‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 20 sur 78 · SUGGESTION · texte numérisé non relu

SUGGESTION

sions artificielles, cultivées par l'exemple et l'habitude, et qui n'ont même plus rien de commun avec les appétits naturels. Telles sont les passions du jeu, des sports, etc. J'ai à peine besoin de nommer la gourmandise, la culture artificielle de la soif et de l'appétit sexuel, etc. Mais il existe en outre des passions spontanées, héréditaires, qui reposent sur une hypertrophie plus ou moins pathologique des appétits. Elles se combinent, du reste, à l'infini avec celles dont nous parlions d'abord, par l'intermédiaire de ce qu'on appelle les prédispositions héréditaires plus ou moins prononcées.

i3. Suggestion. — Par suggestion on entend une forme particulière de réaction psychique, ou pour mieux dire psvchophysiologique, dans laquelle une représentation ou idée, associée en général à une perception ou à un sentiment, agit d'une façon à la fois si intense et si concentrée (monoidéiste), qu'elle en perd ses associations ordinaires avec les représentations de contraste qui la corrigent, surmonte ou brise violemment les inhibitions qui la restreignaient d'habitude, et déclanche des activités cérébrales qui dans la vie de tous les jours sont indépendantes d'elle et ont lieu plus ou moins constamment d'une façon subconsciente. La suggestion dissocie ce qui d'ordinaire est associé, et associe, par contre, souvent ce qui ne l'était pas. Donc les cerveaux facilement dissociables sont en même temps les cerveaux suggestibles.

La suggestion déclanche les activités qui sont svmbolisées par son contenu. Elle le fait de telle façon que la personne à laquelle on la donne n'a aucune conscience du mécanisme de l'action qui déclanche la perception, de sorte qu'elle s'en étonne. Parfois au contraire une idée déclanche le contraire de ce qui est suggéré ou autre chose (autosuggestion), .le dis à un homme : « Vous avez sommeil, vous Itàillez. » Il bâille involontairement ; la suggestion a réussi et il est déjà hypnotisé. Je place alors son bras sur sa tête et je lui dis: « Votre bras est raide, vous ne pouvez l'abaisser. »

36 PSYCHOLOGIE (SCIENCE l>K LAME)

Il ne peut le faire. J'ajoute: « Vous voyez devant vous un oiseau bleu qui vole. » Il le voit (l'halluciné). Puis: « Vous êtes aveugle, vous ne voyez, plus rien. » Il ne voit plus rien, quoique ouvrant les yeux. Tout cela sont des suggestions sensibles ou motrices, positives ou négatives.

Les suggestions négatives éteignent et inhibent (celle de la céeité, par exemple). Mais si je dis à quelqu'un : « Votre tète devient fraîche, vos pieds sont chauds », et si au contraire il prend mal à la tète et froid aux pieds, on parle d'auto suggestion contradictoire.

La notion de suggestion est identique à celle d'hypnotisme, c'est-à-dire que l'hypnose n'est qu'un sommeil gradué et suggéré. En somme, le sommeil augmente la suggestibilité, parce qu'il dissocie l'activité cérébrale. Néanmoins, les résultats et le mécanisme d'une suggestion à l'état de veille sont absolument identiques à ceux d'une suggestion à l'état de sommeil. La seule différence est qu'à l'état de sommeil la dissociation cénbrale est plus générale, tandis qu'à l'état de veille, elle est plus ou moins partielle et circonscrite. La foi, l'instinct d'imitation et tout ce qui entraîne l'activité cérébrale de l'homme et la pousse à l'obéissance aveugle, se combinent plus ou moins à des effets de suggestion. On peut être suggestionné en première ligne par d'autres hommes, mais aussi par des livres, des objets, desémotions, etc. Je ne puis m'étendre ici plus au long sur cette intéressante question, et je renvoie à mon livre allemand sur l'Hypnotisme (1) ou à celui de Bernheim sur la Suggestion (2).

Disons encore que Charcot s'est complètement trompé en prétendant que l'hypnotisme ('tait de l'hystérie. Ce qui esl exact, c'est que l'hystérie, qui est un étal maladif, repose sur une tendance pathologique .'1 la dissociation. On peut dire que l'hystérie repose sur une suggestibilité et surtout une autosuggestibilité pathologiquement dévoyée, com toutes les

m Forel, der Hypnotismus, V édition. Stuttgart, chez F. Enke. (•2) Bernheim, /." Suggestion, Paris, <>. Doin.

LANGAGE 3j

névroses et psychoses sont des aberrations pathologiques d*états physiologiques ou psychologiques normaux. La suggestibilité en elle-même est, par contre, une pari icularité plus ou moins développée de tout cerveau normal.

i4- Langage. — Avant d'abandonner la psychologie, il nous faut encore examiner ce que c'est que le langage, par lequel l'homme se distingue si spécialementdes autres êtres vivants. Le langage est la monnaie de la pensée. Il existe un langage mimé (langage des signes), un langage oral et un langage écrit. De même que la monnaie sous toutes ses formes symbolise une valeur matérielle, de même les mots et les autres formes du langage symbolisent les idées, c'est-à-dire les notions abstraites, les perceptions, les représentations générales, les sentiments, etc., en un mot, tant les états de conscience pris isolément que les synthèses de leurs groupements. Le mot « avec » symbolise la liaison de deux ou plusieurs objets, le mot « bleu » est la monnaie d'une sensation de couleur, le mot « oiseau » celle de toute une classe d'animaux, le mot « courir » la monnaie de tout un groupement de mouvements, le mol « amour »> celle de toute une catégorie de sentiments, etc. Le même mot, par exemple « amour », peut être désigné par un symbole vocal, par différents signes écrits ou par une pantomime, tout comme la valeur de vingt francs peut être représentée par un billet de banque, par une pièce d'or ou par de la monnaie d'argent ou de cuivre. Le langage est donc un symbolisme, et son étude est celle des symboles de la pensée. Gomme le perroquet, dans son « langage », ne symbolise aucune pensée, son pseudo-langage n'est pas un langage. Malheureusement, l'homme abuse beaucoup de son langage, à la façon du perroquet, en ce sens, que, dans le cerveau de ceux qui parlent, il n'existe souvent pas de pensée correspondant au mot employé. Et ce n'est pas sans raison que Goethe, dans Faust, fait dire par Méphistophélès à l'étudiant, à propos de la théologie :

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