IDEES DÉLI HANTES ET ILLUSIONS OU SOUVENIR
des perceptions illusoires proprement dites; ils ne réagissent que sous forme de paresthésies ou d'hallucinations élémentaires, c'est-à-dire non coordonnées sous forme de perceptions. Et pourtant ce sont précisément les sensations viscérales qui donnent lieu aux plus singuliers phénomènes, dans lesquels le malade ressent ou s’imagine posséder, dans la tôle ou dans le ventre, les choses les plus incroyables. Cela vient de ce qu’il associe des idées délirantes ou des hallucinations d'autres sens (toucher, vue) aux paresthésies indéliniesqui le tourmentent.
Idées délirantes et illusions du souvenir. — L’idée délirante fen allemand Wahnidee) n'est au fond qu'un jugement maladif. Mais elle s'associe la plupart du temps avec des émotions pathologiques, des paresthésies, des perceptions illusoires, etc. Ce qui caractérise l’idée délirante, c’est l’incapa cité du malade de la corriger. En cela elle se distingue bien de l'erreur normale, mais pas toujours nettement de la superstition.
Elle est causée par des troubles pathologiques profonds de l’activité du grand cerveau, troubles qui font dévier les bases mêmes du moi, de la personnalité mentale, et la transforment du plus au moins. Un aliéné voit la photographie du tsar. Tout à coup il est assuré que c’est son père, et maintenant il se croit l'héritier du trône de Russie. Aucune raison ne peut le détourner de cette puissante révélation intérieure intuitive. II part pour Saint-Pétersbourg et veut voir son père le tsar. Telle est l’idée délirante typique. Un homme bien portant a une vision (hallucination de la vue). Il se lève, s’assure que c’est une illusion, et se dit que son système nerveux est excité ; il corrige la chose. Si c’est par contre un aliéné, il croit à la réalité de la vision et se l’explique à l’aide d’une idée délirante qui se fixe chez lui sous forme de croyance maladive (folle). Mais ce dernier cas peut aussi se produire chez les gens mystiques, spirites ou superstitieux, simplement
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par voie suggestive, sans qu'ils soient le moins du monde malades du cerveau (citons les hallucinations aulosuggestives de Jeanne d’Arc). Donc, pour s’assurer qu’une croyance reposant sur des perceptions illusoires ou sur des idées qui paraissent délirantes, est maladive ou ne l’est pas, il est nécessaire d'éludier les autres symptômes concomitants et avant tout les causes qui l’ont produite. Néanmoins, y5 fois sur 100 les idées délirantes ont un caractère obsessionnel et répété qui trahit aussitôt leur nature morbide.
Autosuggestion obsessionnelle paraissant étrangère. — Parfois les aliénés racontent avoir été subitement assaillis ou terrassés par une idée qu’ils attribuent à une puissance étrangère, surnaturelle, et qui devient alors le point de départ de tout un système délirant.
Un de ces malades me disait qu’une puissance occulte lui avait fait un certain jour éclater une sentence prophétique dans la tête (pas sous forme de perceptions auditives). Dès lors, celle, sentence était devenue pour lui l’évangile.
Par illusion ou falsification du souvenir , on entend le souvenir de quelque chose qu’on u’a jamais peryu, ni ressenti. C’est une sorte d’hallucination du souvenir. Des enchaînements entiers d’événements, qui sont en réalité représentés à l’instant même au cerveau, le sont comme souvenirs qu'on a vécus, elles malades jurent avec la plus profonde persuasion que toutes ces choses leur sont arrivées, tandis qu’en réalité pas un mot de ce qu’ils racontent n’est vrai. L’illusion peut être totale ou partielle; dans ce dernier cas, un souvenir réel n’est que faussé par des compléments illusoires. Une variété de ce phénomène se produit quand on a le sentiment d’avoir déjà éprouvé une fois dans le passé un ensemble de perceptions actuelles réelles, par exemple l’aspect d’un paysage. Les illusions du souvenir sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit cl jouent un grand rôle dans le délire des aliénés. Mais elles sont fréquentes aussi chez les gens bien portants,
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surtout les illusions partielles. Seulement l’homme normal peut les corriger, tandis que le malade n’en démord pas. Les hommes désignent très ordinairement les illusions partielles ou totales du souvenir, chez leurs semblables, du terme de mensonges, tandis qu’ils ne se rendent pas compte de leurs propres erreurs dans le même domaine. Ce fait donne lieu à une foule de malentendus, de disputes et de gestes indignés, qu’on s’épargnerait en étant un peu plus psychologiste.
Les troubles du déchaînement de la pensée sont aussi fort importants. Nous observons le ralentissement du cours des idées ou même son inhibition (son arrêt) plus ou moins complète, surtout dans la mélancolie (lypémanie) et son accélération ou fuite des idées, surtout dans la manie aiguë. La première s’accompagne d’une inhibition générale de l'activité cérébrale, et la seconde de son irritation et de son accélération générales aussi, ce qui se répercute pour les deux cas dans la sphère motrice.
Les troubles de l'association des idées sont extrêmement variés et compliqués ; les analyser en détail nous conduirait trop loin. Dans certains troubles légers, le manque d’association logique peut se trahir par le simple fait que les idées sont associées plutôt au son des mots qu’à leur sens ( allitération ). Quand on parle par exemple de guerre, le malade répondra par terre ou verre, à cause du son ou de la rime (le cas est fréquent dans les manies aiguës). On appelle négativisme la tendancede beaucoupde malades à tout nier ou à s’opposer passivement à tout ce qu’on veut leur faire faire. Il suffit ainsi de leur prendre la main pour qu’ils la retirent, etc. Lorsqu’il est combiné à une clarté intellectuelle complète, le négativisme devient tantôt un esprit absurde d’opposition sans rime ni raison, tantôt (chez les personnes intelligentes) une analyse stérile et obsessionnelle de soi-même, c'està-dire de toutes ses pensées et de celles des autres, analyse arrivant toujours à un résultat négatif ou dubitatif. On entend par sléréolypie les répétitions perpétuelles et automatiques de