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CHAPITRE VII

Définition de la conscience. — La Séparabilité de la conscience et de son objet. — Discussion de l'idéalisme.

Une dernière question se pose à propos de la conscience. Dans quelle mesure est-elle séparable de l'objet? La conscience et son objet forment-ils deux, ou ne forment-ils qu'un ?

Dans l'observation, ces deux termes se présentent constamment unis. Nous éprouvons une sensation et nous en avons conscience ; c'est le même fait, exprimé de deux façons différentes. Tous nos faits de perception se présentent ainsi, ils sont uns. Mais notre raisonnement peut dépasser notre observation. Nous avons le pouvoir de faire une distinction entre les deux éléments, être et être perçu. Ce n'est pas une distinction expérimentale, c'est une distinction idéologique, une abstraction que le langage facilite.

Pouvons-nous aller plus loin, et supposer qu'une

des parties ainsi analysées est capable de subsister sans l'autre? La sensation peut-elle exister, en tant qu'impression physique, en tant qu'objet, sans être éclairée par la conscience? La conscience peut-elle exister sans avoir un objet?

Parlons d'abord de l'existence de l'objet, quand on le considère séparé de la conscience. Le problème est fort compliqué.

On l'a lié quelquefois à la thèse idéaliste d'après laquelle Fobjet de conscience, étant une modalité de la conscience, ne peut pas exister à part de la conscience, c'est à-dire en dehors des périodes où il est perçu. Il en résulterait donc que cette séparation entre l'existence et la perception pourrait se faire, lorsqu'on admet, contrairement à l'hypothèse idéaliste, que l'objet perçu est matériel et que la conscience qui le perçoit est mentale. Dans ce cas, pensera-t-on, il n'y a pas de lien de solidarité entre la conscience et son contenu. Mais nous ne sommes point de cet avis. L'union de la conscience et de son objet est une union de fait, qxû se présente en dehors de toute hypothèse sur la nature de l'objet. C'est l'observation qui nous démontre qu'il faut percevoir un objet pour être assuré de son existence; le raisonnement, du reste, confirme la nécessité de cette condition, qui reste vraie, quelle qae soit 1' « étoffe » de l'objet.

Ceci posé, la question est simplement de savoir

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si cette observation de fait doit être généralisée ou non. On peut, nous semble-t-il, se refuser à la généraliser sans tomber dans une contradiction. On peut concevoir que les objets que nous regardons continuent d'exister, sans changement, dans les moments où nous les perdons de vue. Cela paraît même assez raisonnable, et c'est l'opinion du « sens commun ».

Les philosophes anglais. Bain et Mill, ont combattu cette proposition avec une ardeur extraordinaire, comme des croyants combattant une hérésie. Mais, malgré leurs attaques, elle reste intelligible, et la distinction entre être et être perçu conserve sa légitimité logique. Cela peut se représenter, se penser; en outre, cela peut-il se réaliser?

En ce qui concerne les objets extérieurs, je crois que nous l'admettons tous, en fait. Nous admettons tous une distinction entre l'existence du monde extérieur et la perception que nous en avons; son existence est une chose, et la perception que nous en avons en est une autre. Son existence continue sans interruption ; notre perception est sans cesse interrompue par les causes les plus fortuites, un changement de position, moins encore, un clignement d'yeux ; son existence est générale, universelle, indépendante du temps et de l'espace; notre perception est partielle, particulière, locale, limitée à l'horizon de nos sens, déterminée par la

position géographique de notre corps, trouée par les distractions de notre intelligence, trompée par les illusions de notre esprit, rabaissée surtout par l'infirmité de notre intelligence, qui comprend si p.eu de ce qu'elle perçoit. Voilà ce que nous admettons tous en pratique ; le moindre de nos actes suppose la croyance à quelque chose de perceptible qui est plus large et plus durable que nos perceptions actualisées; je ne pourrais pas écrire ces lignes, si je ne supposais pas implicitement que mon encrier, mon papier, ma plume, mon cabinet, et le monde autour, subsistent pendant que je ne les vois pas. C'est un postulat de la vie pratique. C'est aussi un postulat de la science, qui a besoin, pour ses explications de phénomènes, d'admettre qu'il existe en eux une continuité. La science de la nature deviendrait inintelligible s'il fallait supposer qu'à toutes les éclipses de nos perceptions, les actions matérielles sont suspendues; il y aurait alors des commencements sans suite et des fins sans commencement.

Remarquons encore que les notions acquises sur le fonctionnement de notre système nerveux nous permettent de donner à ce postulat une forme des plus précises : l'objet extérieur est distinct du système nerveux, et des phénomènes de perception qui se produisent quand le système nerveux est excité ; il est donc très facile de comprendre que

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