‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 63 sur 82 · HARMONIE ET CHOIX · texte numérisé non relu

HARMONIE ET CHOIX

grossière activité musculaire jusqu'à la plus haute des abstractions, aux sentiments les plus affinés et aux voûtions les plus persévérantes. A côté de cela, on fera bien, il est vrai, d’acquérir des connaissances et des habiletés approfondies, en un mot la maîtrise nécessaire, dans une spécialité quelconque, pour pouvoir en faire sa profession. Quand on est normal et sain, et qu'en s’abstenant de toute narcose on obéit avec persévérance à la loi de l’exercice, on mènera rondement de front toutes ces activités à bien, sans se surmener. Par l’éducation générale harmonique, on acquiert et l'on entretient chez soi-méme le plaisir de vivre, la santé et l'élasticité, on élargit toujours son horizon, on conserve et perfectionne une faculté saine de juger les choses et surtout de se juger soi-même, jointe à des volilions et à des sentiments bien pondérés. En se spécialisant dans un ou plusieurs domaines (dans plusieurs seulement quand on a les forces et les facultés nécessaires pour le faire), on apprend à estimer à leur valeur l'approfondissement et les difficultés à vaincre ; on surmonte ces dernières, et l’on évite de tomber dans un dilettantisme banal et superficiel qui généralise trop vite et sans rétléchir, faute de fond et de concentration. On apprend à comprendre que, dans toutes les branches de la connaissance, le progrès n’est possible que par une pénétration profonde ; on devient plus modeste et l'on apprend à estimer et à honorer les autres domaines du savoir dans lesquels on n’est pas chez soi, parce que d'une part on comprend leur importance en voyant leur connexion avec l'ensemble qu’on a étudié, et que de l’autre on saisit bien leur valeur en la comparant aux difficultés qu’on a éprouvées soi-même dans sa propre spécialité. I)e la sorte, on évite les deux grands écueils du développement mental : i° l’aplatissement banal du dilettantisme et de la généralisation prématurée ; 2“ l'exclusivisme borné du spécialiste. En parlant ici d’harmonie, il nous faut appuyer encore une fois sur l'importance capitale de la vie des sentiments cl de la volonté. A quoi cela sert-il

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d'accumuler dans sa tôle une foule de connaissances, si on ne sait pas les utiliser ou si le sentiment se dessèche? En s’efforçant d’être juste envers les exigences d’une morale sociale supérieure, de remplir ses devoirs envers ses semblables, de développer son sentiment de solidarité ; en cultivant l’idéal ; en s’entratnant à la persévérance et à la logique des actes, à mettre ses bonnes résolutions à exécution, et enfin en demeurant fidèle à ces dernières pendant le cours des années, on forme son caractère durant toute sa vie. Or, cette éducation constante du caractère a, à elle seule, une bien plus grande valeur individuelle qu’une grande érudition encyclopédique exclusive. Je recommande à cet égard la lecture de Self-IIelp de Samuel Smiles (traduction française de Talandier).

Il faut donc exercer ses muscles, ses sens, sa pensée, ses sentiments, son imagination, sa volonté dans toutes les directions, à côté de sa spécialité ou de sa profession, et même dans celte dernière.

La loi de l’exercice doit en outre être mise d’accord avec les prédispositions héréditaires. Avec de la patience et de la ténacité, on enseignera sans doute à un homme qui n'a pas le sens musical à toucher du piano, et à un artiste né, qui ne sait pas compter, à devenir banquier. Mais de cette façon on obtiendra avec beaucoup de peine, l’expérience le prouve, de mauvais musiciens et de mauvais banquiers. La plus grande sottise que puissent faire des parents, c’est de forcer leurs enfants à choisir des carrières pour lesquelles ils n’ont pas de dispositions. Nous trouverons la clé de ce que nous avons à faire en pareil cas dans ce que nous avons dit plus haut sous le chiffre 2 (Règles positives). Le développement harmonique du cerveau exige certainement l’exercice des facultés pour lesquelles on n’a pas de dispositions spéciales ni de talent. Cela est excellent, car on ne doit laisser s’atrophier aucune des branches de la vie nerveuse et mentale. Mais ce qui est vrai pour le développement général ne l’est pas pour la spé-

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