IDIOTISME
de neurones soit entièrement détruit ou que ses fonctions soient complètement supprimées par des lésions microscopiques.
f) Idiotisme de cerveaux qui semblent normaux. — Il existe enfin des idiots, même extrêmement déments, dans le cerveau desquels on ne découvre aucune anomalie, ni macroscopique ni microscopique. Il est cependant certain qu'elles existent, et que, si nous ne les voyons pas, cela tient aux difficultés toutes spéciales de l'examen microscopique du cerveau. Il est presque impossible d'examiner exactement tout le cerveau à chaque autopsie, parce qu'on ne peut reconnaître la texture intime des cellules ganglionnaires et des neurofibrilles qu'à l'aide de méthodes extrêmement compliquées et difficiles de conservation, de coloration et de durcissement. El même avec ces méthodes on n'y arrive pas toujours d'une façon certaine. Ce serait presque le travail d'une vie humaine que d'examiner de cette façon chaque centimètre carré des myriades de coupes nécessaires à la réduction d'un seul cerveau entier. Ce que nous découvrons dans nos examens sommaires, ce ne sont ordinairement que les lésions les plus grossières.
L'idiotisme est une notion fort vague et générale. Selon les cas, les diverses facultés de l'âme demeurent stationnaires à différents degrés de leur développement. L'idiotisme du sentiment est très important. Il se trahit tantôt par une apathie générale, tantôt par une irritabilité passionnée, limitée aux sentiments égoïstes. Dans ces syndromes très fréquents, tous les sentiments les plus fins, en particulier les sentiments altruistes de sympathie, et surtout le sens moral, font défaut. L'idiot est en général amoral, c'est-à-dire d'un égoïsme crasse et brutal. L'idiotisme' de la volonté peut s'exprimer par l'aboulie (étal passif et indifférent, sans impulsions) ou par l'impulsivité des volitions (faiblesse irritable). La forme impulsive est la plus perfide. L'idiot impulsif de la volonté transforme rapidement un sentiment émotif ou une
représentation, en actes. Mais il manque de persévérance dans l'accomplissement de la série d'actes nécessaires à mener une résolution à bien. Ses impulsions volontaires ne sont que des produits de l'instant présent. Dans le domaine de la connaissance, l'idiot trahit avant tout sa faiblesse intellectuelle par la pauvreté de sa pensée, par son incapacité à former des associations compliquées, par la faiblesse de son jugement et de sa faculté d'assimilation, et de combinaison d'engramnies complexes, etc. Selon le degré de sa faiblesse mentale, il apprendra facilement, incomplètement ou pas du tout, à parler, à écrire, à compter, etc. La mémoire de l'idiot est souvent mauvaise, parfois bonne, parfois même hypertrophiée (énorme). Ce qui est surtout caractéristique, c'est son incapacité d'associer raisonnablement des engrammes de mots parlés ou écrits avec les représentations complexes qu'ils symbolisent. Il y a beaucoup de variétés d'idiotisme. D'ordinaire on reconnaît un enfant idiot déjà très tôt, du moins lorsque le degré de l'idiotisme est considérable. L'enfant est inconstant, inattentif et regarde dans le vide. Il est sauvage et excitable, ou au contraire apathique et obtus, avant tout agité, souvent gâteux et ayant des impulsions à tout détruire. Mais les parents ne veulent pas croire à une anomalie sérieuse, et espèrent toujours un développement intellectuel qui n'arrive pas.
Le traitement des idiots est extrêmement ingrat. Dans les asiles d idiots, on se donne souvent une peine immense pour apprendre à ces malheureux de petites inutilités manuelles, ainsi qu'à lire et à écrire. Il vaudrait mieux se contenter de Leur enseigner les occupations manuelles pratiques et utiles les plu- simples, et de les habituer à l'ordre et à la propreté. D ins leur traitement, le principal demeure de protéger l'idiot contre le public et contre lui-même et de protéger la société contre les idiots. Ce dernier point esl extrêmement important, car le- idiots sont souvent très brutaux et très dangereux, surtout parleurs excès -<-\uels. Le langage des idiots est tort
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caractéristique, à la fois enfantin et mal articulé, souvent spasmodique, mal combiné avec la respiration. Les mêmes destructions du tissu nerveux qui conduisent à l'idiotisme quand elles concernent le grand cerveau, produisent toute sorte de paralysies, de troubles réflexes, de défectuosités dans l'articulation du langage et d'autres automatismes compliqués, lorsqu'elles sont localisées dans les centres cérébraux inférieurs ou dans la moelle épinière. Celui qui en est atteint, c'est-à-dire son grand cerveau, les ressent comme maladies ou anomalies nerveuses et s'en rend naturellement parfaitement compte, quoiqu'elles soient congénitales et par conséquent incurables.
La surdi-mutité vient d'une lésion organique et congénitale des centres de l'audition ou du nerf auditif ou acoustique. Le sourd-muet ne parle pas, parce qu'il n'entend pas et ne peut par conséquent pas former d'engrammes ou symboles acoustiques. Mais, s'il est intelligent, on peut lui apprendre, à l'aide de ses autres sens, à comprendre aux mouvements des lèvres ce que disent les autres et même à parler. L'atrophie des nerfs optiques chez l'embryon ou le nouveau-né entraîne une cécité congénitale incurable. Les aveugles-nés guéris par des opérations, même ceux qui apprennent à voir à l'aide des rayons du radium, ont un nerf optique et une rétine intacts. Leur cécité ne provient que de l'obscurcissement des milieux réfringents de l'œil (cornée, cristallin et corps vitré).
Pareil aveugle-né, rendu capable de voir par une opération, n'avait jamais vu d'objets auparavant et ne possédait par conséquent aucun engramme visuel associé, aucune perception. Lorsque tout à coup il voit, il ne perçoit qu'un mélange informe de couleurs qu'il ne peut associer aux objets déjà connus de lui à l'aide du toucher et de l'ouïe. Il faut donc que l'exercice vienne lui apprendre à associer les couleurs et les formes des objets entre elles, puis avec les symboles des autres sens, et enfin à se servir de la vue stéréoscopique binoculaire pour juger des distances. Si son cerveau est normal, il y arrive peu à peu.
P>. Imbécillité ou faiblesse d'esprit. — Par imbécillité, on désigne, disions-nous, un degré de faiblesse mentale congénitale moindre que l'idiotisme. Ici, il est plutôt exceptionnel qu'on puisse démontrer des lésions anatomiques de la substance du cerveau. Des foyers destructeurs du cerveau peuvent cependant provoquer l'imbécillité. L'imbécillité peul s'étendre à tous les domaines de l'Ame, mais elle peut 1rs affecter d'une façon très inégale. Il n'y a pas de limites entre la débilité mentale, moins accentuée encore, et la stupidité ou l'incapacité, qui rentre plus ou moins dans les limites Huilantes de la normalité. Ce l'ait est extrêmement important, précisément parce qu'en général on ne le comprend pas el qu'on n'en tient. pa-> compte. Tout le monde reconnaît l'irresponsabilité d'un idiot ; on le considère comme un malade et on le traite en conséquence. Il n'en est pas de même de l'individu modérément imbécile, qu'on n'excuse le plus souvent que lorsqu'il présente en même temps d'autres infirmités el que sa faiblesse est purement intellectuelle. Or, l'imbécillité peut se porter surtout sur un autre domaine mental, et alors on la considère ordinairement comme un vice qu'on aie droil de reprocher à celui qui en est atteint. L'imbécillité repose le plus souvent sur une défectuosité héréditaire des germi appartient donc plutôt à notre second groupe qu'au premier.
L'imbécillité intellectuelle se trahit surtout par la faiblesse du jugement, l'étroitesse de l'horizon mental et la pauvreté des idées. Souvenl doté d'une bonne mémoire el même d'une bonne faculté d'assimilation, l'imbécile trompe par là ses maîtres el ses éducateurs, et ce n'esl qu'à l'âge où l'homme devient indépendanl qu'il trahit ses défectuosités par son inca* pacité d'agir avec raison el de se conduire lui-même dans la vie. Il ne l'ail alors que des sottises, succombe de la façon la plus niaise aux premières tentations les plus grossières de Vénus, de Bacchus el de l'argent. Malgré toutes ses connaissances acquises malgré ses diplômes de bachelière! autres,
IMBÉCILLITÉ OU FAIRLESSE tV ESPRIT 1 <>7
il se ruine souvent, lui et sa famille, par des entreprises et des spéculations insensées, dans lesquelles il devient la proie de tous les exploiteurs aux aguets de pareille aubaine.
L'imbécillité du sentiment se trahit par l'apathie, par l'indifférence et avant tout par l'absence de sens moral, en particulier de sympathie et de sentiment du devoir (de conscience morale). Cela s'allie souvent avec des appétits égoïstes, brutaux et éminemment antisociaux. Dans celte catégorie des imbéciles purement ou principalement amoraux (surtout dans celle des idiots moraux complets), il faut ranger les criminelsnés et toutes les autres variétés d'animaux féroces à forme humaine, pour l'égoïsme effréné et passionné desquels la société des hommes n'est qu'un champ d'exploitation. Douésouvent d'une ruse raffinée, l'idiot ou l'imbécile dans le domaine moral sait se draper dans une vertu de façade, accompagnée de belles phrases et souvent même d'actes humanitaires hypocrites, cachant ses appétits criminels égoïstes sous le manteau d'une charité feinte. L'amoralité peut souvent même se joindre à un haut degré d'intelligence. C'est ce qu'on voit chez les grands monstres et criminels que l'histoire nous fait connaître. Plus ordinairement, l'imbécillité morale peuple les maisons de force et de correction, ainsi que les maisons de prostitution, de récidivistes dont les passions égoïstes résistent autant à la bonté et à l'éducation qu'aux châti meuts, et les pousse toujours invinciblement de nouveau au crime, ou tout au moins aux conflits avec la société. Plus fréquente encore est l'imbécillité moins accentuée du sentiment, dans laquelle on observe simplement une tendance irrésistible à des actes méchants et pervers et une prépondérance anormale des passions communes et basses.
Dans le domaine de l'esthétique, l'imbécillité est représentée par l'absence totale du sens artistique, absence qui, certes, n'est pas rare. Il existe, pa«* exemple, des idiots musicaux qui ne distinguent pas un son musical d'un bruit.
L'imbécillité de la volonté s'exprime, comme son idiotisme,
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par l'aboulie et l'impulsivité. Si l'aboulique ou L'impulsif est à
rolé de cela normalement ou môme bien doue'- dans le domaine de l'intellect et du sentiment, ces dons ne lui servent de rien onde presque rien. La paresse et le flegme de l'aboulique L'empêchent d'une façon générale de travailler et de s'intéresser à quoi que ce soit. Quant à l'impulsif, fils de L'instant H de ses caprices, ses actes sont si incohérents, faute de la per sévérance la plus élémentaire dans l'accomplissement de ses résolutions, qu'il gAche el détruit tout ce qu'il fait, à mesure qu'il le fait.
Dans la plupart des cas, l'imbécillité se porte sur plusieurs domaines à la fois et livre à notre société un nombre immense d'individus incapables ou de non-valeurs humaines. Néanmoins, beaucoup d'individus dont la faiblesse mentale n'esl qu'intellectuelle ou qui sont seulement apathique- cl. du reste, bons enfants, peuvent être utilisés à de simples travaux mécaniques agricoles ou autres, el s'y montrer fort utiles, si leur volonté et leur amour du travail sont suffisants, el si leurs passions sont modérées.
Il existe encore une faiblesse de développement ontogénique, Yaslhénie ou faiblesse irritable, qui se combine à toute sorte de troubles nerveux, à la tendance aux convulsions, à l'hyperesthésie, aux paresthésies, aux angoisse^, à une précocité anormale dans divers domaines, etc., et qui entrave le développement de l'enfant. Il s'agit là plutôt d'une faiblesse mentale fonctionnelle, combinée à une irritabilité héréditaire extrême des centres nerveux. I ne saine ('"ducal ion peut beaucoup corriger en pareil cas.
On observe aussi chez les enfants de véritables psychoses ou maladie- mentales, analogues à celle- des adulte-. Elles mettent très fréquemment eu danger Le développement mental subséquent. L'épilepsie el l'hystérie jouent ici un rôle pré pondérant, parfois aussi l'hypochondrie .
han- le domaine des centres nerveux subordonnés et des nerfs périphériques s'observent aussi des faiblesses et des ano-
IMBÉCILLITÉ OU FAIBLESSE n'ESPBIT l(k)
malies du développement ontogénique qui entravent ce dernier et ses fonctions. Citons ici certains défauts périphériques de l'articulation du langage, des centres et des nerfs moteurs en général, certains troubles des organes des sens, la surdimutité, le daltonisme, bref toute sorte d'infirmités et d'infériorités des fonctions nerveuses qu'on peut observer sur soimême et sur ses connaissances, et qu'il serait trop longd'énumérer ici.
Quand un individu se montre constamment maladroit de ses mains, est incapable de tout travail artistique, de tout exercice physique, c'est son grand cerveau qui est malade.