HEREDITE
Mais, entre l'hérédité telle que nous venons de l'expliquer et l'adaptation ou éducation individuelle, il existe une catégorie intermédiaire de facteurs qui déterminent le développement de l'individu, catégorie qu'on peut désigner du terme de blastophthorie ou détérioration du germe. Tout ce qui vient léser les germes avant leur conjugaison dans le corps des parents (blastophthorie proprement dite), ou l'embryon après la conjugaison, dérange rontogénie et peut déterminer le développement de descendants avor tés ou mal faits, lors même que leurs procréateurs étaient eux-mêmes sains et capables. Exemples:
Un couple d'Indiens bien portants arrive dans une ville civilisée par les Européens avec deux enfants sains, et y apprend l'usage des boissons alcooliques. Les deux époux deviennent ivrognes et empoisonnentainsi leursglandes germinatrices par l'alcool. Ils procréent ensuite cinq nouveaux enfants dont l'un devient idiot, le second rachitique, le troisième épileptique et dont le quatrième meurt peu après sa naissance. Un seul demeure à peu près bien portant. C'est là ce qu'on appelle l'hérédité alcoolique. Il s'agit donc d'un empoisonnement des germes de nos descendants avantleur conjugaison, empoisonnement malheureusement endémique dans notre société européenne.
Des parents sains ont un enfant sain. Le père s'infecte de syphilis. Le second enfant vient au monde syphilitique, puis il dépérit et meurt misérablement ou devient invalide.
Deux parents sains procréent un embryon sain qui se développe d'abord normalement. La mère est atteinte pendant la grossesse de fièvre typhoïde, et avorte, ou bien l'embryon arrive à terme, mais devient parfois un enfant débile ou imbécile. Dans un autre cas, c'est pendant l'accouchement que le crâne de l'enfant est lésé et son cerveau contusionné, de sorte que plusieurs neurones sont ainsi détruits. L'enfant se développe avec des défectuosités mentales, des paralysies ou des attaques de convulsions.
l)c> parents bien portants procréent un enfant qui naîl In en portant aussi. Mais, à la seconde année de sa vie, une maladie, disons une méningite, vient léser l'écorce de son cerveau, ou bien il tombe d'une fenêtre, ce qui produit une hémorragie cérébrale. Dans les deux cas, le cerveau endommagé ne peul se développer normalement. L'enfant devient faible d'esprit, neurasthénique, épileptique ou amoral. Il développe parfois toute sorte de mauvais instincts qui font de lui un raté pour toute sa vie.
J'ai vu moi-même un jeune homme distingué et honnête, Agé de vingt ans, se transformera la suite d'une lièvre typhoïde qui s'était fortement portée sur le cerveau, en un mauvais sujet incorrigible et prodigue. Il fit tant de sottises qu'on dût le mettre à l'asile des aliénés. Les microbes delà fièvre I \ phoïde avaient agi d'une façon si fatale sur son cerveau que toute sa personnalité mentale en avait été détériorée.
Ce dernier cas constitue déjà la transition complète aux maladies mentales ordinaires. La série que je viens d'énumérer montre comme quoi il existe tous les degrés possibles entre les affections des cellules germinatives des parents d'enfants qui ne sont pas encore conçu-, et les maladies des individus adultes. La série des lésions des différentes périodes embryonnaires constitue le lien intermédiaire. Cela nous four nit, en même temps, un aperçu de l'échelle des anomalies ontogéniques du cerveau humain. On peut dire que tout aqui endommage les germes avant leur conjugaison, l'embryon et même l'enfant, provoque un arrêt plus ou moins profond et durable de la personnalité mentale, dès que le cerveau ou ses énergies embryonnaires en -oui atteints. Il existe donc une pathologie de l'hérédité, qui, par l'intermédiaire de la pathologie de l'embryon et de l'enfant, passe à la pathologie de l'homme adulte. Mais tandis que les affections circonscrites, qui se limitent au système nerveux déjà formé de l'embryon ou de l'enfant, ne se transmettent pas à ses descendants, celles qui détériorent le germe entier, non encore différencié en
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organes, intéressent aussi ce qui deviendra ses organes sexuels, et produisent, en raison de ce fait, des déviations (anomalies) héréditaires, blastophthoriques, de ses produits futurs.
A chaque instant de son existence, l'homme est le produit de ses dispositions héréditaires combinées avec l'adaptation ou éducation, c'est-à-dire avec les résultats de l'exercice de son cerveau durant sa vie. L'hérédité et l'exercice désignent donc les deux immenses groupes des facteurs de développement du cerveau, et ces deux groupes agissent perpétuellement et mutuellement combinés en nous. Il est souvent impossible de distinguer ce qui appartient à l'un de ce qui est le fait de l'autre. Lorsque, par exemple, un enfant ment ou vole, il est souvent très difficile de dire combien, dansl'impulsion à ces actes, est dû aux facteurs hérités et combien aux résultats de l'exemple, de l'habitude et de l'autosuggestion. En allant au fond des choses, on découvre que beaucoup de particularités qui paraissent apprises ou acquises, reposent, en réalité, sur de puissantes dispositions héréditaires qui n'ont besoin que d'une chiquenaude, d'une occasion, pour se développer. Le génie musical de Mozart se montra peu après sa naissance et se développa sur le premier piano soumis à l'action de ses petits doigts. Pour juger juste, il faut donc toujours tenir compte des deux choses, de l'hérédité et de l'acquis. La blastophthorie, nous venons de le voir, constitue une catégorie intermédiaire entre les deux groupes de facteurs, mais, en pratique, elle en revient surtout à l'hérédité.
On ne peut donc commettre d'erreur plus grave que de construire artificiellement une antinomie entre les deux grands groupes des facteurs de notre moi. Quiconque attend tout de l'éducation se trompe. Mais quiconque considère les dispositions héréditaires comme prédestinant fatalement l'individu à tous égards, ne se trompe pas moins. Les gens qui, prenant des airs supérieurs et haussant les épaules, déclarent que l'hérédité n'est qu'une théorie dans la tête des savants, ne documentent par là que leur ignorance et leur
manque de jugement. Nul n'est besoin d'être sa van I pour
reconnaître les deux séries de faits que nous venons de dé crire, car ils s'étalent aux yeux de tout homme qui sait obsen er et réfléchir.
Disons néanmoins encore que les fadeurs éducatifs ont beaucoup plus de prise dans les domaines où les disposi tions héréditaires sont moyennes et peu accentuées dans un sens. Là, au contraire, où elles sont extrêmes, soit en plus, soit en moins, soil dans le sens d'une déviation accen tuée, l'éducation, toujours artificielle, ne peut que très peu ou rien.
c) Descendance ou phylogénie. Darwinisme. Mnéme. — Le terme de phylogénie signifie origine ou filiation des classes ou groupes. C'est Haeckel qui a introduit ce terme en se basant sur la doctrine darwiniste du transformisme ou de révolution. La parenté réelle des plantes et des animaux (y compris l'homme) entre eux, le fait qu'ils se sont peu à peu transformés durant d'immenses époques géologiques, De fait plus aujourd'hui l'objet d'aucun doute. La phylogénie cherche à fixer les ancêtres communs des espèces el groupes d'espèces aujourd'hui vivants. On discute bien encore sur le degré d'importance des facteurs de la transformation des espèces, tels que la sélection naturelle et l'engraphie. Mais la géographie zoologique et botanique, l'anatomie comparée, l'ontogénie et l'étude des fossiles ne permettent plus de douter de la filiation, c'est-à-dire de la parenté réelle des êtres vivants. On a découvert entre autres dans les cavernes (au Néanderthal, m Spy, à Agram, etc.) des restes d'hommes préhistoriques ou fossiles dont la cavité crânienne, el par conséquent le cerveau, étaient beaucoup plus petits que ceux de l'homme actuel. A Java, Dubois a découvert le crûne du pithecanthropus erectus, c'est-à-dire d'un être fossile qui tient à peu près exactement le milieu entre l'homme et les singes anthropomorphes orang-outang, chimpanzé, gorilles, etc . On peut donc dire