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DISCUSSION DE L' IDÉALISME

cet objet continue à exister et à développer ses propriétés, même lorsque aucun cerveau ne vibre dans son voisinage.

Ne pourrait-on pas, pour affermir cette conclusion de l'existence continue des choses, se passer de ce postulat, qui paraît avoir le caractère d'une grâce qu'on nous accorde, d'une aumône? Ne pourrait -on pas la démontrer, cette existence continue des objets pendant les éclipses de nos actes de conscience ? Cela ne me semble pas impossible. Supposons un moment l'exactitude de la thèse idéaliste : toute notre connaissance légitime des objets est contenue dans les étroites limites de la sensation actuelle -, alors, demanderons-nous, à quoi sert le raisonnement? A quoi sert la mémoire ? Ces fonctions ont précisément pour but d'élargir la sphère de nos sensations, qui est limitée de deux manières principales, par le temps et par l'espace; grâce au raisonnement, on arrive à voir en quelque manière ce que nos sens ne peuvent pas percevoir, parce que c'est trop loin de nous, parce qu'il y a des obstacles entre nous et l'objet, parce qu'il s'agit d'un événement passé ou bien d'un événement qui ne s'est pas encore

produit.

Que le raisonnement puisse se tromper, d'accord; mais déclarera-t-on qu'il se trompe toujours? Ira-t-on jusqu'à croire que c'est un mode illégitime de

connaissance? La thèse idéaliste, si elle est conséquente, ne peut se dispenser de se prolonger jusqu'à cette conclusion extrême : car une conclusion de raisonnement contient, quand elle a un sens, une certaine affirmation sur Tordre de la nature, et cette affirmation n'est point une perception, puisqu'elle a précisément pour but de combler les lacunes de nos perceptions. N'étant point une perception, il faudra la rejeter, si on est idéaliste.

L'idéaliste s'en tiendra donc rigoureusement à la perception du moment, et celle-ci est si peu de chose, quand on la prive de toute la conjecture qui l'enrichit, que le monde, réduit à elle, ne serait plus qu'un squelette de monde; il n'y aurait donc plus de science, plus de connaissance possible.

Mais qui pourrait s'y décider et se cantonner ainsi dans la perception?

Je suppose bien qu'on va chicaner ; on fera l'objection suivante : dans l'hypothèse d'une existence discontinue des choses, le raisonnement peut continuer à faire son office, à la condition qu'on suppose toujours l'intervention d'une perception possible. Ainsi, je remarque ce matin, en descendant dans mon jardin, que le bassin, qui était vide la veille, est plein d'eau ; j'en conclus : « Il a plu cette nuit ». Pour être conséquent avec l'idéalisme, il faudra simplement ajouter : « Si quelqu'un avait été présent dans le jardin cette nuit, il aurait vu

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