GÉNÉRALITÉS SUR L’HYGIÈNE DU SYSTÈME NERVEUX
plus que certaines formes d'un sommeil paraissant profond, bien plus surtout que celles qui sont compliquées de cauchemars, de rêves pénibles ou encore de somnambulisme. 11 existe des somnambules spontanés qui, pendant leursommeil. exécutent même à la perfection des travaux compliqués, domestiques et autres. A leur réveil, ils ont le sentiment d’avoir profondément dormi et sont cependant épuisés, souvent même roués de fatigue. D’autres personnes, au contraire, se reposent fort bien et tranquillement, mais d'un sommeil si léger qu’elles n’ont presque pas le sentiment d’avoir dormi. Le sommeil peut être localisé it l’aide de la suggestion hypnotique. En pareil cas, on ne fait dormir (on ne dissocie) qu’une petite portion de l'activité cérébrale, tandis que le reste est éveillé, et que le sujet se croit, en pleine veille. Inversement, on peut, au milieu d’un profond sommeil, éveiller complètement la courte chaîne d’une activité cérébrale localisée.
En ma qualité de directeur de l’asile cantonal des aliénés à Zurich, j’ai par exemple réussi, par l’hypnotisme, à procurer à certains infirmiers un sommeil profond et réparateur, et pourtant à exercer leur cerveau au point de les rendre, tout en dormant, attentifs à certains actes insolites des aliénés qu’ils devaient surveiller, été les faire se réveiller spontanément et immédiatement. dès que leur malade faisait, par exemple, une tentative de suicide ou quelque autre chose dangereuse. Les bons sujets réagissaient d’une façon si précise que je n’avais pas besoin d’organiser une veille spéciale. Certains malades, qui faisaient perpétuellement des tentatives de suicide, finirent par croire ensorcelé l'infirmier, qui se réveillait immédiatement il chaque tentative dangereuse de leur part, pour se rendormir profondément l’instant d’après.
Une mère dort tranquillement, sans se réveiller, à côté de son mari qui ronfle bruyamment, tandis qu’elle s’éveille immédiatement au plus faible gémissement de son nourrisson. A l’aide de la suggestion, j’ai rendu pendant quelques sr-
RÈGLES POSITIVES
mairies une personne incapable de trouver dans la conversation un terme qui lui étaitcependant familier ; e]lel’« oubliait» régulièrement. C’est là un cas de localisation extrême de la dissociation (ou du sommeil, ce qui revient au même).
Les quelques indications qui précèdent montrent déjà qu’il est impossible de formuler une règle absolue sur la quantité de sommeil nécessaire à l’homme. Si donc nous exigeons en moyenne de sept à huit heures de sommeil au moins pour l’adulte, nous ne prétendons pas en construire un dogme. Certains vieillards, qui vivent très régulièrement et pensent peu, se. tirent fort bien d'affaire avec six ou cinq heures de sommeil, souvent môme avec moins, parce que leur état de veille contient de nombreuses périodes de repos qui ont la valeur d’un demi-sommeil. Inversement, on fera souvent bien, après de longs et puissants efforts de tout le système nerveux, de réparer l’épuisement qui en est résulté en prolongeant son sommeil pendant un certain temps pour rétablir l’équilibre.
Il est d'une haute importance hygiénique de s’exercer aussi dans le sommeil, c’est-à-dire de s’habituer à pouvoir dormir en tout temps et pas seulement à certaines heures et dans certaines positions. L’amollissement gâte souvent le sommeil. Quiconque est capable de dormir quand il le veut, sur chaque planche, dans chaque voiture de 3" classe, sur quelque chaise qu'il s’asseye, quand il se trouve en avoir le temps, fournira, proportions gardées, plus de travail mental que celui qui n'en est pas capable. On se gâte surtout le sommeil en abusant des soirées pour produire les plus grands efforts intellectuels, ou en se maintenant artificiellement éveillé à l'aide de thé ou de café à hautes doses. L’activité cérébrale obtenue de force par ces moyens est extrêmement malsaine. Mais ce qui est encore bien pire, c'est de vouloir alors rétablir le sommeil à l'aiile de narcotiques. Le sommeil obtenu artificiellement par les narcotiques repose sur une paralysie toxique du cerveau et détruit peu à peu le sommeil normal, d’une part en empoi-