PSYCHOLOGIE SCIENCE DE L'AME
« Là où les notions font défaut, un motarrive à temps pour les remplacer, etc. »
De même que la pensée est coordonnée dans ses associations, de même le langage doit pouvoir associer ses mots de façon à pouvoir coordonner leur sens. Il s'ensuit que toute linguistique comprend trois parties : la grammaire ou flexion des mots, la syntaxe ou leur combinaison en phrases, et le style ou 1 expression logique et formelle en même temps de la pensée en général par la tournure et la combinaison des phrases.
Tout cela exige un travail psychique (cérébral) très compliqué et voué uniquement au symbolisme ou à la forme du langage. Mais c'est ce travail compliqué seul qui rend possible la complication encore bien plus grande d'une pensée supérieure harmonique et des sentiments et volitions correspondants. Les hiéroglyphes des anciens, les monuments, les signes commémora tifs, tous les signes arithmétiques, mathématiques, algébriques, chimiques et autres de la science, signes qui symbolisent conventionnellement certaines synthèses et abstractions de la pensée, font tous partie du langage. Le langage est donc presque en entier un produit artificiel et conventionnel. Mais ce produit s'est formé sous l'empire du besoin des hommes de s'entendre et de se faire comprendre mutuellement. Psychologiquement, le langage est si intimement associé aux contenus de nos ('-lais de conscience, que nous ne pouvons plus penser sans lui. Nous parlons, écoulons. lisons ou écrivons en esprit, quand nous pensons. La notion abstraite « quatre », est par exemple liée au mot « quatre • parlé, écrit, entendu ou lu. au si^ne arithmétique « \. ou encore à quatre points représentés dans l'espace ou à quatre objets quelconques-.
Donc tout langage oral, écrit ou mimé, quelle que soit son espèce, ;i deux côtés : l'expression el la compréhension. L'expression du langage se produit en trois phases ou périodes psychologiques subséquentes : i° la préparation ; 2° la diction ; .'!■ l'articulation.
LANGAGE 3o,
a) L'expression :
La préparation du langage n'est en réalité que l'association des idées psychofuges, c'est-à-dire de celles qu'on veut exprimer. C'est la volition dans le domaine de l'expression par le langage. Elle constitue la conception de ce qui s'exprime par le style. Nous n'avons pas à y revenir et nous rappelons seulement le vers de Boileau :
Ce que Ton conçoit bien s'énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément.
quoique ce vers ne soit pas toujours vrai.
La diction. — Par diction, on entend le symbolisme proprement dit du langage dans notre Ame, c'est-à-dire le choix de la monnaie de la pensée. Avant de nous exprimer oralement ou d'écrire, il nous faut choisir dans notre cerveau les expressions coordonnées de ce que nous voulons dire, et nous cherchons ces expressions dans la provision de mots et de phrases toutes faites que nous possédons déjà sous forme d'engrammes cérébraux acoustiques ou optiques des sons ou des lettres qui composent les mots. On comprend qu'il est plus facile de dire ou d'écrire les cinq lettres qui composent le mot « chien » que de représenter tels quels tous les chiens qu'on a vus ou entendus dans sa vie, et l'on voit parla à quel point la diction (le langage) simplifie la pensée. La diction consiste dans l'éveil de la représentation motrice nécessaire au déclanchement du mot parlé ou écrit qui doit être articulé. Le matériel de la diction est donc formé par les engrammes subconscients d'impulsions motrices de mois (volitions de termes) coordonnées dans le cerveau. Nous allons voir que c'est là un fait strictement prouvé.
L'expression une fois choisie, l'âme (le cerveau) n'a plus qu'à donner l'ordre moteur aux mouvements coordonnés de ce qu'on appelle son articulation. L'articulation du langage se
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passe d'une façon absolument subconsciente l'inconsciente à notre conscience supérieure à l'état «le veille) dans les cen très nerveux inférieurs, à l'aide des muscles et d'autres appareils périphériques du corps(langue, larynx, mains, etc.) mis en mouvement par le canal des aerfs moteurs. Certaines lésions des centres nerveux inférieurs dits de l'articulation du langage peuvenl déranger cette articulation, et, aussi bien que les paralysies musculaires, la défectuosité du voile du palais, etc., produire le bredouillement, le balbutiement, le nasillement ou l'écriture tremblante. L'importance minime de l'agencement des muscle- eux-mêmes dans le langage se démontre entre autres par le l'ail suivant : j'ai vu un cul-dejatte écrire d'une belle écriture moulée et rapide avec le moignon de son épaule, seul reste de son bras, appliqué contre sa joue, et maintenant ainsi sa plume.
h) La compréhension :
Pour comprendre la langue de quelqu'un, il faut que les symboles vocaux, écrits ou mimés qu'il articule, puissent : i° impressionner les sens correspondants de celui qui doit comprendre; 2° éveiller par association dan- son cerveau «les engrammes qui correspondent à la pensée de celui qui parle. Cela suppose que dans le cerveau-âme des deux individus les mêmes symboles mots, phrases, etc., sous forme parlée, écrite ou mimée) appellent les mêmes idées. Quoique au fond fort téméraire, la supposition qu'on se comprend mutuellement par le langage e I admise généralement à la légère et -ans autre. En réalité, elle ne se réalise que fort imparfaitement et partiellement, te langage provoque parfoisentre les hommes plus de malentendus que de vraie compréhension mutuelle, même lorsqu'ils parlent la même langue, voire le même dialecte.
L'identité du cerveau et de l'âme, dont non- parlerons plus tard, ne se montre nulle part d'une façon plus évidente