‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 45 sur 78 · PSYCHOPATHOLOGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

PSYCHOPATHOLOGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉRALES

Les maladies de la rétine sont des affections typiques d'un nerf des sens ; on les compte néanmoins parmi les maladies de l'œil et non parmi les affections nerveuses, etc. Là où on parle de maladies nerveuses, les nerfs périphériques sont presque toujours absolument sains. Le nom est donc complètement faux. La plupart des soi-disant maladies des nerfs consistent même en affections du grand cerveau, et seules quelques catégories spéciales d'entre elles concernent les lésions ou troubles de la moelle épinière ou des centres cérébraux subordonnés. Dans cette dernière catégorie de maladies, les fonctions mentales elles-mêmes demeurent absolument intactes, tant que le grand cerveau n'est pas atteint. Le « nervosisme », tout ce qu'on entend aujourd'hui sous le nom de « neurasthénie », même la plupart d^s « névroses », reposent exclusivement sur des troubles fonctionnels du grand cerveau, et ces affections sont bien plus proches parentes des psychoses ou maladies mentales que des mala dies des centres nerveux autres que le grand cerveau.

Mais tous les troubles du grand cerveau se reflètent dans l'activité des sens et des muscles, puisque nous avons vu que nous ne connaissons les images de nos sens que lorsqu'elles sont transmises à notre grand cerveau et que les activités principales de nos muscles sont directement commandées par lui. L'erreur et la confusion dans les notions sont donc surtout venues du fait que le grand cerveau (notre âme) projette et localise ses sensations et perceptions (voir l'amputé cité plus haut) au dehors ou à la périphérie des organes de nos sens, et que nous jugeons de l'activité cérébrale des autres aux mouvements de leurs muscles qui seuls nous sont perceptibles. Voilà comment on en vient partout, tant pour soimême que pour les autres, à localiser à la périphérie du corps ce qui en réalité se passe, en majeure partie du moins, dans le cerveau. Mais, comme d'autre part le cerveau reçoit ses impressions par les nerfs sensibles et communique ses ordres aux muscles par les nerfs moteurs, toute division des mala-

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dies du système nerveux en maladies du cerveau, delà moelle épinière et des nerfs périphériques, est et demeure plus ou moins artificielle et arbitraire. Nous éviterons donc en somme ici de faire cette division. Sans doute les lésions el les troubles locaux sont fréquents dans le système nerveux. Mais leur action se propage dans tous les neurones ou toutes les continuations de neurones qui -ont en rapport fonctionnel avec la partie détruite ou troublée.

Ce qui est beaucoup plus important, c'est de distinguer la nature du trouble. Il n'est pas indifférent qu'il s'agisse de la destruction des neurones ou seulement d'un trouble fonctionnel de Tonde nerveuse, du neurocyme, dans une substance nerveuse du reste saine. Il est de plus fondamental de savoir si un trouble est passager ou chronique. Les causes définies et indubitables de troubles nerveux, telles que les intoxications et les infections microbiennes, sont en outre fort nécessaires à connaître. Puis il est extrêmement important de constater si le mal a oui ou non sa racine dans la vie embryonnaire, dans le germe, ou même peut-être chez les procréaient- du malade, etc. Nous ne diviserons donc pas les maladies nerveuses d'après un système quelconque, mais selon les faits tangibles et les groupes les moins inconstants que nous observons. Il est amusant de voir comme certains manuel- de maladies mentales d'une part et de maladies nerveuses de l'autre traitent en grande partie des mêmes états morbide- el des mêmes formes de maladies, en se plaçant, les premiers au point de vue du psychiatre, et les second- à celui du neurologiste. On de\ rail bien nous dire une fois claireinenl pourq uoi le même syndrome pathologique est considéré ici comme psychose el là comme névrose par exemple Phystérie, l'hypochondrie, les obsessions, les phobies, l'aphasie, le bégaiement, etc.).

Nous désignerons du terme d'organiques les altérations pathologiques accompagnées de destruction du système nerveux ou loul ;m moins d'une affection des neurones anatomj-

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queraent reconnaissable (au microscope ou même à l'œil nu). Pareille lésion ou destruction peut être en forme de foyer, c'est-à-dire intéresser seulement une portion circonscrite du cerveau, de la moelle épinière ou d'un nerf, ou bien elle peut être diffuse et plus ou moins généralisée. Dans les affections organiques diffuses ou plutôt disséminées, on trouve un peu partout, soit dans lout le cerveau, soit dans une de ses grandes provinces, çà et là certains neurones ou des parties de neurones malades ou atrophiés. Les affections organiques diffuses sont en somme beaucoup plus graves que les affections en foyer, bien qu'on les remarque moins facilement i\ l'œil nu sur le cadavre, à l'autopsie. La chose est facile à comprendre, car elles troublent plus ou moins les fonctions de tous les neurones, tandis qu'un foyer circonscrit peut laisser normale la fonction de tout le reste des centres nerveux. Nous avons vu qu'une fois détruits, les neurones du système nerveux central sont incapables de se régénérer pendant le reste de la vie. Voilà pourquoi les lésions nerveuses organiques sont si graves et en général incurables.

Elles ne peuvent se guérir que lorsqu'elles reposent sur des infections microbiennes passagères ou sur des épanchements séreux ou autres qui tiraillent ou compriment les neurones sans les détruire. Elles peuvent être en partie curables, lorsqu'à leur début ont lieu des phénomènes de pression ou de tiraillement des provinces cérébrales qui entourent le foyer malade, ou même de simples phénomènes purement fonctionnels d'autosuggestion. Ces phénomènes provoquent un trouble des fonctions beaucoup plus considérable que celui qui est dû à la seule perte des neurones détruits. L'amélioration ou guérison partielle qui se produit ultérieurement repose alors seulement sur la cessation des phénomènes de invasion ou de tiraillement, ou encore d'autosuggestion, consécutifs à la lésion.

Nous désignerons du terme de fonctionnel tout trouble nef-

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veux qui ne repose sur aucune lésion analomique (c'est-à-dire matérielle reconoaissable du système nerveux central. C'est là au fond une expression malheureuse. Il est certain en effet qu'à tout trouble fonctionnel correspond pour le moins un trouble du mouvement moléculaire du neurocyme, et ce trouble dynamique ne peut évidemment exister sans que létal chimique ou physique de la substance nerveuse vivante ne soit au moins légèrement modifié. On ferait donc peut-être mieux de dire « réparable » au lieu de « fonctionnel ». Mais le plus exact serait de parler directement de troubles neurocymiques, ce qui indiquerait clairement que la structure analomique du tissu nerveux demeure intacte.

Ce qui complique encore beaucoup la question, c'est que mainte maladie nerveuse, ayant d'abord des caractères purement fonctionnels, peut devenir finalement organique, c'eslà-dire incurable ou résiduale, après un long cours chronique, et déterminer des phénomènes, fort peu apparents il est vrai, mais indubitables, d'atrophie des neurones. Alors se pose une question qui n'est pas encore résolue : « La longue durée de la maladie fonctionnelle a-t-elle été la cause de l'atrophie finale des éléments, ou bien ne s'est-il pas agi dès l'abord d'une modification anatomique extraordinairement fine du tissu nerveux, modification que le microscope n'a pas même permis de reconnaître au début et qui n'est devenue visible qu'au bout d'un temps considérable, à la suite d'une atrophie plus appréciable ? » Cette dernière opinion paraîtrait sans doute la plus probable, si dans nombre de cas des guérisons inattendues ne se produisaient, môme au bout de plusieurs années, et ne venaient ainsi rendre la première hypothèse beaucoup plus vraisemblable. L'avenir finira bien pur éclaircir la question. Nous emploierons donc dans l'exposition qui va suivre les termes d'organique et de fonctionnel dans le sens que nous venons d'indiquer, et nous prions le lecteur de ne pas leur donner une autre signification que celle qui vient d'être expliquée.

TROUBLES DES PERCEPTIONS l4l

Troubles des sensations. — Toutes les qualités des sensations peuvent être troublées de trois façons :

rj La réaction sensorielle à une irritation est affaiblie [hypesthésie), ou même annulée jusqu'à Y insensibilité complète ou anesthésie;

2uLa réaction sensorielle à l'irritation est augmentée [hyperesthésie), ou même il se produit une sensation sans irritation périphérique [hallucination élémentaire) ;

3° Des sensations singulières, anormales, pathologiques se produisent (paresthésies).

Ces phénomènes peuvent se passer dans le domaine de tous les sens et reposer tout aussi bien sur des troubles fonctionnels que sur des troubles organiques. Exemples : On ne sent plus des piqûres d'épingles réelles (anesthésie cutanée). Un petit bruit est fortement et douloureusement ressenti (hyperesthésie de l'ouïe). On ressent des fourmillements dans un membre, ou ce membre fait l'effet d'être recouvert d'une pelisse (paresthésie du toucher), ou encore on a des bourdon nements d'oreilles ^paresthésie de l'ouïe). Tous ces phénomènes peuvent avoir, soit une cause organique, soit une cause fonctionnelle. Les douleurs de toute espèce, sans cause organique correspondante, sont du domaine de l'hyperesthésie ou de la paresthésie. Le bourdonnement d'oreilles et la vue d'étincelles (qui n'existent pas !•) peuvent être désignés du terme d'hallucinations élémentaires, quand ils ne sont causés par aucune irritation extérieure. Mais la différence n'est guère que théorique; il est rare que les paresthésies soient dues à une irritation périphérique.

Troubles des perceptions, ou hallucinations et illusions. — On fera bien de désigner ces troubles, avec Krsepelin, du terme général de perceptions illusoires. Quand le malade voit ou sent des objets, ou entend des complexions articulées de sons, sans qu'en réalité aucun complexus correspondant d'irritations extérieures ne vienne atteindre sa rétine, sa

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peau ou son oreille, on parle d'hallucination. C'est par exemple le cas quand il entend la voix d'une personne connue qui, en réalité, ne parle pas et n'est pas là. Par hallucination négative on entend inversement, avec Bernheim, la non-perception d'irritations qui en réalité viennent affecter nos organes sensoriels. Si, les yeux ouverts, en plein jour, sans être du reste aveugle, je ne vois pas un homme placé devant moi, je l'halluciné négativement (il disparaît pour mon esprit Ce phénomène est facile à produire par l'hypnotisme, mais on l'observe aussi chez certains aliénés. Par illusion positive ou négative), on entend une hallucination incomplète, dans laquelle, par exemple, on voit un homme qu'on connaît et qui est bien réellement là, avec un visage noir, des yeux flam boyants, peut-être même avec des cornes sur la tête. Ici, l'illusion des attributs du diable n'est qu'une hallucination superposée à la vue d'un objet réel. Un aliéné qui vit subitement disparaître devant lui tous les fusils d'une compagnie bien réelle de soldats, nous donna par là un bon exemple d'illusion négative. Citons encore les illusions de l'ouïe, dans lesquelles le malade, qui entend des bruits réels, par exemple les pas des passants ou le chant des oiseaux, les perçoit corn binés avec des voix humaines hallucinées qui l'insultent.

Par perceptions illusoires réflexes (hallucinations ou illusions réflexes , on entend celles d'un sens qui sont évoquées par les perceptions normales d'un autre sens. C'est ainsi qu'une de mes malades hallucinait régulièrement des coups de bâton reçus par elle, chaque fois qu'une clé venait à tourner dans la serrure de la porte.

<>n peut aussi halluciner des mouvements, par exemple percevoir des mouvements de son propre corps, lorsqu'on ne les ;i pas exécutés.

Ceux des sens qui, normalement et à eux seuls, ne fournissent aucune association distincte dans l'espace ai dan- le temps, et, partant, aucune perception définie l'odorat, le goût et les sensations viscérales), sont incapables d'évoquer

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