SENS Ç
a) Différents agents irritateurs, ou phénomènes du monde extérieur agissant sur le môme sens, ne provoquent que des sensations de même qualité fondamentale. Qu'on irrite la rétine de l'œil par la lumière ou en la comprimant avec le doigt, ce sont toujours des couleurs qu'on perçoit. Le catarrhe de la cavité tympanique provoquera des tintements d'oreille tout analogues à la vibration de vraies cloches qu'on entend sonner, etc.
b) La même irritation, agissant sur des sens différents, cause des sensations fondamentalement différentes ; exemple: quand je comprime la rétine, je vois des couleurs; quand j'irrite l'oreille interne, j'entends des bruits ; quand je pèse sur la peau, j'obtiens une sensation tactile.
Mais lorsqu'on compare les organes des sens des animaux avec leurs sensations, autant que la biologie comparée permet de juger de ces dernières, on finit par s'assurer que l'énergie spéciale des sens n'est pas quelque chose de primordialement donné, mais qu'elle s'est, au contraire, développée petit à petit par adaptation de la structure des organes sensoriels des animaux à certains agents irritateurs déterminés du monde extérieur, tels l'œil à la lumière, l'oreille au son, l'organe olfactif aux qualités chimiques des corps dissous dans l'air, etc. Chez les animaux les plus inférieurs, il n'existe et n'a existé qu'un sens cutané indifférencié, qui s'est petit à petit différencié par l'évolution en organes sensoriels spéciaux. L'œil des animaux inférieurs qui commencent à trahir la présence de cet organe est extrêmement primitif. On a prouvé que ces êtres sentent la lumière avec la peau (sensations pholo-dermatiques). Mais, petit à petit, certaines terminaisons nerveuses localisées se spécifient et se transforment pour la réception d<^ rayons lumineux, d'abord seulement en se recouvrant d'un peu de pigment, et ainsi de suite.
L'énergie spéciale des différents sens diffère donc de valeur et n'est très rigoureusement différenciée que dans les sens supérieurs. L'énergie spéciale estime qualité psycholo-
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gique, une synthèse supérieure introspective des sensations. Elle n'est donc pas physiologique. La lumière, la couleur, le son, la chaleur, la douleur, sont des notions psychologiques. Un daltoniste, par exemple, ne peut se faire aucune idée quelconque de la façon dont un homme normal distingue le rouge du vert. Il est donc clair que les provinces du grand cerveau qui reçoivenl les irritations t\i^ différents nerfs sensoriels, les revêtent de qualités différentes selon l'énergie spéciale de chaque sens. On peut ainsi dire que l'énergie spéciale des sens est un phénomène de l'éeorce du grand cerveau.
En effet, on le prouve par des faits comme le suivant. Un aveugle qui se trouvait sous mon traitement et dont les Acux yeux, et par conséquent les deux nerfs optiques, avaient été détruits vingt-cinq ans auparavant d'un coup de fusil, avait toujours des hallucinations de la vue et croyait voir devanl lui des personnes d'apparence et de couleur bien vivantes dans un paysage delà forêt vierge, où il se trouvait avant son accident. Mais cela ne prouve nullement que la cause primitive des énergies spéciales soit dans le grand cerveau. L'histoire du développement des organes des sens dans le règne animal nous montre, au contraire, que c'est la conformation de l'organe sensoriel périphérique qui détermine et développe petil à petit l'énergie spéciale dans le grand cerveau.
Cette dernière remarque esl si vraie que nous pouvons conclure du fait, que chez certains animaux tel organe des sens a une structure différente de celle du nôtre, à ce que -du énergie spéciale doit être, partiellement du moins, différente de ce qu'elle est chez. nous. Selon sa position et la structure de ses terminaisons nerveuses, un sens peut par exemple non- donner une connaissance exacte on diffuse de l'espace ou du temps. L'homme reconnaît l'espace à l'aide du toucher el de l'œil, le temps ;'i l'aide de diverses sensations, mais surtout à l'aide de l'ouïe, etc. Je ne parle pas ici. cela \;i sans dire, des conclusion- indirecte- sur le temps cl l'espace que nous tirons bien plus exactement ;i l'aide d'appa