DESCENDANCE OU PHYLOGENIE I
l'existence, des centres nerveux aux organes sensoriels et aux mouvements, et ainsi de suite. Cette démonstration illumine l'histoire phylogénique du monde vivant d'une lumière admirable pour celui qui prend la peine d'approfondir l'étude de la zoologie et de la botanique modernes. Ouiconque ne craint pas de faire dès sa première jeunesse d'une branche, si petite soit-elle, de ces sciences, l'objet d'études spéciales, ne fût-ce même que comme sport ou amusement, y gagnera une compréhension des lois naturelles de la vie, qui demeurera toujours fermée aux autres hommes. Mais pour cela il ne faut pas qu'il se limite à l'étude aride de la classification. 11 faut qu'il approfondisse Tanatomie, la biologie et la géographie du groupe d'êtres vivants sur lequel il a jeté son dévolu.
Darwinisme. — Le nom de Darwin est aujourd'hui dans chaque bouche. En expliquant la transformation ou évolution des espèces par le combat pour la vie et la sélection naturelle des animaux et des plantes, le grand naturaliste anglais a fait de la doctrine de l'évolution une partie constitutive de la science, et a donné à l'étude de la nature une impulsion formidable, dépassant tout ce qui l'avait précédée. Il est absolument prouvé qu'en choisissant soigneusement les porteurs de caractères déterminés et en les accouplant entre eux, on provoque artificiellement un développement toujours plus considérable de ces caractères chez leurs descendants, à mesure qu'on continue la sélection ainsi commencée. Les variétés et races obtenues par ce procédé, chez les animaux et les plantes, sont la démonstration du fait. Il est tout aussi certain qu'à l'état de nature les plantes et les animaux se livrent naturellement un combat continu et acharné, qu'ils se mangent et s'exterminent les uns les autres, et que ce sont les plus forts, les plus rusés, les plus agiles, les plus résislants, ou enfin ceux qui ont la plus grande faculté de reproduction, qui prennent peu à peu le dessus. Il suffit d'étudier attentivement la forêt et la brousse, et même nos prairies, pour
s'en assurer. Une seule petite particularité avantageuse suffit souvent pour assurer la prépondérance d'un groupe. C'est là le combat pour l'existence, combat qui a pour effet une élection naturelle des individus les plus résistants. Le fait est si patent, si journalier, si général, qu'il m'est impossible de comprendre quelle suggestion baroque a pu amener en-tains auteurs modernes, tels que Piepers, Fleiscbmannet d'autres, à le nier, ou peut s'en faut. Mai-, d'un autre côté, les études des dernières décades ont démontré avec tout autant de certitude que, dans la formation ou transformation des espèces, de tout autres facteurs agissent d'une façon concomitante avec la sélection, ainsi la chaleur, le froid, la nature chimique des aliments et du milieu, etc. Enfin on a pu prouver que l'évolution ne progresse pas d'une façon régulière, mais tantôt plus vite, tantôt plus lentement, qu'elle s'arrête souvent, rétrograde parfois, et que certains facteurs, encore obscurs et inconnus, doivent se trouver à la base de la formation de diverses variations et néo-formations d'espèces. Je ne lais qu'indiquer à ce propos la théorie des mutations du botaniste de Vries (1). De tous ces faits est malheureuse-
(1) D'après de Vries, certaines variations à cause intérieure el cachée surviennent subitement, quoique peu souvent, et ce sont celles-ci qui. selon lui, sont seules capables 'le former des espèces nouvelles. Les croisements (l'hybridation) et la sélectionne font que déployer de diverses façons les énergiespotentielles préexistantes des germes, sous forme de variétés el de races; mais elles ne sont pas capables, d'après de Vries, 'le développer quelque chose de fondamentalement nouveau, et elles finissent toujours par retomber plus ou moins dans le type de l'espèce. Qu'on lise ce que nous .liions dire de l'engraphie, el l'on comprendra qu'ici encore, comme si souvent en pareille matière, il ne s'agit pas d'antinomie mai- de combinaisons 'le facteurs.
Nous avons déjà défini la blastophthorie. La chaleur, le froid, la lumière, la composition chimique de l'eau ou de l'air, agissent d'une façoD analogue el transforment souvent certaines énergies des germes, Si la transformation ou néo forma lion d'espèces ainsi obtenues es1 avantageuse à l'existence 'le l'animal dans le combat pour la vie, il se multiplie d'autant plus ; si elle est Indifférente, il peul au moins continuer à exister : si elle lui est par contre nuisible ou fatale, il B'éteinl ei disparait. Aucune hypothèse ne peut infirmer ce simpU fait 'lu