HARMONIE ET CHOIX
néfaste et si répandu chez eux de l’alcool et des autres narcotiques.
3. Harmonie et choix. — Dans les quatre premiers chapitres, nous avons appris à connaître la diversité des activités nerveuses. Lorsqu’un homme s'exerce exclusivement à une activité particulière, ainsi à celle des mouvements spéciaux d’un groupe de muscles, les muscles dont il s’agit deviendront sans doute très forts, et il en sera de même de la combinaison neurocymique cérébro-motrice correspondante. Mais à côté de cela, tout le reste s’atrophiera. Il en est de même d’un homme dont toute la vie se consume à chevaucher exclusivement sur une même association d’idées, sur un même groupe de sentiments, sur une habitude quelconque. 11 y a des hommes qui, sans être aliénés, deviennent de cette façon pour ainsi dire des monomanes ; tel un joueur d’échecs qui ne fait que cela toute sa vie; telle une mère dont les sentiments exaltés envers un enfant éteignent il un tel point tous les autres, que son amour exclusif et exagéré a des effets déplorables pour elle, la rend injuste et déraisonnable, puis gèle et pervertit complètement l'enfant qui est l’objet de cet amour passionné; tel encore un homme qui veut è tout prix s'enrichir à l’aide de quelque découverte réelle ou illusoire qu’il a faite, et qui y épuise ses forces et sa vie. Tous ces exercices exclusifs se combinent ii une atrophie du reste des activités cérébrales. 11 est rare qu’ils conduisent à un résultat utile et productif, à l’exception de l'étude approfondie de la science, de l’art, ou de spécialités utiles (voir plus bas). L'exercice harmonique de tous les domaines de la vie du système nerveux est donc la condition de sa bonne hygiène. 11 faut exercer les perceptions des sens, l’activité des muscles, l’intelligence, le sentiment, la volonté, l’imagination et toutes les facultés eombinatrices qui ouvrent la voie à des activités nouvelles, au lieu de ne faire que reproduire les anciennes.
On m'objectera immédiatement ici que la spécialisation for-
2^1 généralités sur l’hygiène du système nerveux
midable du savoir à notre époque vient s’opposer directement à un développement aussi harmonique de l'homme. C’est très beau en théorie, me dira-t-on, de vouloir développer harmoniquement le cerveau et le corps à tous les égards, mais avec ce système on n’arrive à rien, on n’acquiert pas l’habileté nécessaire à toute activité spéciale, professionnelle ou autre. Il semble, en effet, que dans beaucoup de tètes notre idéal moderne soit devenu l'exclusivisme simpliste de la spécialisation à outrance. Les gens qui comprennent ainsi notre civilisation ne se rendent pas compte à quel point leur exclusivisme les rend aveugles, ni les maux futurs qu'ils se préparent. Nous ne méconnaissons nullement la nécessité de la division du travail, ni, par conséquent, celle de l’éducation, de l’étude et de l'habileté dans telle ou telle branche spéciale. Mais c'est commettre une faute impardonnable que de commencer cette spécialisation exclusive déjà dans la jeunesse, et de négliger le développement harmonique du cerveau, hypnotisé qu’on est par l'importance du détail d’une spécialité. De cette façon, l’on fait atrophier l’ensemble, et l’atrophie de l’ensemble porte finalement un préjudice irréparable à l'activité des parties. Le jugement soutire et s’étiole chez l'homme qui s'exagère sa spécialité en méconnaissant l’importance des autres branches, et qui ne voit plus le monde (pie sous l’angle exclusif de son métier. Quiconque, dès sa plus tendre jeunesse, ne vise qu'à exercer un seul point de son activité cérébrale pour y acquérir une prompte maîtrise, et laisse s’étioler tout le reste, risque souvent de devenir la victime d'anomalies mentales, parfois même de psychoses ou de dépérissement corporel, de tuberculose, etc. Voici donc la règle générale, courte et simple, que je crois devoir formuler ici :
On développera harmoniquement, en en faisant l’éducation, toutes ses activités nerveuses et mentales pendant toute sa vie, afin de conserver saine et capable de travail et de jugement toute sa machinerie cérébro-spinale, de la plus