‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 32 sur 82 · PSYCHOPATHOLOGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉRALES NOTIONS ET SYMPTOMES · texte numérisé non relu

PSYCHOPATHOLOGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉRALES NOTIONS ET SYMPTOMES

Basé sur un vieux préjugé dualiste, d'après lequel l’âme serait quelque chose d’autre que le cerveau, on a séparé les psychoses ou maladies mentales des névroses ou maladies nerveuses. Ce fut là une erreur désastreuse, et l’on peut bien dire encore aujourd’hui que le public identifie souvent encore plus ou moins la notion des maladies mentales avec celle du trousseau de clés d’un gardien d’asile d’aliénés. On voit alors les parents de malades qui sont complètement aliénés les désigner avec une naïveté incroyable du terme de « nerveux » et s’indigner profondément lorsqu'on leur déclare qu’ils sont fous. Il va sans dire qu’il ne nous vient pas à l'idée de prétendre que toute maladie nerveuse ait le caractère de la folie ou maladie mentale dans le sens restreint, proprement dit et courant du terme. Les chapitres précédents

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auront néanmoins fait comprendre à chaque lecteur attentif que toute lésion du système nerveux central et môme les simples lésions des organes des sens, comme celles de l’œil et de l’oreille, dérangent directement ou indirectement les fonctions mentales, mais que seule une lésion généralisée de l’activité du grand cerveau est capable de modifier sérieusement et dans son ensemble le moi, c'est-à-dire la personnalité. La proposition inverse : « Toute aliénation mentale repose sur un trouble des fonctions cérébrales , » est encore moins discutable ; c’est un fait évident et acquis. Tout autre est la question de savoir si le trouble en question est assez fort pour rendre le malade irresponsable au sens juridique du terme, et s'il exige l'internement dans un asile d’aliénés, soit dans l’intérêt de la société, soit dans celui de la guérison du malade. C’est là une question purement administrative qui n'a rien à voir avec la notion scientifique des lésions du cerveau et de leur côté psychique. Beaucoup d'aliénés se promènent en liberté et n’ont besoin d'aucun internement, tandis que certaines anomalies de la volonté et du sentiment peuvent laisser l’intellect fort lucide, tout en exigeant impérieusement l'internement dans un asile fermé.

11 ressort en outre clairement des cinq premiers chapitres que les maladies ne concernant véritablement que les nerfs périphériques ou les ganglions disséminés dans le corps, ne sont pas ou sont à peine considérées dans le public comme maladies nerveuses, car elles ne peuvent occasionner qu’une douleur très locale ou un trouble très circonscrit du mouvement. Les lépreux souffrent d’une quantité de tumeurs des nerfs périphériques; on ne les considère cependant pas comme malades nerveux, mais bien comme infectés. Le zona consiste dans l’inflammation d’un nerf périphérique; il produit sur la peau un groupe de vésicules et des douleurs. On l’a longtemps considéré comme une simple maladie de peau, avant de savoir qu’il s’agissait d’une névrite périphérique.

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Les maladies de la rétine sont des affections typiques d’un nerf des sens ; on les compte néanmoins parmi les maladies de l’œil et non parmi les affections nerveuses, etc. Là où on parle de maladies nerveuses, les nerfs périphériques sont presque toujours absolument sains. Le nom est donc complètement faux. La plupart des soi-disant maladies des nerfs consistent même en affections du grand cerveau, et seules quelques catégories spéciales d’entre elles concernent les lésions ou troubles de la moelle épinière ou des centres cérébraux subordonnés. Dans cette dernière catégorie de maladies, les fonctions mentales elles-mêmes demeurent absolument intactes, tant que le grand cerveau n'est pas atteint. Le « nervosisme », tout ce qu'on entend aujourd’hui sous le nom de « neurasthénie », même la plupart des « névroses », reposent exclusivement sur des troubles fonctionnels du grand cerveau, et ces affections sont bien plus proches parentes des psychoses ou maladies mentales que des maladies des centres nerveux autres que le grand cerveau.

Mais tous les troubles du grand cerveau se reflètent dans l'activité des sens et des muscles, puisque nous avons vu que nous ne connaissons les images de nos sens que lorsqu’elles sont transmises à notre grand cerveau et que les activités principales de nos muscles sont directement commandées par lui. L’erreur et la confusion dans les notions sont donc surtout venues du fait que le grand cerveau (notre ;tme) projette et localise ses sensations et perceptions (voir l’amputé cité plus haut) au dehors ou à la périphérie des organes de nos sens, et que nous jugeons de l’activité cérébrale des autres aux mouvements de leurs muscles qui seuls nous sont perceptibles. Voilà comment on en vient partout, tant pour soimême que pour les autres, à localiser à la périphérie du corps ce qui en réalité se passe, en majeure partie du moins, dans le cerveau. Mais, comme d’autre part le cerveau reçoit ses impressions par les nerfs sensibles et communique ses ordres aux muscles par les nerfs moteurs, toute division des mala-

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(lies dn système nerveux en maladies du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs périphériques, est et demeure plus ou moins artificielle et arbitraire. Nous éviterons donc en somme ici de faire celle division. Sans doute les lésions et les troubles locaux sont fréquents dans le système nerveux. Mais leur action se propage dans tous les neurones ou toutes les continuations de neurones qui sont en rapport fonctionnel avec la partie détruite ou troublée.

Ce qui est beaucoup plus important, c'est de distinguer la nature du trouble. Il n’est pas indifférent qu’il s’agisse de la destruction des neurones ou seulement d’un trouble fonctionnel de l’onde nerveuse, du neurocyme, dans une substance nerveuse du reste saine. Il est de plus fondamental de savoir si un trouble est passager ou chronique. Les causes définies et indubitables de troubles nerveux, telles que les intoxications et les infections microbiennes, sont en outre fort nécessaires à connaître. Puis il est extrêmement important de constater si le mal a oui ou non sa racine dans la vie embryonnaire, dans le germe, ou même peut-être chez les procréateurs du malade, etc. Nous ne diviserons donc pas les maladies nerveuses d’après un système quelconque, mais selon les faits tangibles et les groupes les moins inconstants que nous observons. Il est amusant de voir comme certains manuels de maladies mentales d'une part et de maladies nerveuses de l’autre traitent en grande partie des mêmes étals morbides et des mêmes formes de maladies, en se plaçant, les premiers au point de vue du psychiâtre, et les seconds h celui du neurologiste. On devrait bien nous dire une fois clairement pourquoi le même syndrome pathologique est considéré ici comme psychose et là comme névrose (par exemple l’hystérie, l'hypochondrie, les obsessions, les phobies, l’aphasie, le bégaiement, etc.).

Nous désignerons du terme A' organiques les altérations pathologiques accompagnées de destruction du système nerveux ou tout au moins d’une affection des neurones anatomi-

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quemenl reconnaissable (au microscope ou même à l’œil nu). Pareille lésion ou destruction peut être en forme de foyer, c’est-à-dire intéresser seulement une portion circonscrite du cerveau, de la moelle épinière ou d’un nerf, ou bien elle peut être diffuse et plus ou moins généralisée. Dans les affections organiques diffuses ou plutôt disséminées, on trouve un peu partout, soit dans tout le cerveau, soit dans une de ses grandes provinces, çà et là certains neurones ou des parties de neurones malades ou atrophiés. Les affections organiques diffuses sont en somme beaucoup plus graves que les affections en foyer, bien qu’on les remarque moins facilement à l’œil nu sur le cadavre, à l’autopsie. La chose est facile à comprendre, car elles troublent plus ou moins les fonctions de tous les neurones, tandis qu’un foyer circonscrit peut laisser normale la fonction de tout le reste des centres nerveux. Nous avons vu qu’une fois détruits, les neurones du système nerveux central sont incapables de se régénérer pendant le reste de la vie. Voilà pourquoi les lésions nerveuses organiques sont si graves et en général incu râbles.

Elles ne peuvent se guérir que lorsqu’elles reposent sur des infections microbiennes passagères ou sur des épanchements séreux ou autres qui tiraillent ou compriment les neurones sans les détruire. Elles peuvent être en partie curables, lorsqu’à leur début ont lieu des phénomènes de pression ou de tiraillement des provinces cérébrales qui entourent le foyer malade, ou même de simples phénomènes purement fonctionnels d'autosuggestion. Ces phénomènes provoquent un trouble des fonctions beaucoup plus considérable que celui qui est dû à la seule perle des neurones détruits. L’amélioration ou guérison partielle qui se produit ultérieurement repose alors seulement sur la cessation des phénomènes de pression ou de tiraillement, ou encore d’autosuggestion, consécutifs à la lésion.

Nous désignerons du terme de fonctionnel tout trouble ner-

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veux qui ne repose sur aucune lésion anatomique (c’est-à-dire matérielle) reconnaissable du système nerveux central. C’est là au fond une expression malheureuse. Il est certain en effet qu'à tout trouble fonctionnel correspond pour le moins un trouble du mouvemenlmoléculaireduneurocyme.et ce trouble dynamique ne peut évidemment exister sans que l’état chimique ou physique de la substance nerveuse vivante ne soit au moins légèrement modifié. On ferait donc peut-être mieux de dire « réparable » au lieu de « fonctionnel ». Mais le plus exact serait de parler directement de troubles neurocvmiqucs, ce qui indiquerait clairement que la structure anatomique du tissu nerveux demeure intacte.

Ce qui complique encore beaucoup la question, c’est que mainte maladie nerveuse, ayant d’abord des caractères purement fonctionnels, peut devenir finalement organique, c’està-dire incurable ou résiduale, après un long cours chronique, et déterminer des phénomènes, fort peu apparents il est vrai, mais indubitables, d’atrophie des neurones. Alors se pose une question qui n'est pas encore résolue : « La longue durée de la maladie fonctionnelle a-t-elle été la cause de l’atrophie finale des éléments, ou bien ne s’est-il pas agi dès l’abord d’une modification anatomique extraordinairement, fine du tissu nerveux, modification que le microscope n'a pas même permis de reconnaître au début et qui n’est devenue visible qu’au bout d'un temps considérable, à la suite d’une atrophie plus appréciable ? » Cette dernière opinion paraîtrait sans doute la plus probable, si dans nombre de cas des guérisons inattendues ne se produisaient, même au bout de plusieurs années, et ne venaient ainsi rendre la première hypothèse beaucoup plus vraisemblable. L’avenir finira bien par éclaircir la question. Nous emploierons donc dans l'expo sition qui va suivre les termes d’organique et de fonctionnel dans le sens que nous venons d'indiquer, et nous prions le lecteur de ne pas leur donner une autre signification que celle qui vient d’être expliquée.

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