula, les Héliogabale, les Brinvilliers, les Jac-

LE GÉNIE, LA FOLIE ET L'IDIOTISME, 219 ques Clément, les Condamine suivant la guillotine à chacune de ses haltes, les assassins qui ont égorgé trente-quatre victimes pour l'amour de l’art sans en voler une seule, Ce n’est pas tout : à côté des crimes incompréhensibles il faut une place parallèle pour les -dévouements inouïis, pour les vertus surhumaines ; quoique rares et aamirables autant que les autres sont épouvantables et fréquents, les actions sublimes ont, comme les crimes atroces, leur origine et leur cause dans une prédisposition organique ; ce sont des âmes de même trempe qui seules sont capables des

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unes et des autres, Rangeons donc dans cette caté-

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gorie nouvelle les Régulus et les Décius, les martyrs

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