‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 22 sur 78 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

que dans le langage. La diction exige pour chacune de ses formes, écrite, orale ou mimée, une province localisée du cerveau comme lieu de choix des impulsions motrices. En outre, ces centres de diction, dits centres du langage, sont situés dans une autre partie de l'écorce cérébrale que ceux où a lieu la compréhension du langage. Sans être sourd, un homme peut parler distinctement et avec compréhension de ce qu'il dit lui-même, et ne pas comprendre ce que d'autres lui disent, tandis qu'un autre individu pourra fort bien comprendre le langage des autres, mais être incapable lui-même d'exprimer ce qu'il pense (disant, par exemple, un mot pour un autre). Il s'en aperçoit alors en entendant sa propre voix et s'impatiente, mais il est incapable de se corriger. A ces deux états maladifs correspondent des lésions de deux portions différentes du cerveau, du centre de la diction et de celui de la compréhension acoustique (voir planche 1, fig. 9, P. et A.). Le premier transmet les impulsions coordonnées pour l'articulation vocale des mots parlés, le second reçoit et conserve les complexions d'engrammes des mots entendus. Les deux individus en question peuvent souvent à rôle de cela lire, écrire et comprendre les choses écrites sans la moindre difficulté.

11 va sans dire que le souvenir, ou engramme d'un mot entendu, n'est pas le même que celui de la compréhension de phrases ou de discours entiers. Il y a donc dans la compréhension du langage des degrés centripètes comme il y a des degrés centrifuges dans son expression : les mots entendus s'associent et il faut encore que ces associations soient comprises. La compréhension du langage vient de son côté se rencontrer dans la pensée avec la préparation des réponses.

(Irâce au symbolisme de la pensée par le langage, nous observons donc l'action et la réaction de deux cerveaux-âmes l'un sur l'autre, avec tout le mécanisme de leurs organes des sens, de leurs perceptions, de leurs pensées, de leurs volitions et de leurs mouvements, le tout au travers d'une activité

\l PSYCHOLOGIE (SCIENCE DE L'AME)

psychophysiologique extraordinairement complexe. Que, sans faire de sophismes, on cherche à s'expliquer la chose dans l'hypothèse dualiste qui fait deux choses de l'âme et du cerveau !

Xous avons parlé plus haut du peu de fidélité de notre mémoire naturelle, et des falsifications de nos souvenirs auxquelles elle nous expose à tout moment. Le langage, tout spécialement le langage écrit, nous fournit le moyen suprême de parer aux infidélités de la mémoire. Les symboles vocaux ou mots nous aident déjà à fixer les idées ou représentations. Mais lorsque la fixation se fait par écrit ou au moyen de l'impression, elle demeure gravée sur papier, empêchant par là d'emblée toute falsification future, à moins qu'une forme douteuse ou obscure de l'expression ne permette plusieurs interprétations, surtout à l'aide d'une exégèse sophiste. I erba valant, scripta marient (les mots s'envolent, les écrits demeurent).

Dans la courte esquisse qui précède, il ne nous a pas été possible d'entamer les questions psychologiques difficiles en les approfondissant. Je prie donc tout lecteur qui veut en savoir davantage, d'étudier les ouvrages spéciaux de psychologie et de psychophysiologie, parmi lesquels je recommande la Psychologie de HoiFding, l'analyse des sensations de E. Mach, les travaux de Kussmaul, Ribot, Janet, Wundt, Dejerine, etc.

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