‹ L'âme et le système nerveuxChapitre 46 sur 78 · IDÉES DÉLIRANTES ET ILLUSIONS DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

IDÉES DÉLIRANTES ET ILLUSIONS DU SOUVENIR

des perceptions illusoires proprement dites ; ils ne réagissent que sous forme de paresthésies ou d'hallucinations élémentaires, c'est-à-dire non coordonnées sous forme de perceptions. Et pourtant ce sont précisément les sensations viscérales qui donnent lieu aux plus singuliers phénomènes, dans lesquels le malade ressent ou s'imagine posséder, dans la tête ou dans le ventre, les choses les plus incroyables. Cela vient de ce qu'il associe des idées délirantes ou des hallucinations d'autres sens (toucher, vue) aux paresthésies indéfinies qui le tourmentent.

Idées délirantes et illusions du souvenir. — L'idée délirante fen allemand Wahnidee) n'est au fond qu'un jugement maladif. Mais elle s'associe la plupart du temps avec des émotions pathologiques, des paresthésies, des perceptions illusoires, etc. Ce qui caractérise l'idée délirante, c'est l'incapacité du malade de la corriger. En cela elle se distingue bien de Terreur normale, mais pas toujours nettement de la superstition.

Elle est causée par des troubles pathologiques profonds de l'activité du grand cerveau, troubles qui font dévier les bases mêmes du moi, de la personnalité mentale, et la transforment du plus au moins. Un aliéné voit la photographie du tsar. Tout à coup il est assuré que c'est son père, et maintenant il se croit l'héritier du trône de Russie. Aucune raison ne peut le détourner de cette puissante révélation intérieure intuitive. Il part pour Saint-Pétersbourg et veut voir son père le tsar. Telle est l'idée délirante typique. Un homme bien portant a une vision (hallucination de la vue). Il se lève, s'assure que c'est une illusion, et se dit que son système nerveux est excité ; il corrige la chose. Si c'est par contre un aliéné, il croit à la réalité de la vision et se l'explique à l'aide d'une idée délirante qui se fixe chez lui sous forme de croyance maladive (folle). Mais ce dernier cas peut aussi se produire chez les gens mystiques, spirites ou superstitieux, simplement

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par voie suggestive, sans qu'ils soient le moins du monde malades du cerveau (citons les hallucinations autosuggestives de Jeanne d'Arc). Donc, pour s'assurer qu'une croyance reposant sur des perceptions illusoires ou sur des idées qui paraissent délirantes, est maladive ou ne l'est pas, il est nécessaire d'étudier les autres symptômes concomitant- et avant tout les causes qui l'ont produite. Néanmoins, o,5 fois sur 100 les idées délirantes ont un caractère obsessionnel et répété qui trahit aussitôt leur nature morbide.

Autosuggestion obsessionnelle paraissant étrangère. — Parfois les aliénés racontent avoir été subitement assaillis ou terrassés par une idée qu'ils attribuent aune puissance étrangère, surnaturelle, et qui devient alors le point de départ de tout un système délirant.

Un de ces malades me disait qu'une puissance occulte lui avait fait un certain jour éclater une sentence prophétique dans la tête (pas sous forme de perceptions auditives). Dès lors, cette sentence était devenue pour lui l'évangile.

Par illusion ou falsification du souvenir, on entend le souvenir de quelque chose qu'on n'a jamais perru, ni ressenti. C'est une sorte d'hallucination du souvenir. Des enchaînements entiers d'événements, qui sont en réalité représent es à l'instant même au cerveau, le sont comme souvenirs qu'on a vécus, et les malades jurent avec la plus profonde persuasion que toutes ces choses leur sont arrivées, tandis qu'en réalité pas un mot de ce qu'ils racontent n'est vrai. L'illusion peut être totale ou partielle: dans ce dernier cas, un souvenir réel n'est que faussé par des compléments illusoires. Une variété de ce phénomène se produit quand on a le sentiment d'avoir déjà éprouvé une fois dans le passé un ensemble de perceptions actuelles réelles, par exemple l'aspect d'un paysage. Les illusions du souvenir sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit et jouent un grand rôle dans le délire des aliénés. Mai- elles sont fréquentes au — i riiez le- ocns bien portants,

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surtout les illusions partielles. Seulement l'homme normal peut les corriger, tandis que le malade n'en démord pas. Les hommes désignent très ordinairement les illusions partielles ou totales du souvenir, chez leurs semblables, du terme de mensonges, tandis qu'ils ne se rendent pas compte de leurs propres erreurs dans le même domaine. Ce fait donne lieu à une foule de malentendus, de disputes et de gestes indignés, qu'on s'épargnerait en étant un peu plus psychologiste.

Les troubles du déchaînement de la pensée sont aussi fort importants. Nous observons le ralentissement du cours des idées ou même son inhibition (son arrêt) plus ou moins complète, surtout dans la mélancolie (lypémanie) et son accélération ou fuite des idées, surtout dans la manie aiguë. La première s'accompagne d'une inhibition générale de l'activité cérébrale, et la seconde de son irritation et de son accélération générales aussi, ce qui se répercute pour les deux cas dans la sphère motrice.

Les troubles de l'association des idées sont extrêmement variés et compliqués ; les analyser en détail nous conduirait trop loin. Dans certains troubles légers, le manque d'association logique peut se trahir par le simple fait que les idées sont associées plutôt au son des mots qu'à leur sens [allitéralion). Quand on parle par exemple de guerre, le malade répondra par terre ou verre, à cause du son ou de la rime (le cas est fréquent dans les manies aiguës). On appelle négativisme la tendance de beaucoup de malades à tout nier ou à s'opposer passivement à tout ce qu'on veut leur faire faire. Il suffit ainsi de leur prendre la main pour qu'ils la retirent, etc. Lorsqu'il est combiné à une clarté intellectuelle complète, le négativisme devient tantôt un esprit absurde d'opposition snns rime ni raison, tantôt (chez les personnes intelligentes) une analyse stérile et obsessionnelle de soi-même, c'està-dire de toutes ses pensées et de celles des autres, analyse arrivant lou jours à un résultat négatif ou dubitatif. On entend par stéréotypie les répétitions perpétuelles et automatiques de

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certaines phrases ou tournures de pensées, ou do certains gestes. Par obsession, on entend des représentations qui s'imposent avec puissance et persévérance à l'attention, el poursuivent le malade nuit et jour, sans qu'il puisse les écarter, c'est-à-dire les oublier ou s'en détourner. Il existe (\r± troubles de l'association qui se rapportent plutôt aux mots qu'aux pensées. Alors il se forme un galimatias, un bavardage dénué de sens, même des langues inventées par l'aliéné, composées d'allitérations absurdes el ne répondant à aucune pensée, sans pourtant que les idées elles-mêmes du malade soient nécessairement confuses ; le langage seul constitue en ce cas un chaos «le mots.

Dans les degrés les plus intenses des troubles de l'association des idées, la pensée de l'aliéné devient complètement confuse, ce qui se trahit alors par tous ses actes, ses gestes, ses regards, et non pas seulement par une salade d? mots comme dans le cas précédent. Dans la perturbation mentale ou dissociation complète, ce ne sont pas seulement les idées, mais aussi les sentiments et les volitions, qui forment un chaos, et le malade erre avec des yeux hagards, comme un esprit perdu dans ses rêves. Cel étal de dissociation mentale plus ou moins complète est effectivement, au point de vue psychologique, fort voisin du rêve, quoique sa signification soit tout autre, c'est-à-dire pathologique, et < j n "i 1 soit impossible d'en secouer le malade.

Il est avant tout très important de distinguer la dissociation mentale qui repose sur des troubles anatomiques organiques du cerveau, de la perturbation purement fonctionnelle, chez laquelle la dissociation ne porté que sur le dynamisme neurocymique. La dissociation organique est en effet quelque chose de tout différent. Tandis quédans la dissociation fonctionnelle perturbation mentale) c'est principa tement et presque uniquement le contenu de la superconscience qui constitue un ehaos, et que tous les automatismes Subconscients demeurent normaux, bien associés < êl conti-

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nuent à fonctionner sans trouble, nous trouvons inversement clans la dissociation organique un état chaotique de la vie cérébrale subconsciente, tandis que les associations supérieures (superconscientes) offrent encore une coordination relativement supportable. Le dissocié organique (ainsi le paralytique général) sera par exemple capable de suivre une conversation lente et de parler avec une certaine logique plus ou moins pesante. Mais en même temps il oubliera où il se trouve, où est la porte de la chambre, ou bien qu'il se trouve par exemple en bonne société, dans un salon. Il sera capable alors de se déshabiller et de faire ses besoins devant les personnes présentes, ou de trahir un secret qu'il avait tenu profondément caché jusqu'ici, ou encore de conclure une affaire absurde, qui lui paraît très avantageuse, parce qu'il n'a pas l'intuition instinctive de ses dessous principaux, etc. Inversement, le dissocié fonctionnel évitera instinctivement toutes ces sottises, de même que le somnambule ne se laisse pas choir du bord d'un toit, que nous nous recouvrons sans erreur pendant le sommeil, etc. Toute la machinerie instinctive, y compris une partie des habitudes ou automatismes secondaires, n'est pas ou est beaucoup moins dérangée chez lui. Par contre, il ne fera attention à rien de ce qu'on lui dit et divaguera avec un regard fixe, sans donner une seule réponse juste. Chez le dissocié organique, on peut mettre pour ainsi dire le doigt sur les lacunes des associations des neurones. Le travail cérébral se fait, il est vrai, sommairement d'après les règles ordinaires, comme à l'état de veille, mais il trébuche à chaque instant sur les lacunes des associations subconscientes qui, chez l'homme normal et chez le dissocié fonctionnel, marchent au contraire automatiquement d'ellesmêmes. Ce sont partout des déchirures et des cahots ; le malade ne voit pas ou oublie précisément ce qui n'échappe à personne d'autre que lui, parce qu'il s'agit d'automatismes qui vont sans dire. En outre, la dissociation organique se combine ordinairement avec des incertitude» et des troubles de la

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