‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 14 sur 78 · LOGIQUE ET LOI DE CAUSALITE · texte numérisé non relu

LOGIQUE ET LOI DE CAUSALITE

prémisses sont presque absolument certaines, les conclusions déductives sont, en général, si évidentes qu'elles ne constituent au fond qu'un jeu de mots. Là au contraire où les prémisses sont si peu que ce soit douteuses, elles conduisent nécessairement à l'erreur sous forme de sophismes, si l'induction ne vient pas les confirmer. Il résulte de tout ceci que les constructions compliquées, basées sur le raisonnement déductif, n'ont en général aucune valeur, en dehors des mathématiques, parce qu'une seule erreur de prémisses suffit pour faire tomber tout le château de cartes. Par contre, l'habitude de raisonner de cette façon pousse l'esprit humain au sophisme, c'est-à-dire à l'art de couvrir des conclusions erronées en leur donnant l'apparence d'une grande exactitude, à l'aide d'échafaudages de mots. Mais dans les mathématiques, où les équations, les mesures et les poids possèdent une vérité absolue, la déduction devient le fil conducteur de toute la science. Quand je dis : « i° La somme des angles de tout quadrilatère est égale à quatre angles droits ; 2° Le trapèze est un quadrilatère; 3° Donc la somme des angles d'un trapèze est égale à quatre angles droits », je fais un raisonnement déductif irréfutable et absolument juste. Il en est de même de toutes les conclusions mathématiques compliquées ; elles sont toutes entièrement contenues dans leurs prémisses absolument justes. En somme, la déduction mathématique n'est qu'une autre façon synthétique d'exprimer les prémisses. La déduction est donc la logique de l'abstraction pure, c'est àdiredes mathématiques pures, l'induction par contre est celle de toutes les sciences concrètes. Elles se complètent l'une l'autre et s'entr'aidenf dans beaucoup de branches scientifiques, comme la physique, la chimie, etc. (mathématiques appliquées). Malheureusement, les convictions des hommes dépendent en réalité bien moins des conclusions logiques que de toute sorte d'autres choses, avant tout des sentiments de sympathie et d'antipathie, de l'humeur, de la foi aveugle dans les autorités, de l'imitation, de l'habitude, etc.

oo PSYCHOLOGIE SCIENCE DE l'âme)

5. La mémoire esl une notion psychologique importante. Dans le champ de notre introspection consciente, c'est-àdire de notre âme, elle se réduil à trois phénomènes:

a l 'ne sensation, une perception, une conclusion abstraite, un sentiment, une volition ou même l'impulsion, qui provoque un mouvement, se conserve comme trace ou engramme image mémoriale) clans noire Ame, c'est-à-dire dans notre cerveau. De quelle façon ? Ouest-ce qu'un engramme (R. Semon) ? Ces! encore là une énigme. Une sorte de photographie ne pourrait se conserver fixe dans le protoplasma vivant des éléments cérébraux. N'est-ce pas plutôt un complexus affaibli d'oscillations moléculaires ou de légères modifications dans le groupement des molécules? Nous ne le savons pas. Cette question sort, <lu reste, du domaine de la psychologie pure. Mais il esl de fait que tout complexus d'activité, nerveuse, mentale, ou autre, se conserve plus ou moins distinctement comme engramme (Semon) dans le cerveau. b) La revivification ou eephorie (Semon i de l'engramme. Ce phénomène se produit au moyen de l'association des idées, des perceptions, «les sentiments, des volitions, etc. L'association des idées correspond à une communauté d'activité qui relie l'un à l'autre deux ou plusieurs états d'âme (états «le conscience). Lorsque je vois subitement une personne connue, je me rappelle son nom par eephorie d'association. Or, le nom disons Louis Durand) est avant tout une combinaison de sons, c'est-à-dire un engramme acoustique. Donc, la vue de mou ami Louis Durand appelle par eephorie à mon attention l'engramme acoustique de son nom : « Louis Durand », engramme qui dormait subconsciemmenl dans mon cerveau : je l'appelle et je le salue en le nommant. On peut dire que les engrammes qui sommeillent en nous sont subitement revivifiés par le phénomène de l'ecphorie, et réapparaissent ainsi à notre conscience supérieure, où il> sonl introspectés à nouveau. Il \a sans dire que toute eephorie correspond à une irritation

LA MKMOIRK

ou décharge physiologique cérébrale (voir chapitre IV).

c) La reconnaissance ou identification (homophonie de Semon), c'est-à-dire le fait d'avoir conscience que l'engramme revivifié est le même que l'engramme primitif. Dans l'exemple donné, je reconnais Louis Durand comme mon ami précédemment connu. Les phénomènes de mémoire peuvent avoir lieu sans la reconnaissance. Un souvenir peut éclore sans qu'on sache d'où il vient et sans qu'on ait conscience de son identité avec l'engramme primitif correspondant. Alors la psychologie pure ne peut parler de souvenir, le sujet ne le reconnaissant pas comme tel. On peut néanmoins démontrer indirectement qu'il s'agit d'un phénomène de mémoire. C'est ainsi que certains auteurs écrivent des phrases ou des mélodies qu'ils tiennent pour leur propriété intellectuelle, tandis qu'en réalité ils les ont empruntées à «les ouvrages d'autres personnes, lus ou entendus. Ils ne les reconnaissent plus (plagiat inconscient).

Les éléments a et b sont donc indispensables à la mémoire, tandis que c peut faire défaut. Il nous faut encore tenir compte des lois ou faits suivants de la mémoire :

Jamais la mémoire ne répète d'une façon absolument exacte les anciens engrammes. Elle les modifie ou les fausse toujours, ne fut-ce que d'une façon minime. Certains éléments se perdent, et de nouveaux s'ajoutent. Ces modifications sont ducs en grande partie au fait que les engrammes sont revivifiés dans des associations fort diverses et que chaque nouvelle association y ajoute quelque chose, tout en en démolissant quelque autre. Ces erreurs du souvenir peuvent souvent devenir si grandes, surtout chez certaines personnes, qu'elles transforment les engrammes de la mémoire au point de les rendre méconnaissables. Elles peuvent même faire apparaître dans la conscience comme souvenirs des choses qui n'ont jamais été perçues. On nomme ce phénomène illusion du souvenir. C'est une falsification inconsciente des engrammes. Tout le monde en est plus ou moins victime sous forme d'exa-

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gérât ion, ,|(. mauvaise reproduction, etc. On a accordé trop peu d'attention à ce phénomène. La fidélité de la mémoire varie énormément suivant les individus. Nous avons appelé association l'union dynamique de plusieurs sensations, représentations, sentiments, etc., les uns avec les autres. Nous nommerons dissociation la désagrégation de complétions qui étaient associées. Plus les engrammes sont souvent ecphorés ensemble, plus leur association devient solide. Ils finissent par se consolider en agrégats qui deviennent par synthèse des unités secondaires. Une ancienne multiplicité devient ainsi plus tard une unité psychologique et peut acquérir une qualité particulière, telle la perception d'un mot pendant une lecture rapide. Les combinaisons de sensations, tel le son combiné d'un accord, peuvent ainsi se fondre en une seule sensation. On peut appeler avec Wundt assimilation ce phénomène de consolidation ou de fusion psychologique de plusieurs éléments associés en une unité secondaire. Le même auteur nomme complication l'association intime, en général subconsciente, d'éléments psychologiques hétérogènes, par exemple la notion de chien avec celle de l'engramme visuel d'un chien, de l'aboiement et du mot « chien » écrit ou parlé, etc.

In engramme se fixe d'autant mieux que l'activité psychique qui le produit est plus puissante ou plus souvent répétée. Une répétition fréquente de la même activité psychique finit par faciliter tellement son évocation par eephorie que son intensité diminue d'autant et finit par devenir si faible et en même temps si mécanique (habituelle ou automatique), qu'on n'y fait plus attention et qu'elle disparaît du domaine de la conscience à l'étal de veille, c'est-à-dire de la chaîne de nos étals de conscience habituels pendant le jour. Elle devient subconsciente (apparemment inconsciente). Je n'ai pas besoin d'ajouter que toutes les volitions (résolutions §3), les impulsions à tout mouvement, se conservent aussi comme engrammes. Mais le:- images mémoriales des impulsions volontaires demeurent presque toujours subconscients.

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