AUTOMATISMES HÉRITES
beaucoup par son poids sur tous les autres centres nerveux. Parmi les poissons, par contre, il existe des espèces chez lesquelles les tubercules quadri jumeaux (l'isthme ou cerveau moyen) sont beaucoup plus gros que le grand cerveau ou cerveau antérieur (olfactif). Lorsqu'on enlève à ces poissons le grand cerveau, ils n'ont nullement perdu la direction supérieure de leurs automatismes; ils apparaissent quand on leur offre des proies, leur font la chasse et se conduisent de toute façon selon la normalité mentale d'un poisson, si l'on exclut l'appareil olfactif qui a été lésé. Chez tous les autres vertébrés, par contre, même chez les invertébrés comme les fourmis, chez lesquelles le grand cerveau remporte considérablement sur les autres centres, son extirpation fait perdre à l'animal sa direction mentale générale. Ce n'est donc pas une structure spéciale du grand cerveau, ni son origine phylogénique, mais bien plutôt l'ascendant que prend le plus considérable et le plus compliqué des centres du système nerveux sur les autres, ainsi que ses rapports directs avec les sens directeurs, qui le revêt de la direction générale et qui fait qu'il devient le conducteur mental de l'animal, comme Steiner l'a fort logiquement conclu. De ce simple fait ressort l'absurdité de l'affirmation qu'on entend partout et qui désigne le grand cerveau en lui-même et seul comme « organe de la conscience » (voir, du reste, au chapitre III). C'est pour l'unique raison que nous venons d'expliquer, que la super-conscience humaine est devenue précisément l'introspection de l'activité principale intentionnelle du grand cerveau humain. Lorsqu'une irritation qui arrive au cerveau ne donne lieu à aucun mouvement, mais se transforme en tension ou force latente, on parle d'arrêt ou inhibition. Les cellules ganglionnaires et la substance intercellulaire sont considérées, en partie, comme appareils inhibiteurs. Lorsqu'au contraire une faible irritation déclanche dans le cerveau de puissantes décharges motrices, on parle avec Exner de « fraiement » (dynamogénie de Brown-Séquard). Les cellules ganglionnaires sont
probablement aussi, selon le cas, des appareils de fraiement.
5. Effets de l'extirpation du grand cerveau. — Ce fut le physiologiste Flourens qui enleva le premier le grand cerveau en entier à des pigeons et maintint ces animaux en vie.
Plus tard, Goltz réussit à l'enlever à des chiens à l'exception de portions accessoires des centres olfactifs. Grâce à un habile gardien, il put garder l'un de ces chiens, dix-huit mois en vie et en bonne santé. On dut d'abord le nourrir artificiellement, mais il apprit petit à petit à attraper des morceaux de viande, à mâcher et à avaler normalement et même à laper du lait. Il fallait bien lui mettre les aliments dans la gueule, car il ne flairait plus. Il crachait cependant une solution de quinine, tandis qu'il avalait avec voracité ses aliments normaux. Si l'on négligeait longtemps de l'alimenter, il devenail inquiet; s'il avait au contraire suffisamment mangé, il cessait d'avaler. Il dormait comme les chiens normaux, mais moins longtemps et ne rêvait pas comme eux ; mais on pouvait le réveiller par des bruits ou en le pinçant. Dans ce dernier cas, il aboyait et cherchait à mordre, mais presque toujours dans une fausse direction. Quoiqu'une partie des nerfs optiques fù! conservée, il ne réagissait nullement aux impressions optiques. Par contre, il pouvait bien marcher. Il ne se souvenait de rien, grognait et mordait chaque fois qu'on voulait lui donner à manger. Il n'était capable que de réactions instantanées et il était donc mentalement encore plus incapable que le pigeon sans cerveau. Il possédai! néanmoins des automatismes compliqués, essuyait par exemple une goutte d'acide versée sur sou dos, à l'aide de ses pattes de derrière. Seuls, les soins assidus et extrêmement habiles de son gardien purent le conserver en vie. Les fourmis H les grillons auxquels <»u enlève le grand cerveau les corps pédoncules , se conduisent d'une façon tout analogue à celle du chien de Goltz.
On a vu aussi des enfants acéphales (nés sans grand cer-