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le nerf sente pour que le cerveau perçoive. Détruisez le cerveau, la vue est encore abolie, mais, cette fois, c’est l'intelligence et non le sens que vous avez détruit; l'oiseau sent encore, mais il est incapable de percevoir. Donc, sentir n'est pas percevoir. M. Flourens, distinguant les forces par les organes, conclut que la sensibilité est une propriété autre que l'intelligence; et voilà le sensualisme que la philosophie contemporaine s’épuise en vain à combattre, anéanti par une observation physiologique.
Séparant toujours les propriétés par les organes, ou plutôt, confondant cette fois les propriétés dont l’organe est commun, M. Flourens proclame l'unité de l’intelligence, parce que le cerveau est un organe unique et indivisible. Les deux hémisphères détruits en totalité, l'intelligence tout entière est abolie; ce n’est pas qu’en enlevant le cerveau on ait détruit d'un seul coup plusieurs organes, car « on peut retrancher, soit par devant, soit par derrière, soit par en haut, soit par côté, une portion assez étendue des hémisphères cérébraux, sans que l'intelligence soit perdue. Une portion assez restreinte de ces hémisphères suffit donc à l'exercice de l'intelligence; les hémisphères cérébraux concourent donc, par tout leur ensemble, à l'exercice plein et entier de l'intelligence. » Si l'on dépasse une certaine limite, dès qu'une faculté intellectuelle disparaît, toutes les autres disparaissent. On peut même guérir l’animal ainsi mutilé ; son cerveau ne repousse pas, sans doute, mais, l'inflammation
s’effaçant peu à peu, les fonctions intellectuelles renaissent toutes à la fois. Enfin, chose étrange et qui atteste bien haut la sagesse du Créateur, on peut détruire un seul des deux hémisphères : il y a, dès lors, paralysie du côté du corps opposé à l'hémisphère détruit; mais, comme les pensées et les volontés n'ont ni droite ni gauche, l'intelligence peut subsister encore sans trouble ni délire : on pense avec une moitié de cerveau, avec une moitié de l’organe de la pensée, comme on voit avec un œil, entend avec une oreille, respire avec un poumon.
Autre conséquence. Puisque l'intelligence réside dans le cerveau et le principe de la vie dans la moelle allongée, l'intelligence et la vie sont profondément séparées. On peut détruire l'organe de l'intelligence et l'intelligence elle-même, « sans que la vie en soit le moins du monde altérée, affectée, compromise. » Rien n’est done plus facile que de séparer aussi les fonctions vitales des fonctions intellectuelles, c’est-à-dire de déterminer quelles fonctions concourent à la vie et quelles relèvent de l'intelligence. Une fonction est purement vitale quand elle survit à l’ablation du cerveau; c'est une ‘faculté intellectuelle, si elle disparaît avec les hémisphères. La sensibilité est donc une fonction vitale, car elle ne réside pas dans les hémisphères et survit à leur destruction; les seules fonctions intellectuelles sont la perception, l'attention , la mémoire, le jugement, la volition, qu’anéantit l’ablation du cerveau.
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