DISTINCTION ENTRE LA CONNAISSANCE ET SON OBJET
Le premier de ces éléments peut recevoir le nom générique d'objets de connaissance, objets connus; et le second recevra celui d'actes de connaissance.
Voici quelques exemples de faits concrets, qu'il suffit d'analyser rapidement pour en saisir la double nature.
Dans une sensation qu'on éprouve, il y a deux choses : un état particulier, ou un objet qu'on connaît, et l'acte de le connaître, de le sentir, d'en prendre conscience ; en d'autres termes, toute sensation comprend une impression et une connaissance. Dans un souvenir, il y a, semblablement, une certaine image du passé et le fait qui consiste à prendre connaissance de cette image. C'est, en d'autres termes, la distinction entre l'intelligence et son objet; de même, tout raisonnement a un objet, il faut une matière sur laquelle on raisonne, que cette matière soit fournie par des faits ou des idées. De même encore, un désir, une volition, un acte de réflexion ont besoin d'un point d'application: on ne veut pas en l'air, on veut quelque chose; on ne réfléchit pas dans le vide, on réfléchit sur un fait, sur une difficulté quelconque.
Nous pouvons donc, provisoirement, distinguer dans un inventaire de l'esprit un quelque chose qui est perçu, qui est compris, qui est désiré ou voulu, et, en outre, le fait de percevoir, de comprendre, de désirer et de vouloir.
Pour illustrer cette distinction par un exemple, nous dirons qu'on peut introduire une séparation analogue dans un acte de vision, en montrant que l'acte de vision, opération concrète, comprend deux éléments distincts : l'objet vu et Pœil qui voit. Mais ce n'est là, bien entendu, qu'une comparaison grossière, dont nous saisirons bientôt les imperfections, lorsque nous serons plus avancés dans l'étude de la question.
Cette activité qui existe et se manifeste dans le fait de sentir, de percevoir, etc., nous pouvons lui donner un nom afin de l'identifier et de la reconnaître : nous l'appellerons la conscience1, et nous appellerons objet tout ce qui n'est pas l'acte de conscience.
Après cette distinction préliminaire, à laquelle nous reviendrons bien souvent, nous allons parcourir les principales manifestations de l'esprit et
1. Le mot conscience est un de ceux qui ont été pris dans le plus grand nombre de sens différents. Qu'il soit au moins entendu que nous le prenons ici dans un sens intellectuel et non moral. Nous n'attachons pas à la conscience l'idée d'une approbation ou d'une désapprobation morale, d'un devoir, d'un remords. Le meilleur exemple pour illustrer la conscience a été peut-être trouvé par Ladd; c'est le contraste entre quelqu'un qui est éveillé et quelqu'un qui dort d'un sommeil sans rêve ; le premier a conscience d'une foule de choses, le second n'a conscience de rien. Ajoutons maintenant que nous distinguons de la conscience cette foule de choses dont on a conscience, nous faisons de cela l'objet de la conscience.