DESCENDANCE OU PHYLOGÉNIE
sans aucun doute que l'homme descend d'êtres analogues qui eux-mêmes sont descendus de singes moins développés qu'eux; de leur côté, les singes descendent de la famille des chauves-souris, et celle-ci des didelphes et des monotrêmes, c'est-à-dire des mammifères primordiaux, descendus à leur tour des oiseaux, et ainsi de suite. Limitons-nous à la phylogénie du cerveau humain.
La capacité de la cavité crânienne permet de juger du volume du cerveau et montre que ce dernier se développe avec l'intelligence. La capacité crânienne du grand cerveau est de 570 centimètres cubes chez le pitheeanthropus, tandis que celle d'un grand orang-outang est de plus de la moitié de ce chiffre, celle d'un crâne du Néanderthal ou de Spy d'environ 920 centimètres cubes, et celle d'un homme actuel (capacité de la boîte du cervelet, etc., exclue) de 1.000 à 1.200 grammes selon les cas (elle est toujours un peu plus forte que le volume du cerveau).
Dans les chapitres précédents, nous avons touché à divers points qui tiennent de la phylogénie. Voici encore ce qui nous importe au point de vue de notre sujet :
Nous avons vu que notre cerveau possède des centres subordonnés qui, comme la moelle épinière, sont relativement bien plus développés chez les vertébrés inférieurs que chez nous, et peuvent même surpasser le grand cerveau ou cerveau olfactif chez certains vertébrés inférieurs. Il est de plus indubitable que ces centres sont les organes de nos instincts et appétits inférieurs. A l'égard de ces derniers, nous pouvons donc fort bien nous comparer aux autres mammifères. Ce qui distingue surtout l'homme, c'est l'énorme développement de son grand cerveau, qui domine bien plus les auto nialismes que chez tous les animaux. Chez les vertébrés supérieurs, le grand cerveau joue néanmoins déjà un rôle considérable (voir plus haut le chien de Goltz et le pigeon de Flourens). Pour l'hygiène de notre cerveau, il est fort important de constater comment vivaient nos ancêtres humains plus
ip7, genèse individuelle du système nerveux
rapprochés de nous que les singes, et de la civilisation desquels l'ethnographie nous livre des vestiges. A l'aide de ces documents, ainsi qu'à celle de l'histoire primitive, nous apprenons que l'homme primordial vivait, comme aujourd'hui encore certains peuples sauvages, en petites peuplades qui se livraient entre elles des combats perpétuels. Ce sont d'horribles hécatombes sanglantes que nous trahissent les armes meurtrières et les os brisés de ces dignes ancêtres. Ils devaient bien ressembler à nos cousins éloignés actuellement vivants, leurs descendants aussi, les cannibales. On peut donc dire que pendant des milliers, sinon des millions d'années, la nature humaine s'est adaptée phylogéniquement aux combats les plus Apres, à l'exercice musculaire, à l'adresse, à la forer el finalement au travail. La victoire et la survivance des plus capables devint de plus en plus le résultat de la supériorité de leur intelligence, ce qui explique l'énorme croissance du grand cerveau. C'est sans doute le langage oral qui se forma d'abord, mais lentement, à l'aide d'interjections et de sons imitai ils. Ne pouvant se transmettre que par tradition orale, ce langage ne permit pas, au début, de civilisations ni de progrès considérables venant se surajouter aux progrès évolutifs naturels du cerveau. Les instruments, les images taillées ou inscrites, les hiéroglyphes et enfin l'écriture, vinrent par contre pins tard jeter les bases de notre culture intellectuelle, en donnant aux descendants la possibilité de tirer un usage durable des expériences de leurs prédécesseurs et de s'en servir pour étendre el compliquer leur propre développement. L'écriture, et surtout l'imprimerie, devinrent enfin les plus grands agents ou créateurs de la civilisation, el déterminèrent une perfectibilité croissante de l'humanité sans augmentation correspondante de la grosseur du cerveau, en accumulant la science et l'expérience de nos prédécesseurs dans une encyclopédie progressive, devenue de plus en plus in mse. Celle-ci permet aux
descendants une élaboration de plus en plus complète el approfondie du savoir, sans épuiser les forces de leur- cer-