‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 41 sur 78 · DESCENDANCE OC PHYLOGENIE 1 2D · texte numérisé non relu

DESCENDANCE OC PHYLOGENIE 1 2D

veaux individuels. Déjà Schopenhauer nomme les livres « la mémoire en papier de l'humanité ». Notre cerveau actuel n'est certainement pas sensiblement supérieur à celui de nos ancêtres directs d'il y a deux ou quatre mille ans, mais les bibliothèques et les produits de Part et de la science nous permettent de l'utiliser cent fois mieux qu'eux.

Réagissant de leur côté sur l'homme, les produits de la civilisation ont rapproché les cerveaux humains les uns des autres. Les petites communautés primitives sont devenues peu à peu des royaumes de plus en plus grands, puis des empires, et finalement des empires mondiaux, comme l'Empire britannique, la Russie et les Etats-Unis. Les moyens accélérés et facilités de transport ont mis les diverses races et les diverses nationalités en rapport les unes avec les autres et les mêlent de plus en plus. La guerre a totalement changé de nature. Les individus les plus forts et les plus intelligents n'y sont plus vainqueurs ; on les transforme simplement en chair à canon.

On comprendra maintenant comment il se fait que l'homme, qui aux temps primitifs était un animal véritablement féroce et doué de peu d'instincts sociaux, encore fort restreints, s'est vu obligé, dans un espace de temps relativement court, d'endiguer ses luttes mesquines et ses instincts étroits de tribu, de nationalité et de race, pour devenir plus social et surtout social d'une façon plus généralement humaine. On voit donc comment le progrès civilisateur, dû à l'encyclopédie de notre savoir, a provoqué une scission toujours croissante entre l'instinct phylogénique naturel de bête féroce du cerveau humain, et les nécessités sociales croissantes d'une humanité qui tend à l'homogénéité et à la paix. Ici gît la cause vraie et profonde des luttes sociales qui agitent notre époque.

La joie de combattre, la passion de la possession et du commandement, l'orgueil, la jalousie sont donc des particularités phvlogéniques que notre proloplasma germinatif a héritées de nos ancêtres humains primitifs. Il est impossible

d'en faire abstraction ou de les supprimer à l'aide de phrases, de dogmes ou de déductions théoriques. Seuls des dérivatifs énergiques appliqués à ces appétits, dirigés vers le travail social et combinés à une sélection humaine bien faite, pourront petit à petit, dans la suite des décades et des siècles, corriger la brutalité bestiale et égoïste de notre nature. Ajoutons que ce correctif est indispensable, car, pour le moment du moins, notre culture ne peut ni ne veut faire machine en arrière, tandis que l'homme n'est pas absolument incapable de s'adapter à une paix sociale universelle, tout en évitant les causes de dégénérescence qui sont la suite fatale de toute inaction ou de toute stagnation.

La connaissance des faits phylogéniques que nous venons d'esquisser est extrêmement importante, si l'on veut répondre aux exigences d'une saine hygiène du cerveau.

Certaines sociétés animales très développées (fourmis, abeilles, etc.) nous offrent des analogies fort instructives Si éloignée que l'organisation de ces insectes soit de la nôtre, leur biologie présente, sur la base d'automatismes cérébraux très complexes, des traits si étonnants d'analogie avec les rapports sociaux des hommes, qu'on est presque obligé d'employer pour eux les mômes termes que pour nous. Je signale ici les guerres, les alliances, l'esclavage, l'élevage d'animaux domestiques et le jardinage des champignons chez diverses espèces de fourmis. Il s'agit là probablement de ce qu'on appelle des phénomènes de convergence, dus au fait de la vie sociale des êtres vivants, et des lois générales qu'elle récrie Ce ne sont tout d'abord, semble-t-il, que des analogies, mais on en viendra sans doute à les utiliser pour arriver à comprendre les lois communes plus profondes qui sont à la base des deux termes de la comparaison.

Nous avons vu que phylogéniqueinent le grand cerveau est sorti du centre olfactif des vertébrés inférieurs. L'anatomie comparée et la biologie démontrent une adaptation constante el progressive des organes sensoriels aux conditions de

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