IMBÉCILLITÉ OU FAIBLESSE D'ESPRIT
obsessionnelle à l'observation anxieuse el agitée de soi-môme, en particulier de son propre corps. Il en résulte une foule d’autosuggestions qui font ressentir au malade les symptômes d'affections qu’il n’a pas. L’hypocondriaque s’occupe perpétuellement de sa santé et de ses sensations. Son cerveau crée ainsi des produits morbides artificiels propres, des engrammes de l’activité neurocymique, sous forme de douleurs, de paresthésies de toute espèce, d’inhibitions des mouvements, de crampes, bref de troubles dans tout le domaine de l'activité nerveuse. Il croit être atteint de toute sorte de maladies corporelles, parce qu’il sent ces symptômes et les vit, tout comme si une affection organique existait réellement (voir au chapitre VI, Troubles nerveux , etc.). Tout traitement spécial des symptômes particuliers que ressent l’hypocondriaque, les renforce et les fait empirer en concentrant l’attention du malade sur eux. Un seul pourrait avoir un effet curatif: faire dériver l’activité cérébrale sur une occupation agréable, utile et intéressante. Lorsque l’hypocondrie n’est pas trop ancienne, ni trop profondément héréditaire, on peut par ce moyen l’améliorer ou, plus rarement, la guérir. Malheureusement, l’agitation anxieuse de l’hypocondriaque l’entratne sans relâche d’un sanatorium à un autre, d’un système curatif au suivant, de sorte qu’il devient la vache à lait la plus docile de tous les charlatans, patentés ou non. L’hypocondrie constitue la pièce de résistance du pêlemêle nosologique qu’on jette aujourd’hui dans un même sac sous le titre commode de neurasthénie. C’est une maladie éminemment héréditaire, reposant sur des dispositions pathologiques des germes, lors même qu’elle ne se déclare souvent complètement qu’à un âge plus ou moins avancé.
Obsessions el phobies. — Certaines idées ou représentations s’imposent parfois avec persistance au cerveau d’un homme, du reste raisonnable, el viennent le tourmenter jusqu’au dégoût de l’existence ; telle l’idée d’avoir mis sa signature en blanc sur un papier qui s’est perdu, celle de poils
qui le dégoûtent et qui s'attachent à scs habits, telle encore l'obsession de certaines mélodies ou chansons dont il ne peut se débarrasser, etc. S'il s'agit de représentations motrices, l'idée obsédante devient impulsion ou acte impulsif ; tel le besoin impérieux de briser des objets, de souffleter quelqu’un, etc. S'il s'agit d'un sentiment de frayeur ou de vertige, on le désigne du nom de phobie (peur des places vides ou agoraphobie, terreur des araignées, des souris, etc.). J'ai connu une malade qui avait la phobie des poupées et s’enfuyait en criant dés qu'elle en voyait une, comme si c'eût été le diable en personne. D'une façon plus générale, lorsqu'il s'agit de dégoûts ou de désirs individuels, relatifs à certains objets, et avant un caractère moins maladif, on se sert du terme d’idiosyncrasie. L'idiosyncrasie peut consister en dégoût ou en réaction nerveuse subconsciente, sans angoisse ni obsession.
Emotivité constitutionnelle. — Beaucoup de personnes sont perpétuellement sous l'influence prépondérante d'une humeur on d’un sentiment tel que la tristesse, le dégoût pessimiste de l'existence, l’irritabilité, la haine, la jalousie, la méfiance, ou au contraire l’exaltation, la joie exagérée jusqu'à l’optimisme le moins fondé, etc. Ces sentiments émotifs reposent sur une disposition héréditaire pathologique; ils sont tout à fait exagérés, ne répondant pas à une cause adéquate, c’est-à-dire n'étant la plupart du temps nullement motivés par des événements extérieurs ou intérieurs correspondants. Ils ne sont en un mol pas adaptés à la réalité. Quiconque rit au moment d'un profond malheur et n’en est nullement affecté ; quiconque soupire d'un air soucieux et chagrin, pleure môme ou se désespère au milieu du plus grand bonheur; quiconque répond à l'affection et à l'amabilité par une méfiance ou par une jalousie perpétuelles, n'est pas un homme normal. Dans l'émotivité constitutionnelle, de pareilles réactions font partie du caractère et en constituent principalement la pathologie. Il existe en outre une simple exagération de l'émc'^ité à tous
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les égards, exagération qui s’exprime entre aulres par une grande susceptibilité. Inversement, nous observons une indifférence apathique que nous avons déjà signalée à propos de la svmptomatologie générale. Enfin l’on observe souvent une périodicité régulière d’étals opposés du sentiment, périodicité qui ressemble beaucoup à celle de la maladie mentale appelée folie circulaire, sans que l’exaltation et la dépression qui se succèdent en arrivent à empêcher le malade de se conduire raisonnablement. Pendant six moisparcxemple ilesl gai, optimiste, entreprenant et actif, pendant les six mois suivants in hibé, triste, pessimiste et inactif. Nous pourrions citer encore toute une série d’anomalies du caractèrequi sont plusou moins répandues et bien connues dans la société humaine. Lorsqu’elles sont peu accentuées, elles ne sortent pas encore du domaine élastique de la vie mentale dite normale, mais elles deviennent pathologiques dès qu’elles s’exagèrent et s’accentuent dans un sens exclusif. Je citerai le prodigue, l’avare, le fanatique, l’ombrageux, le jaloux, l’enthousiaste, le raisonneur entêté qui dit « non » par esprit d’opposition, l’irascible, le flegmatique, le vagabond, le médisant, le fauteur d’intrigues, le poseur vaniteux, le snob, etc. La liste pourrait être encore fortement allongée, si l’on voulait y ajouter tous les travers accentués de caractère qui nous entourent.
L’escroc pathologique oumenleurparimagination mérite une mention spéciale. L’homme qui se ment à lui-même est celui qui ment le mieux, car il confond les produits de son imagination avec la réalité. 11 croit à ses mensonges, en toutou en partie, durablement ou passagèrement, comme le célèbre Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet. Les illusions du souvenir viennent perpétuellement troubler lesengrammes de sa mémoire et leur reproduction. Comme toute son attention, tout son moi, s'identifient avec les mirages trompeurs créés par son imagination, au point qu’ils deviennent pour lui réalité, il impose ses fanfaronnades et ses impostures aux autres avec un tel aplomb, avec une telle assurance, avec un tel naturel,
avec une expression si naïve et si honnête, avec un enthousiasme de si belle allure, qu'il réussit toujours de nouveau à convaincre ses semblables là où un menteur conscient, qui mesure ses paroles froidement et calmement et qui a toujours peur d’étre attrapé en se contredisant, éveille instinctivement la défiance. Dans l’àme consciente du menteur normal ordinaire, deux chaînes de pensées se pressent alternativement ou môme à côté l’une de l’autre, celle de la vérité et celle du mensonge, et elles se dérangent, se troublent mutuellement. Dans la conscience, c’est-à-dire dans le cerveau du menteur par imagination, tout s’unifie au contraire. L’escroc pathologique ou menteur par imagination peut se rendre coupable des escroqueries les plus formidables en y mettant un art, une persuasion et un enthousiasme qui déroutent mômeles limiers les plus madrés du barreau. Il entraîne à sa suite toute une foule d’âmes crédules et les conduit à leur ruine. Le public croitaveuglément à ses descriptions enthousiastes, à sesélégies poétiques jusqu’à ce que finalement un hasard quelconque ou la réflexion de quelque personne de sens plus rassis, vienne subitement hâter le dénouement fatal, souvent tragi-comique, de tous ses châteaux en Espagne. Cedénouement est fréquemment un procès à sensation (1). Comme au réveil d’un rêve, l’escroc pathologique s’affaisse alors d’ordinaire presque aussi accablé momentanément que ses victimes. Mais cela ne dure pas, et bientôt après il recommence, car il ne peut pas faire autrement. Pendant toute son existence, un mirage remplace l’autre dans l’heureux paradis de son introspection subjective, si bien dépeinte par Daudet (/. c.).
Mentionnons en terminant l’hystérie qui n’a rien de commun avec la matrice, mais au contraire tout avec les dispositions héréditaires du cerveau. L’hystérique est l’homme (des deux sexes) dont les associations psychiques, d’ordinaire très
(1) La célèbre Thérèse Humbert, dont tout le monde se souvient encore, appartient sans aucun doute à ce groupe pathologique d'individus.